•  Il est parfois bien difficile d’expliquer à quelqu’un qui n’a jamais eu la chance de voyager dans certains pays tropicaux ou équatoriaux, ce qu’il en est, du quotidien en forêt. Nous sommes même tentés de ne rapporter que l’essentiel de nos pérégrinations, tant certaines situations peuvent paraître ubuesques. Qu’importe, cela ne change rien à notre propre plaisir, et quand mon esprit s’ennuie, j’aime qu’il aille récupérer au fond de ma mémoire certaines images, afin de les dépoussiérer. Aujourd’hui, il lui plut de me parler de nos amis de l’île aux singes ; donc, je ferme les yeux et me laisse transporter sur les îlets d’Armire, non loin des côtes guyanaises.

    Ah ! Quels merveilleux petits paradis, que ces morceaux de continent sud-américain apportés là par une main inconnue depuis la nuit des temps, à moins que l’océan se soit vexé par une soirée sans lune et qu’il ait demandé au Tout-Puissant de mettre à sa disposition quelques parcelles pour lui permettre de déposer tour à tour sa tendresse ou sa fureur ! Rassurez-vous, je ne vous ferai pas un cours d’histoire quand à ces bouts de Terre qui virent passer tant de gens différents. Cela fera l’objet d’une autre narration. Celle qui nous intéresse ce jour est celle de nos lointains cousins, espiègles, s’il en est.  

    On peut les aimer, les fréquenter, et les admirer, il n’en demeure pas moins que nous pouvons aussi les trouver exaspérants, à cause de leurs manières quelque peu désinvoltes. Il est vrai que nous n’allons pas à la même école, encore moins nous partageons notre société. Imaginez plutôt. Vous êtes confortablement installés dans le dernier songe, celui qui est toujours le plus beau tant il paraît être la réalité, ou le résumé de la journée qui occupera l’espace du lendemain, quand, soudain, vous sursautez. Un raffut indescriptible met votre cœur en alerte ; il bat la chamade jusqu’à ce que vous trouviez la provenance et la raison d’un tel tintamarre. Émerger d’un doux rêve n’est pas une chose aisée, vous l’imaginez, jusqu’au moment où enfin vos yeux sont accoutumés à l’environnement, que vos pensées sont libérées d’une histoire qui ne vous appartenez pas, brusquement, vous comprenez de quoi il ressort.

    Dehors, le jour tente un premier essai. C’est l’heure à laquelle les couleurs ne sont pas encore très bien définies ; mais concernant les singes, pour eux, il n’y a là, rien que des choses naturelles. Ils courent dans tous les sens, traversent la terrasse et même la maison, règlent des comptes que la nuit avait interrompus la veille. Les familles s’expliquent, se saluent bruyamment, car malgré tout, ils respectent certaines coutumes avant d’en venir aux mots indélicats. La raison de ces querelles ? Oh ! Comme certaines des nôtres lorsqu’elles portent sur la nourriture.

    Nous étions donc toujours allongés dans nos hamacs, lorsque tout à coup, un jeune a eu la mauvaise idée de dissimuler son butin auprès de vous. Qu’avait-il fait ! En moins de temps qu’il en faut pour le dire, c’est toute sa tribu qui sautait et inventoriait notre lieu de repos, sans précaution, vous le comprenez bien. Certains même s’essayèrent à quelques tiraillements de cheveux, puis de couvertures afin de mettre à jour le trésor. Tant pis, si vous portez des lunettes, vous les retrouverez peut-être plus tard. Bien qu’ils ne sachent pas lire, ils tournent les pages de votre dernier ouvrage dans la précipitation, ne soyez pas surpris d’entendre les mots se plaindre d’un pareil traitement. Bref, ils font tant et plus, que vous finissez par vous lever avant qu’il ne leur prenne l’envie de vous vider votre hamac.

    C’est alors que vous comprenez le comportement du premier jeune saïmiri. Ce n’est pas par hasard qu’il était venu dissimuler son trésor dans votre couchage. C’est qu’il avait plus confiance en vous qu’en sa propre famille. Toutefois, je me doute que vous vous seriez bien passé d’une telle loyauté. Qu’importe, le mal était fait, la maisonnée était réveillée, la journée en avait profité pour paraître complètement, il nous restait plus qu’à la traverser en jouissant de chaque instant, et en espérant de toutes nos forces qu’elle soit riche en évènements de toutes sortes.

    Pour revenir à nos amis les singes, contrairement à nous qui nous précipitâmes hors des forêts, eux y demeurèrent jusqu’à nos jours. À ce sujet, on peut déplorer que dans certaines régions de notre planète on les en chasse, réduisant leurs territoires à une peau de chagrin, dans le seul but de réaliser de colossaux bénéfices. Hélas, les grandes industries n’ont pas compris une chose essentielle. Lorsqu’ils auront détruit la nature, les hommes ne tarderont pas à la suivre, car sans elle, nous n’existerons plus. Sauf, qu’un jour, elle renaîtra, tandis que nous, nous ne serons plus à tout jamais.

    Bien que nous fréquentant, nos amis de l’île n’en demeurent pas moins des indépendants et c’est très bien ainsi. Ils ont compris depuis longtemps que prélever quelques friandises sur le compte de leurs cousins ne les oblige en rien. Ils nous font remarquer que toute notre vie nous courrons derrière notre liberté, alors qu’eux, passent leur existence à jouer avec. Leur plus grand bonheur, c’est de nous observer et de nous piller tout en se moquant de nous, sans attendre de nous tourner le dos. Cependant, comme nous le rappelle le dicton : aimons-nous les uns les autres, mais chacun chez soi, et l’amitié sera préservée.

     

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  • – Après une saison des pluies qui n’en finissait plus, que notre joie fut grande quand les deux premiers papillons se posèrent chez nous ! Ils étaient de ceux qui annoncent la venue du soleil, celui qui réchauffe les cœurs attristés après une période pendant laquelle la nature est en souffrance, à demi noyée sous les ondes tropicales qui se succédaient. On a beau vivre depuis longtemps dans le pays, prétendre qu’il faut bien que le ciel exulte lui aussi, il n’en demeure pas moins qu’à l’image de la forêt, les corps n’en peuvent plus. Même les criques n’osaient plus rejoindre leur lit, par crainte d’une vague trop forte. Alors elles s’étaient réfugiées sous la sylve et dans la savane.

    La présence de ces deux paillons fut donc le sourire du jour. Ils avaient dû voler des jours et des semaines avant de prendre quelque repos en notre domaine. Il ne faisait aucun doute que pareil à nous, ils étaient à la recherche d’un peu de bonheur, d’une grande quiétude et sans doute avaient hâte de découvrir les premières fleurs, pour leur raconter la vie d’un pays lointain. Ils ne furent pas déçus. Certes, ils n’en trouvèrent pas des milliers, car elles aussi attendaient des jours meilleurs pour afficher leurs tenues d’été. Cependant, je compris que les rares qui se haussaient sur leurs hampes suffiraient à faire oublier la disette que les insectes subirent, avant d’arriver jusqu’à elles.

    Il est bien connu que l’existence du papillon est éphémère. Ceux qui butinèrent chez nous s’empressèrent de vivre à pleins poumons la joie et les délices que les jours offraient à chaque instant avec son lot d’émotions. Ils marivaudèrent, s’extasièrent, allant d’une fleur à une autre sans jamais s’épuiser. Ils distribuèrent des bienfaits, sans doute plus qu’ils n’en reçurent hormis l’amitié qui était présente sur chaque pétale. Se posant sur les calices, ce ne fut pas que le précieux nectar dont ils se délectèrent, mais de la vie toute entière, bercée par la brise d’été attendrie qui se fit encore plus douce. Ils étaient les premiers papillons que je voyais aussi heureux, avec au fond de leurs grands yeux cette nuance si rare que seule l’espérance génère, échappant à de nombreux regards. De leurs fines ailes multicolores, dans le ciel ils dessinaient des arabesques. Certaines avaient la forme de cœurs sur lesquels le mot amour était gravé. Dans notre pays qui ignore les saisons, ce fut tout à la fois le printemps et l’été qui mêlèrent leurs mélodies et leurs fragrances, ravis de ne jamais connaître les frimas d’un automne. À cet instant, j’ai rêvé avoir un grand filet, moi qui, pourtant n’effleure la nature qu’avec les yeux, pour juste un moment, les prendre délicatement entre les doigts et caresser le velours de leur élégante tenue, et chercher dans les facettes de leurs regards, les  images, d’une région où les montagnes sommeillent, enfouies dans leurs rêves.

    J’aurais voulu qu’ils me murmurent à l’oreille des mots jamais entendus auparavant, de ceux que les sentiments inventent et qui ressemblent à des poèmes. Mais voilà, les secrets de l’âme des fleurs ne me furent jamais dévoilés et resteront à jamais inconnus, car mes gentils papillons un matin disparurent par delà la forêt, se confondant dans le ciel. Je devine qu’il me faudra patienter jusqu’à d’autres beaux jours, de ceux que les pays du Nord  créent pour plaire aux hommes et à la nature. C’est également le temps nécessaire pour que les jeunes  naissent et autant de jours pour apprendre à les apprivoiser. En attendant, dans ma prairie je vais semer et planter de nouvelles plantes, de celles qui savent parler aux insectes, leur raconter des histoires qui jamais ne se terminent et qui ravivent le désir du retour, de l’extase et de l’amour. Mais je comprends aussi que dans ce matin qui appela mes hyménoptères, il emporta un peu de mes rêves, beaucoup d’émotions et plus encore d’espérance. Je crois qu’en leur demeure ils tiendront mes sentiments bien au chaud près de leurs cœurs, car ils ne sont pas habitués aux rigueurs hivernales. Pour l’instant, je contemple la verdure qui se remet de la mousson sous l’ardeur des rayons d’un soleil brûlant, alors que les pauvres fleurs abandonnées baissent la tête en suffoquant, regrettant la trompe délicieuse des papillons leur redonnant la vie. Au milieu de ce temps de folies, mon esprit s’envole vers le pays de mes gentils insectes, où le rêve commence avec la tendresse des soirs pour ne plus jamais s’arrêter. Beaux papillons, mes plantes n’attendent que l’instant où vous reviendrez vous poser en douceur sur elles, en échangeant avec délicatesse des secrets et vos baisers aux parfums de bruyère. 

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  • LA NATURE OFFRE SON SPECTACLE   – Chaque année, en certaines régions, et à des époques bien précises, il en va de même, que les gens vont très loin pour découvrir ce que bien souvent, ils peuvent surprendre chez eux, pour peu qu’ils soient attentifs à ce qui se passe auprès de vous. Mais si j’en crois un vieux dicton, on trouve toujours l’herbe du voisin plus verte et plus grasse. Mais là n’est pas mon propos. Certes, je comprends que ce n’est pas dans les villes que l’on peut assister aux plus belles aubades, celles qui accompagnent les aurores délicates. En ces lieux qui semblent hors du monde et parfois même de la réalité, il n’est guère que le rêve qui permette aux gens de s’évader. Un instant, il est vrai, ils sont heureux. Cependant, ce bonheur est de courte durée, surtout quand il est interrompu par la sonnerie du réveil matin.

    Loin de la ruche bourdonnante des grandes cités, la vie est un véritable conte de fées. Chaque lever du jour est un enchantement. Que dis-je ; une histoire merveilleuse comme celles que l’on rencontre à chaque page des ouvrages destinés aux gens désireux de faire des voyages immobiles !

    J’ai un peu honte de vous le confier, mais chez nous, à deux pas de l’immense forêt amazonienne, il n’est pas d’aubes sans leurs cortèges d’heureuses surprises. Nulle part ailleurs, vous n’assisterez à des levers musicaux aussi variés en chants et en couleurs et en fragrances. Inutile de pénétrer au plus profond sous la haute sylve, car sous cette dernière, c’est un  concert différent qui est offert. Les animaux de nuit rentrant au gîte croisent ceux qui viennent de le quitter et parfois, les rencontres ne sont pas toujours amicales. Tandis qu’à la lisière des bois, il en va tout autrement, surtout, si par le passé, en aménageant votre coin de paradis vous avez pensé aux oiseaux ainsi que les petits gibiers, en leur destinant des points de ravitaillement ayant l’aspect d’arbres fruitiers ou des légumes dont certains rongeurs raffolent.

    Pour vous émerveiller, un seul mot d’ordre est lancé : installez-vous sur votre terrasse et savourez les bouffées de fraîcheur échappées de la nuit. Les essences hautes et fières, à regret, libèrent la brume qui s’élève en se déchirant à travers les branches et sur les épineux, comme si chacun voulait sa part de la robe de dentelles de la mariée d’un matin. Occupé que vous étiez à suivre les lambeaux du premier vêtement léger du jour naissant vers le ciel, vous n’avez pas remarqué le troglodyte familier sautillant devant vous. Soudain, pour vous sortir de la béatitude dans laquelle vous êtes plongé, et vous ramener sur terre si je puis dire, de toutes ses forces, il lance son trille triomphant, cherchant à vous faire  comprendre qu’il fut le premier vainqueur des ténèbres, et qu’il est chargé d’en avertir tous ses voisins et lointains cousins. Le long des lisières, les parakwas s’appellent et dirigent les timides retardataires vers les prochains sites où ils passeront la journée. Les colibris viennent de laisser leurs songes dans lesquels les fleurs leur offraient les plus beaux cœurs gorgés d’un succulent et riche nectar. Il baignait dans la douceur afin de les aider à se débarrasser de la léthargie dans laquelle les petits oiseaux somnolaient. Dans les houppiers, les perroquets grognons discutent bruyamment pour décider vers quel lieu de nourrissage ils vont jeter leur dévolu. Alertés, les toucans partent les premiers, ils ne veulent pas partager leurs graines de wasseyes ou de comous avec ces volatiles bavards. Les caciques culs-rouges ou jaunes traversent l’espace sans se préoccuper des priorités. Dans les nids en forme de longues chaussettes, des petites têtes réclament le premier repas. Le pin caraïbe semble heureux d’accueillir une cinquantaine de ces maisonnettes originales, prétendant que cela lui rend la vie plus joyeuse. Jouant et se poursuivant dans les premiers rayons tièdes du soleil qui vient de se hisser au-dessus de la canopée, les oiseaux tangaras, bec d’argent, bleuets et ceux des palmiers, s’accaparent déjà les bananes, les pommes cajou ainsi que les noisettes du Chili. Il y a  aussi l’élégant organiste avec son béret orange qui termine son logement douillet dans la mousse d’un tronc de parépou hérissé d’épines, alors que le martin-pêcheur effectue son vol inaugural effleurant la crique, comme pour signaler à ses résidents qu’ils doivent compter avec lui. Les poissons, effrayés, n’ont pas vu le butor mirasol qui les attend à la prochaine marre. Les loris, petits louis et les sporophiles réunis interprètent sans plus  tarder une mélodie digne de la plus belle opérette, en commençant leur récolte de graines. Les pigeons roucoulent tandis que les trogons traversent le verger sans se presser ; ils ont jeté leur dévolu sur une grosse termitière construite dans un manguier. Les vachers luisants, proches parents des coucous, observent de leurs branches les nids dans lesquels ils déposeront leurs œufs, laissant au propriétaire, le soin de nourrir leur progéniture. À tous les niveaux de l’existence, on découvre des opportunistes. Il en sera ainsi jusqu’à la tombée de la nuit, où d’autres espèces viendront mêler leurs chants et leur joie à nos rêves, dans l’immense cage naturelle ne possédant aucun barreau, que nous partageons avec les hôtes de la forêt. C’est alors que, fermant les yeux, nous nous disons que si nous ne sommes pas au paradis, nous n’en sommes pas loin.

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    Photo glanée sur le net.

