• – J'aime, ce moment du jour qui nous indique qu’il se prépare à nous laisser en compagnie des ténèbres. Oh ! Je vous rassure, en aucun endroit du monde il ne le fait de façon rageuse, alors qu’il serait en droit de manifester sa mauvaise humeur, puisque dans le firmament, sa meilleure ennemie s’annonce, telle une vedette qui sait que sa présence va éblouir les spectateurs. Le soir, dis-je, lentement range ses couleurs. Sa palette est très riche de nuances changeantes avec les heures qui transpirent sous la lumière ardente du soleil, laissant croire que la moindre goutte suspendue à un rameau est un diamant tombé de l’espace.

    Tandis que les teintes vont, en déclinant, dans le ciel, les nuages, chassés par un vent faiblissant, se bousculent vers la sortie. Ils attirent à eux les derniers rayons de leur astre qui part de l’autre côté de la forêt, sans même se retourner pour s’assurer que tous le suivent.

    Sur Terre, le blanc, malgré ses efforts, ne réussit plus à se démarquer du noir. Tout ce qui vit et resplendit dans la clarté, discrètement s’apprête à rejoindre le lieu où les songes s’impatientent. Les premiers oiseaux nocturnes chassent les retardataires, les poursuivants jusque sous les grands arbres. Les cieux doivent être libres pour accueillir la princesse de la nuit. L’horizon disparaît. Il se met au service de madame la lune, et lui facilite sa venue en ne faisant aucune marche qui pourrait la faire trébucher. Le monde retient son souffle. Les bruits se font murmures ; la respiration de la nature devient caresse, afin qu’aucune feuille ne tremble. Dans la forêt, c’est à peine si l’on distingue les animaux se déplacer, sauter ou ramper. Les hommes terminent les derniers travaux, vérifient les étables, les écuries et la fermeture des bâtiments. C’est que si rien ne doit sortir durant la nuit, à l’opposé, rien d’étranger ne doit être en mesure d’y rentrer. Les demeures sont closes, seules les fumées s’échappant des cheminées indiquent qu’à l’intérieur, des familles se préparent elles aussi au repos bien mérité. On entend monter des chambres d’enfants quelques pleurs et gémissements, car pour eux, l’heure du sommeil arrive toujours trop tôt. L’obscurité est maintenant sur le seuil de toutes les portes.

    Dehors est transformé en un lieu secret. Le jour a fini de défroisser sa belle tenue. Il a devant lui de longues heures pour inventer celle du lendemain. C’est l’instant que choisit la lune pour éclairer la campagne. Elle rejoint lentement sa place vers les étoiles auxquelles elle dérobe un peu de scintillement pour rehausser son fard. Passant au-dessus de l’étang, elle vérifie une dernière fois sa toilette. Satisfaite du résultat, elle continue son chemin, finissant de s’arrondir. Elle devient un véritable phare céleste, indiquant aux hommes que désormais, ils peuvent s’assoupir en paix. Maintenant, le monde lui appartient. Elle s’inquiète néanmoins que chacun ait regagné sa couche, car c’est l’heure où elle distribue les rêves. Dans chacun des esprits endormis, elle dépose les premières lettres qui vont écrire une nouvelle histoire sur une page vierge.

    Profitant de la lumière blafarde, les amours volages rôdent autour des villages à la recherche de cœurs impatients de ressentir la passion qui dévore les entrailles. Dans les chambres d’enfants, les chérubins sourient dans leur sommeil. Ils aperçoivent les seigneurs caracolant sur des destriers aux parures d’or. Ils vont à travers d’immenses prairies dans lesquelles se désolent les fleurs. À quoi nous sert tant de délicatesse et de beauté si le papillon ne peut nous rendre visite, se lamentent-elles ? Ayant entendu leurs cris de détresse, la lune, soudain, prenant une profonde inspiration augmente son volume. Sa clarté est telle, que, venues de nulle part, des dizaines de princesses accourent vers les cavaliers qui les invitent à monter en amazone.

    L’astre nocturne exulte. Grâce à lui, des corps se rapprochent, des désirs s’assouvissent, des caresses parcourent les formes abandonnées. Des mots exprimant la tendresse se prononcent sans qu’il soit besoin de chercher ce qu’ils veulent dire. Dans l’intimité de la nuit, la lune sème ses bienfaits dans chaque cœur. Certes, dans l’ombre des sous-bois, il y a bien aussi des drames qui se déroulent. Les animaux devenus chasseurs n’osent pas rentrer bredouilles, des oisillons endormis tombent du nid, des prédateurs trop sûrs d’eux sont pris au piège des plus forts. Mais comme tous les éléments qui se nourrissent de la naïveté des autres, ils savent que la vie ne serait pas, si la mort ne lui succédait pas. Mais c’est aussi au sein des ténèbres que se préparent les journées. Discrètement, chaque acteur répète son rôle. Le rideau de l’aube nouvelle sera à peine levé, que de la gorge des oiseaux monteront, tel un hymne à la joie, les premières notes de musique ; tandis que sous la plume du poète, les lettres traçant des mots de bienvenue à l’aurore noircissent une page toute neuve.

    Cependant, c’est bien dans l’intimité de la nuit que la vie puise ses plus beaux instants. Elle les distribuera ensuite de la même manière que le semeur féconde la terre.

    Oh ! Oui, j’aime ces nuits mystérieuses où tout ce qui est se ressource alors que sur le monde veillent les anges, et que les âmes réinvestissent les demeures, se faufilant auprès des vivants les effleurant d’un souffle qui se veut éternel. Hors du temps, marquant les esprits, la lune inscrit en nous des songes particuliers, à travers lesquels, parfois, on aperçoit le paradis.

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  • COMPLAINTE D’UNE DEMOISELLE

     

    – Dis-moi, belle demoiselle, j’observe que depuis mon arrivée, tu ne me quittes plus. Est-il indécent, si je te demande de m’en livrer le secret, puisqu’en moi, rien ne me fait ressembler à un végétal, d’aucune région du monde ? Cependant, comme tu sembles t’attacher à ma personne, je puis te dire que la nature est ma raison de vivre, et qu’au fil du temps, elle est aussi devenue ma maîtresse, à défaut d’être ma seconde épouse. Donc, sur aucun continent nous ne nous sommes rencontrés, ni dans une autre vie, car le ciel ne m’en accorda qu’une.

    – Tu es courageux marcheur de la forêt ; car tu cherches une explication là où tant de tes semblables ont refermé leurs livres d’histoire, en signe de reniement à cette douloureuse époque. Heureusement pour nous, grâce à l’acharnement d’une poignée d’hommes, l’abolissement fut décrété. Hélas, le mal était fait, et nous en portons toujours les cicatrices.

    – Je ne comprends pas la relation qu’il y a entre toi, délicate et belle libellule, le passé et notre présent ?

    – En effet, tu ne peux saisir, car pour toi, le temps n’est qu’une porte que tu pousses pour aller explorer le jour qui s’impatientait derrière. Assieds-toi et écoute-moi. D’abord, laisse-moi te dire que la demoiselle que tu penses que je suis en vérité n’en est pas une. Je ne suis qu’un esprit à la recherche d’une autre.

    – Une âme ? Mais comment est-ce possible ? Je croyais qu’elles étaient incorporelles, que nul être vivant ne pouvait les voir ni les entendre ? Tu me dois davantage de précisions, mon amie. Oui, permets-moi de t’accorder ce titre, car si tu m’as choisi, c’est que tu devines que je ne t’offenserais pas.

    – Si tu n’interrompais pas toujours mes paroles, je serais déjà plus avant dans mon histoire. J’appartiens à un peuple qui ne fut pas de ceux qui migrèrent de leur plein gré. Des hommes venus du nord abusèrent de la naïveté de certains d’entre nous pour nous arracher à notre terre natale. Les familles furent divisées, et l’on nous déporta vers des continents dont nous ne savions pas qu’ils existaient. Hélas, des milliers des nôtres n’eurent pas la chance de voir la couleur du ciel de ces pays, car ils moururent en chemin. La mer océane leur servit de linceul, sans que nous puissions leur rendre un dernier hommage. Plus le voyage s’allongeait, et davantage les plus faibles disparaissaient.

    – Je sais, belle demoiselle, ce fut horrible. Le commerce des richesses ne leur suffisait pas, ils firent aussi celui des hommes. Honte à ceux qui l’ont initié. Je regrette infiniment qu’aucun d’eux ne puisse comparaître devant un tribunal, pour y répondre de ces crimes, ainsi que de leurs pairs. Mais cela ne me dit toujours pas la raison pour laquelle tu te trouves ici ; tu semblais m’attendre, je suppose ?

    – Sans doute n’as-tu pas très bien écouté, car je t’ai précisé qui j’étais et pourquoi je suis en ce lieu. Vois la rivière qui coule sa mélancolie. C’est par « ce chemin qui marche » pour paraphraser nos descendants, qu’un jour, mes amis et moi nous sommes arrivés, après un voyage dont nous pensions qu’il ne terminerait jamais. Celui que nous devions nommer le maître possédait une immense propriété divisée en plusieurs parcelles exploitées différemment. Celle sur laquelle nous nous trouvons était réservée à la prospection de l’or et des bois précieux. C’est sur ce domaine qu’une seconde vie commença pour mes frères et moi. Une existence où l’homme n’en était plus un. Il n’était qu’une chose, un outil, un exutoire. Je vécus quelques années avant de mourir d’épuisement et de maladie, comme de nombreux autres.

    – Mais dis-moi, pourquoi as-tu choisi de revenir sur le lieu où tu connus tant de souffrances ? Tu pouvais aller vers le pays de ton enfance ?

    – Je viens régulièrement ici, car c’est l’endroit où ma compagne donna naissance à notre fils. Mais le maître nous sépara, prétextant que cela serait une gêne pour le travail. Quelques jours plus tard, elle embarquait dans un canot en direction de la ville. Nos regards se sont suivis comme s’ils cherchaient à s’accrocher, jusqu’à la grande courbe que tu devines sous les feuillages. Je ne les ai jamais revus.

    – C’est donc pour cette raison que je te découvre sous cette forme, pour retrouver les tiens ? Mais ne crains-tu pas d’être trop éphémère ?

    – Pas du tout ! Observe dans les flaques et les berges de la crique qui bordent le sous-bois, tu y trouveras des milliers d’autres futures âmes. Et puis, n’as-tu pas remarqué toutes ces brumes de sable qui s’abattent sur le pays, ces dernières années ?

    – Ne me dis pas que…

    – Eh bien, si ! Après de longs palabres, mes ancêtres sont parvenus à un accord : puisque les étrangers ont enlevé leurs enfants, pour que ceux-ci retrouvent leurs anciens, nous leur envoyons le continent par delà l’océan, afin qu’ils redécouvrent les fragrances de chez eux.

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  • CE QUE J’AI VU ET ENTENDU

    – Curieux, n’est-ce pas, comme intitulé ? Notez que j’aurai aussi bien pu écrire : « ceux que j’ai vus », car lorsque l’on décide de partir à l’aventure, nous ne pouvons dissocier les peuples de leur environnement. Sans doute vais-je à contre-courant de nombreux voyageurs ; mais depuis toujours dans ma vie, les gens m’ont davantage attiré que les panoramas, furent-ils à tomber à la renverse. Attention, je ne dis pas que mon œil ne les détecte pas, ni ne les apprécie, mais je ne leur accorde que le temps nécessaire à mon esprit de les enregistrer. Il me tarde alors d’aller à la rencontre d’individus qui sont les seuls à ignorer qu’ils résident en un lieu envié par tous les habitants de la planète. La véritable richesse qui circule autour du monde, c’est bien l’être humain. On croit qu’en tout point du globe il se ressemble : il nous suffit de les observer, pour comprendre soudain que nous venons de découvrir un trésor.

    Cependant, je dois reconnaître que malgré les discours des uns et des autres, et cela depuis toujours, partout, la misère s’est installée, et elle a grandi plus vite que l’espérance.

    Oui, des frères, j’en ai croisé, côtoyés, et entendu, car on ne peut comprendre sans écouter. Est-ce parce qu’à l’instant où j’ai ouvert les yeux c’est la première chose que j’aperçus, que depuis ce premier jour j’ai été attiré par elle ? Serait-ce que nous analysons mieux les situations, lorsque nous avons été élevés sur les miettes abandonnées par la richesse ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que j’ai deviné dans quel quartier des villes je pouvais trouver ceux qui me ressemblaient, dans quel endroit de la brousse ils résidaient, ou au bord de quel fleuve ils avaient bâti leurs villages. Mais pas seulement. Il me suffisait de suivre la voie du chemin de fer, pour un matin, me faire rejoindre par un convoi qui n’allait guère plus vite que moi, à cause de la vétusté des équipements, mais aussi de celle de la surcharge des marchandises et des voyageurs.

    Toutefois, dans les yeux de ces gens, je n’y distinguais aucune larme, de même que dans leur cœur, la graine de la haine n’avait jamais grandi. Ils acceptaient leurs conditions jusqu’au soir où la terre devenue stérile refusa une dernière récolte, ou que dans la forêt agonisante ne trouvant plus de quoi subsister, le gibier fuyait vers un ciel plus clément. Les nouveaux amis pourtant, n’hésitaient jamais à partager une poignée de millet, du manioc ou un poisson encore étonné de se retrouver dans un bouillon à la saveur étrange. Oui, chez tous ceux que j’ai rencontrés, et qui m’ont ébloui plus que tous les panoramas du monde, c’est leur cœur qui tenait toute la place de la maigre poitrine.

    Pour les remercier, je m’asseyais en leur compagnie près d’un feu qui rêvait de flammes plus hautes et plus joyeuses, et j’écoutais les griots ici, les conteurs ailleurs, les devins en d’autres endroits. À mesure que j’avançais, chacun avait quelque chose à me dire, à me conseiller, ou à me recommander. Au contact des gens tournant autour du monde, un jour où je suivais un rituel, je pris conscience de ma naïveté. Je croyais posséder quelques connaissances, mais en réalité, je ne savais presque rien. En les regardant vivre, chanter, danser, travailler, chasser, cultiver et élever les troupeaux, je me découvrais moi-même. Je venais d’un pays où l’indifférence est reine et où l’on peut fendre la foule déambulant sur de larges avenues sans que personne ne vous aperçoive. Ailleurs dans le monde des démunis, avec chaleur on serre une main décharnée, aux doigts plus noueux qu’un cep de vigne après la récolte.

    Grâce à tous ces braves gens, j’ai pris conscience que moi aussi, j’existais. Malgré les impostures de la vie, au contact des étrangers plus que de mes semblables je suis devenu quelqu’un. Oh ! N’allez pas imaginer un haut personnage ! Non, pas du tout. D’ailleurs, être un simple citoyen me suffisait grandement, à l’image de ceux que l’on vient courtiser quand on leur fait comprendre que leur voix est primordiale pour remporter les élections. Certes, après le dépouillement, on retombe dans l’oubli ; mais qu’importe, soudain, le sourire s’affiche sur vos lèvres, vos yeux brillent d’un bel éclat, on vous tend la main et cela nous fait plaisir d’ignorer qu’il est hypocrite, le merci résonne d’un ton agréable à l’oreille. Lorsque vous reprenez la route, le dos se redresse, le pas devient plus précis et a même tendance à s’allonger, tant votre désir d’aller au-devant de nouveaux amis brûle la plante de vos pieds.

    Vous le comprenez ; rien dans la vie d’un individu n’est plus grand que la reconnaissance et le respect. S’il est vrai que j’ai beaucoup vu, j’aurais surtout plus entendu et retenu. Parfois, tandis que je me réfugiais dans la solitude, je me demandais si finalement, les peuples rencontrés ne ressemblaient pas à des encyclopédies, tant leur richesse est immensément étendue. Ce que l’un a oublié, l’autre vous le rappelle, de sorte que le voyage devienne un réel plaisir.

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    – Qui aurait imaginé assister à une démonstration d’amitié de grande envergure, prouvant ainsi les liens profonds et sincères qui unissaient un astre, fut-il le plus brillant de notre système solaire, à une année qui s’est éteinte dans l’indifférence générale ? Cependant, ce fut ce qui arriva en ce lever du jour de triste mémoire. Mais laissez-moi vous conter ce qui bouleversa le départ des ténèbres, s’essuyant les dernières brumes sur les ramures de la forêt.

    Je vous disais qu’ils étaient des amis, et même des complices, puisqu’ils avaient décidé de sceller leur destin, à l’aube du premier jour où l’an apparut dans une immense confusion. En effet, d’un côté à son opposé de la planète Terre, aucun peuple ne put s’accorder pour fêter l’événement dans la plus parfaite harmonie. Les uns festoyaient, tandis que les autres allaient rejoindre leur couche, psalmodiant tous les cantiques dont ils avaient oublié la plupart des mots, afin que celle que l’on prédisait leur soit douce et attentive. Certains ne pensaient même pas qu’un tel phénomène puisse se produire à cette époque de l’an. Finalement, celle qui était attendue avec impatience, après un parcours qui lui parut une éternité, parvint sur le seuil de la forêt où elle prit quelque repos avant de s’annoncer.

    À cet endroit du récit, il faut que je vous dise que chez nous, il n’y eut point de désordre, pas plus que de grands bouleversements, sinon les hésitations habituelles quant à l’organisation qui devait respecter un protocole dûment établi depuis des temps immémoriaux. D’abord, je dois vous préciser que sous nos latitudes, le jour et la nuit ont décidé de ne pas se faire la guerre. Le temps, ils l’ont divisé en deux ; il leur parut raisonnable de s’octroyer douze heures chacune. L’ombre et la lumière ainsi dénommées, la marche des éléments se mit en route. Heureux de cet équilibre, l’astre luisant s’était levé dans le plus bel éclat de tous ses rayons, pour accueillir celle qui serait sa complice. Ils devinrent vite inséparables. Le jour naissait, le soleil l’éclairait comme pour lui montrer le chemin. Je ne prétendrais pas qu’entre eux il n’y eut jamais d’accrochage. Au contraire ; au cours de certaines saisons, l’orage grondait ; les invectives du ciel retentissaient et parfois, il menaçait la terre de la noyer sous un déluge d’averses tropicales comme elle n’en avait jamais connu. Mais, comme dans tous les vieux couples, les choses ne tardaient jamais à rentrer dans l’ordre. Il est bien reconnu qu’après la pluie, c’est le temps de la boue ! Oui, je précise ; la gadoue. Mais ce n’est pas innocent, car à la surface de celle-ci, on distingue mieux les traces des fautes des uns et des autres et ainsi, la manière de ne plus les reproduire.

    Les jours passèrent. Les amis marchaient d’un même pas, l’un offrant son ciel bleu, tandis que sa compagne s’empressait de faire éclore des milliers de fleurs colorées et parfumées, dont le soleil venait caresser chaque pétale, comme s’il y déposait ses baisers les plus doux. Qu’elles étaient belles ces saisons qui virent leur amour grandissant, s’étreignant parfois dans la délicatesse des aurores ou la tendresse des soirs. Personne n’était dupe ; tous savaient qu’en vérité, ils ne se séparaient jamais, des lambeaux de l’une allant rejoindre ceux de l’autre, afin d’unir leurs songes, comme on le fait de la destinée. Pour confirmer leur harmonie, ils permirent aux mois de s’accrocher à eux. Chacun avait sa raison d’être et sa manière de l’exprimer. Chaque matin voyait s’écrire une nouvelle page, jusqu’à cette aube découvrant le ciel qui se chargeait de nuages menaçants. Ils semblaient vouloir dire que rien de ce qui est beau ne doit ignorer qu’il cultive sa fin. C’était leur façon de préparer le couple à une prochaine séparation. Oh ! Ils le devinaient que tout ce qui commence doit forcément sombrer un jour dans le néant, mais le temps passa si vite, qu’ils n’eurent pas le leur pour y songer vraiment.

    Déjà, en certaines régions, la bise glaciale et rancunière arrachait aux arbres leurs feuilles comme on dénude les mannequins des grands magasins d’une saison à l’autre. La terre se couvrit d’un épais manteau si blanc, que l’on dit de lui, qu’il était immaculé. Le firmament n’en croyait pas ses nuages quand il vit les oiseaux de toutes espèces entamer leur migration. Il se mit à tousser maladivement à l’heure où soudain, des cheminées, nonchalamment, montèrent les fumées, noircies par des âtres vieillis. Sous les bois, seul le houx exultait. Enfin ! s’exclamait-il ; on va reconnaître ma beauté, et le gui en fit de même, alors qu’il réalisa qu’à minuit, des étoiles dans les yeux, les amoureux s’embrasseraient sous sa branche délicate, attendant pour rompre leur étreinte, que le bonheur leur tombe dessus.

    C’est l’instant où le grand maître de l’univers ouvrit la porte à la nouvelle année qui trépignait d’impatience. Elle s’engouffra sans jeter le moindre signe de soutien à celle que l’on venait de remercier pour sa piètre prestance.

    C’est ainsi que dans la lumière retrouvée, je découvris notre soleil dans tous ses états. Ses larmes étaient si nombreuses, qu’elles remplissaient l’espace. Les gens étaient heureux d’accueillir une année plus jeune, alors que lui ne se remettait pas de son chagrin. Celle qu’il avait choisie pour se joindre à ses rayons le quittait pour toujours.

    Belle et douce année à vous tous qui nous faites l’amitié chaque jour, le plaisir de lire nos délires. Gageons que ceux qui vont suivre sauront faire oublier à l’astre brillant inconsolable, que pour un amour de perdu, trois cent soixante-cinq sont retrouvés !

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  • – Ainsi, l’an nouveau vient-il de se glisser jusque dans notre lointaine forêt. Oh ! Je vous rassure, il le fit dans la plus grande discrétion. Il ne prit même pas le temps de revêtir le ciel d’un bel habit de fêtes, comme lui seul a le secret quant au choix des nuances. Qu’importe ; il est là, et rendons-lui hommage, comme nous le faisons lorsque nous accueillons un ami arrivé depuis le bout du monde, à la différence que celui-ci est souvent épuisé, tandis que l’année, elle, est encore toute fraîche.

    Soudain, il me vient à l’idée, que le jour qui se présente n’est rien d’autre qu’un nouveau livre blanc dont il nous revient la responsabilité d’en noircir chacune des pages. Quand nous écrirons sur la dernière feuille le mot fin, je ne doute pas que nous le ferons avec un sourire qui se voudra sans doute quelque peu ironique. En effet, nous ne pourrons nous empêcher de comparer nos récits avec les précédents, et nous nous apercevrons vite qu’à quelques phrases près, nos histoires se ressembleront. N’oublions pas que si l’année change, il n’en est pas de même pour chacun de nous. Nos destins vont toujours sur la même route. Certes au long de celle-ci, nous rencontrerons de nouveaux amis, récoltés des sourires engageants, mais hélas, aussi, nous aurons à soigner des cœurs meurtris, mettre du baume sur des cicatrices et aidé l’amour à demeurer dans les foyers où il avait grandi. Néanmoins, sans que nous soyons tentés de regarder par-dessus notre épaule ce que fut le passé, nous savons nos désillusions si proches de nous, que nous les entendons trépigner derrière la porte. C’est que l’an qui nous a quittés le fit dans la douleur et l’indifférence des jours qu’il a cependant fait naître dans des aubes hésitantes. Il les a élevés jusqu’au soir, dans lequel il disparaissait, ignorant que le lendemain lui appartenait.

    La vie n’est pas une longue histoire parsemée de douceurs et de rêves qui réclament à être réalisés. Elle est aussi un chemin ensemencé d’obstacles de plus en plus difficiles à escalader à mesure que nous avançons dans l’existence qui nous est attribuée. Celle dont nous avons désiré qu’elle soit plus belle ressemblera à la précédente, et forcera nos désillusions à renaître de leurs maux. Toutefois, puisque l’espérance est le moteur de notre âme, profitons de l’an tout neuf pour lui renouveler notre confiance, et promettons-lui avec sincérité que nous changerons notre façon d’être, celle de respecter nos paroles, ainsi que tous ceux, qui viendront frapper à notre demeure.

    En vérité, il n’appartient pas à l’année d’être meilleure ou non. C’est à nous de faire le premier effort pour être différents. L’individu que nous sommes n’est rien d’autre qu’une maison pour nos habitudes et nos songes. Alors, pourquoi ne pas en ouvrir les portes et fenêtres pour l’aérer d’abord, et ensuite pour jeter ce qui nous embarrasse en même temps que cela nuit aux bonnes relations avec les voisins ? Je devine que vous penserez que nous ne serons pas nombreux à tenir les promesses faites dans l’euphorie d’un instant de joies entremêlées. Le passé nous le démontre chaque fois que nous le dépoussiérons. Cependant, il est si facile de se poser une unique question dans le nouveau matin :

    – Que suis-je, et quel individu je souhaite être ?

    Mais aussi ; pourquoi fais-je ceci et au nom de quoi, et vers quelle destinée cela me conduit-il ? Ai-je besoin de tous ces mirages pour accompagner mes pas vers les lendemains ? Ne suis-je pas armé pour affronter seul l’avenir qui se dessine devant moi ? N’ai-je donc pas le courage de redevenir le personnage que j’étais jadis ; c’est-à-dire, moi-même ? Pourquoi toujours me retenir aux branches, alors qu’il me suffit de les lâcher pour gagner la terre ferme sur laquelle prospère la liberté ?

    Oui, être libre dans ses pensées, dans les jours qui soudain s’éclairent d’une lumière nouvelle. Nous ne sommes pas obligés de ressembler aux autres. C’est pour cette raison que nous sommes différents et ceci représente notre plus grande richesse. Nous ne sommes pas semblables pour que nous soyons complémentaires.

    Voilà ce que m’inspire ce premier jour d’une année qui a déjà changé d’avis, et de chemise, car du soleil de ce matin, à nouveau la pluie nous gratifie de sa présence. Elle ressemble aux larmes du ciel, comprenant soudain que sur Terre, rien ne sera bouleversé sans la volonté des hommes.

    J’adresse mes meilleurs vœux à tous les amis qui nous font la gentillesse de s’arrêter un instant sur leur chemin, pour venir à notre rencontre. Soyez le plus heureux que vous le puissiez. N’hésitez pas à demander à l’an nouveau le plus de bonheur possible pour vous et pour les vôtres.

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