• À PETITS PAS

    À PETITS PAS– Qu’il fût beau, le chemin de notre vie, ombragé par les saisons qui venaient nous accueillir sur le seuil de notre petite maison, proche de la clairière de la haute futaie. Ses frondaisons nous protégeaient au plus fort de l’été, tandis que l’automne emportant les feuilles nous permettait d’entrevoir le ciel, à travers les entrelacs des branches se dépouillant. C’est alors que, me regardant, tu ne manquais jamais de me faire remarquer que plus nous avancions sur notre route, et plus nous ressemblions à ces rameaux décharnés et noueux.

    – Dis-moi, cher amour, crois-tu que comme nous ils souffrent ?

    – Tu sais, ma toute belle, je ne suis pas dans les secrets des arbres, mais je pense que oui, ils connaissent les tourmentes des douleurs, comme tout ce qui est vivant sur notre merveilleuse Terre. Cependant, eux, quand le renouveau donne le signal que la vie peut repartir de plus belle, ils se pressent d’installer les bourgeons et de les laisser se gorger du soleil d’hiver s’épuisant.

    – Sans doute, tu dois avoir raison mon cher amour, car au contraire de nous, dans l’euphorie du printemps retrouvé ils vont éclater et permettre aux jeunes pousses d’apparaître à la lumière. Le cycle immuable de dame nature reprend sa marche triomphale, faisant oublier aux hommes et aux bêtes l’engourdissement d’une longue saison rigoureuse, alors que nous, hélas, nous allons vieillissant.

    – C’est vrai, ma douce amie ; nos pas se font plus lents, nos membres  deviennent plus douloureux, tandis que l’espérance de vie se fait économe des jours qui refléteraient l’été. Cependant, je note avec plaisir que notre sentier conserve toujours la même largeur. Il ressemble à un ancien parchemin sur lequel nous pourrions écrire notre histoire.

    – Tu sais, mon amour, elle ne fut pas commune et surtout elle est longue et ornée de tant de belles images que le chemin peut bien trouver les matériaux nécessaires à son prolongement. Déjà, dans chacun de nos pas, on y déposera un cœur ; car jusqu’à présent, il nous fut fidèle. Il n’a jamais failli et ne manqua aucun rendez-vous. Pour ces jugements flatteurs, il mérite bien la meilleure place. Qu’en penses-tu, si pour lui tenir compagnie, nous y joignions les sourires qui illuminèrent nos jours, de l’aube jusqu’au coucher ?

    – Ce que j’en dis ? Mais que tu as encore raison, comme toujours, ma chère poétesse. Je rajouterai, si tu me le permets, un collier de mousse épousant la forme de nos traces, comme pour indiquer au promeneur égaré qu’il prenne soin de nos pas, car il se trouve sur le chemin du bonheur, à tout le moins sur celui qui y conduit.

    – Tu crois qu’il pourra déchiffrer tous les mots qui dormiront en soupirant ?

    – Je ne le pense pas, car l’amour ne s’exprime pas de la même manière avec chacun des individus qui en sont investis. Les sentiments sont personnels et n’ont pas de semblables couleurs ni de pareilles significations. Ils adorent qu’on les trouve lorsqu’ils sont très jeunes, afin qu’ils grandissent dans la tendresse et la volupté, accompagnant les cœurs qui pour l’occasion battent la chamade. C’est à cet instant que les lèvres s’entrouvrent pour laisser fleurir quelques soupirs heureux, confirmant leur satisfaction.

    – Je pense pouvoir te dire que si tous les amoureux nous ressemblent, ils ne se lasseront jamais de se dire combien il est doux d’être unis, de sentir à travers la main le bonheur de l’un venir à la  conquête de l’autre. Du moins, est-ce là tout le bien que je souhaite à chacun.

    – Perdue dans ta félicité, ma chère, tu oublies les regards à travers lesquels l’âme se dessine. Je te rappelle que lorsque je t’ai découverte, tes yeux étaient aussi profonds que l’océan que tu traversas pour te rendre à ma rencontre. Tel un égoïste, j’ai plongé comme s’il était mien, et depuis toutes ces années, je n’en suis jamais ressorti.

    – Oui, c’était le temps où je te confondais avec le bout du monde ; tu étais si loin, et ton retour si improbable, que parfois, et j’ai honte de le dire, je me suis mise à douter. Oh ! Pas forcément de toi, car tu n’étais alors qu’un pion que l’on déplaçait sur l’échiquier que représentent les continents. C’est de moi que je redoutais les faiblesses tant les attentes étaient interminables. Il me semblait être sur un quai d’une gare inconnue, où jamais un train ne venait se garer pour y déverser ses voyageurs. De jour en jour, je me sentais... comment dirai-je, perdre pied.

    – Tu avais encore une fois raison, cher trésor, mais le bateau consentit enfin à me rapprocher de toi. Et depuis, tu regrettes toujours cette interminable attente ? Tu sais qu’il faut du temps à l’amour pour s’ancrer dans un cœur. Le délai qui nous fut imposé fut nécessaire pour qu’en chacun de nous se tissent les liens qui devaient nous unir sans se rompre à aucun moment.

    Ô ! Mon ange adoré ! Non, bien sûr que je ne regrette rien. Ou plutôt, si, que nous ne puissions pas recommencer une nouvelle vie qui ressemblerait à la précédente, sans rien y changer ; pas même la plus petite virgule, mais en oubliant le point final.

     

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00061340-1


  • Commentaires

    1
    Mercredi 8 Novembre à 19:37

            Coucou René ..  Comme  je  suis  heureuse  de  constater  que  ton  chemin  est  toujours  aussi  fleurit  de  sourires  , c'est  merveilleux  et  j’espère  qu' il  le  restera  ainsi  tout  cet  Automne - hiver  et  encore  de  belles  années  a  venir ..Je  vous  souhaite  a  tous  deux  une  très  bonne  santé  ainsi  que  de  merveilleux  moments  a  partager  en  famille  pour  les  fêtes  qui  approchent  ..Brigitte  notre  fille  vient  d'acheter  une  petite  maison  sous  les  arbres  juste  en  face  de  la  mienne  donc  pour  les  fêtes  nous  serons  tous  réunis  et  j'en  suis  follement    contente ... A  bientot  René  ..
    Toute  mon  amitié  et  bisous  a  partager  autour  de  toi ..
    Nicole

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :