• À LA POURSUITE DU JAGUAR 1/2

     

    – Papa, où vas-tu que pour une fois je te surprenne à prendre ton fusil ; serait-ce que tu désires enfin goûter au gibier de la région ?

    – Mon enfant, ce serait faire une grave insulte aux bêtes de chez nous, de délaisser leur chair exquise contre une sauvage qui est loin d’être aussi bien nourrie. Quoique celui qui a dérobé l’un de nos jeunes béliers cette nuit va très vite deviner qu’à la ferme, les animaux sont roi.

    – Il a dévoré un petit, dis-tu ? C’est vraiment regrettable ; mais tu sais, j’aurai préféré le gros. Il est tellement méchant, à toujours bousculer tout le monde, moi la première ! Bref, si je comprends bien, tu veux me dire que s’il apprécie celui qu’il a choisi, il reviendra à sa prochaine fringale ?

    – Sans l’ombre d’un doute, je te réponds oui ! Tu n’imagines quand même pas que celui qui se régale à l’heure qu’il est va tourner en rond sur son immense territoire à la recherche d’une victime qui, peut-être, ne lui remplirait pas le creux d’une dent ? Fais-moi confiance ; maintenant qu’il sait où se trouve le garde-manger, cela m’étonnerait fort qu’il s’en éloigne. De plus, s’il inclut notre ferme dans son espace, je te prie de croire qu’il va le défendre.

    – Il n’est donc pas question de laisser nos pensionnaires dehors, la nuit ?

    – Nous n’avons pas l’habitude de le faire. Cependant, l’un de nous hier soir a oublié une porte. Soyons vigilants à l’avenir.

    – Si tu pars à sa recherche, je peux t’accompagner ?

    – Oui, équipe-toi ; nous allons jouer au détective. Cela nous changera un peu.

    – Dis-moi, papa, est-il possible que s’il se sait en sécurité, le jaguar vienne voler nos bestiaux en plein jour ?

    – Bien sûr, surtout s’il devine que nous allons renforcer la surveillance nocturne et prendre nos dispositions. Il n’est pas idiot ; il attendra que nous sortions le troupeau et que nous nous en éloignions. Bon, ne perdons pas de temps ; mettons-nous en route. Mais quand nous serons dans la forêt, nous ne devrons plus faire de bruit. Nous parlerons à voix basse. Toutefois, si nous n’avons rien de particulier à dire, le mieux sera de nous taire. Marche derrière moi, et surtout reste très prudente. Observe ce qui se passe autour de nous. Regarde sur les troncs et les branches basses. Il serait surprenant qu’il soit au sol. Mais qu’est-ce que c’est tout ce tapage ?

    – Je crois que c’est maman qui arrive au pas de course !

    – Et moi qui viens de dire que nous devions être discrets !

    – Vous auriez pu m’attendre !

    – Tu ne me semblais pas emballer par notre petite aventure, donc, nous nous sommes mis en route.

    – Vous êtes partis sans une bouteille d’eau ni la moindre chose pour vous restaurer, au cas où vous vous attarderiez ; ce n’est pas prudent !

    – Tu rigoles, maman, nos poches sont pleines !

    – Allez, reprenons notre poursuite, mais en silence.

    – Tu penses qu’il est resté par là, s’inquiéta l’enfant ?

    – Je ne le sais pas. Lorsque nous serons le long de la rivière, il sera plus facile de chercher ses traces. Je suis prêt à parier qu’il se trouve de l’autre côté.

    – À moins qu’il soit allongé sur l’un des troncs qui barrent le courant, dit l’épouse ?

    – Je ne le pense pas ; ils sont trop à découvert. Les félins préfèrent voir ceux qui les poursuivent bien avant que ceux-ci les surprennent.

    – Papa, viens par là, je crois que ce sont les traces que nous cherchons.

    – Bravo, ma fille, tu apprends vite ! En effet, et elles sont magnifiques et toutes fraîches ! Enfin, disons de cette nuit. Mets ton poing à l’intérieur ; regarde, ta main ne les remplit pas ! La mienne, tout juste ! C’est un beau client ! Observons de quel côté il se dirige ; mais toujours dans le plus grand silence.

    – Et s’il nous saute dessus ?

    – En principe, il n’y a pas de danger, car à l’heure qu’il est, il ne doit pas avoir fini de digérer. Et puis, il est rare que les jaguars s’attaquent aux hommes, ou pour se défendre s’ils s’estiment en danger.

    – Et si c’est une mère avec ses petits, demanda la jeune fille ?

    – Alors là, c’est autre chose. Cependant, je suppose que si c’est le cas, elle est aux aguets du moindre bruit et déguerpira à la première alerte. Pour l’instant, restons sur nos gardes et continuons de suivre les empreintes, puisqu’il semble les avoir laissées à notre intention. Ce qui me surprend, c’est qu’il n’ait pas traversé à la nage. Les jaguars aiment tellement l’eau !

    – Peut-être sait-il qu’on ne doit pas se baigner après manger, sous risque d’hydrocution, plaisanta Jo ?

    – Ou qu’il eut peur de couler après un repas trop copieux, car le mouton était gros !

    – Je suis presque certain qu’il ne l’a pas mangé en route. Je suppose qu’il l’a emporté jusqu’à l’endroit ou il se pense en sécurité. Tiens, regarde dans cette flaque de boue. Aux côtés des pas, on voit distinctement une large traînée. Finalement, il ne serait pas impossible que ce soit une mère. Pourtant, depuis que nous avons découvert les premières traces, nous n’avons pas remarqué d’empreintes plus petites ! (À suivre).

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

    Photo glanée sur Wikipédia.


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