     

     

     

     


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    – Chaque année, en certaines régions, et à des époques bien précises, il en va de même, que les gens vont très loin pour découvrir ce que bien souvent, ils peuvent surprendre chez eux, pour peu qu’ils soient attentifs à ce qui se passe auprès de vous. Mais si j’en crois un vieux dicton, on trouve toujours l’herbe du voisin plus verte et plus grasse. Mais là n’est pas mon propos. Certes, je comprends que ce n’est pas dans les villes que l’on peut assister aux plus belles aubades, celles qui accompagnent les aurores délicates. En ces lieux qui semblent hors du monde et parfois même de la réalité, il n’est guère que le rêve qui permette aux gens de s’évader. Un instant, il est vrai, ils sont heureux. Cependant, ce bonheur est de courte durée, surtout quand il est interrompu par la sonnerie du réveil matin.

    Loin de la ruche bourdonnante des grandes cités, la vie est un véritable conte de fées. Chaque lever du jour est un enchantement. Que dis-je ; une histoire merveilleuse comme celles que l’on rencontre à chaque page des ouvrages destinés aux gens désireux de faire des voyages immobiles !

    J’ai un peu honte de vous le confier, mais chez nous, à deux pas de l’immense forêt amazonienne, il n’est pas d’aubes sans leurs cortèges d’heureuses surprises. Nulle part ailleurs, vous n’assisterez à des levers musicaux aussi variés en chants et en couleurs et en fragrances. Inutile de pénétrer au plus profond sous la haute sylve, car sous cette dernière, c’est un  concert différent qui est offert. Les animaux de nuit rentrant au gîte croisent ceux qui viennent de le quitter et parfois, les rencontres ne sont pas toujours amicales. Tandis qu’à la lisière des bois, il en va tout autrement, surtout, si par le passé, en aménageant votre coin de paradis vous avez pensé aux oiseaux ainsi que les petits gibiers, en leur destinant des points de ravitaillement ayant l’aspect d’arbres fruitiers ou des légumes dont certains rongeurs raffolent.

    Pour vous émerveiller, un seul mot d’ordre est lancé : installez-vous sur votre terrasse et savourez les bouffées de fraîcheur échappées de la nuit. Les essences hautes et fières, à regret, libèrent la brume qui s’élève en se déchirant à travers les branches et sur les épineux, comme si chacun voulait sa part de la robe de dentelles de la mariée d’un matin. Occupé que vous étiez à suivre les lambeaux du premier vêtement léger du jour naissant vers le ciel, vous n’avez pas remarqué le troglodyte familier sautillant devant vous. Soudain, pour vous sortir de la béatitude dans laquelle vous êtes plongé, et vous ramener sur terre si je puis dire, de toutes ses forces, il lance son trille triomphant, cherchant à vous faire  comprendre qu’il fut le premier vainqueur des ténèbres, et qu’il est chargé d’en avertir tous ses voisins et lointains cousins. Le long des lisières, les parakwas s’appellent et dirigent les timides retardataires vers les prochains sites où ils passeront la journée. Les colibris viennent de laisser leurs songes dans lesquels les fleurs leur offraient les plus beaux cœurs gorgés d’un succulent et riche nectar. Il baignait dans la douceur afin de les aider à se débarrasser de la léthargie dans laquelle les petits oiseaux somnolaient. Dans les houppiers, les perroquets grognons discutent bruyamment pour décider vers quel lieu de nourrissage ils vont jeter leur dévolu. Alertés, les toucans partent les premiers, ils ne veulent pas partager leurs graines de wasseyes ou de comous avec ces volatiles bavards. Les caciques culs-rouges ou jaunes traversent l’espace sans se préoccuper des priorités. Dans les nids en forme de longues chaussettes, des petites têtes réclament le premier repas. Le pin caraïbe semble heureux d’accueillir une cinquantaine de ces maisonnettes originales, prétendant que cela lui rend la vie plus joyeuse. Jouant et se poursuivant dans les premiers rayons tièdes du soleil qui vient de se hisser au-dessus de la canopée, les oiseaux tangaras, bec d’argent, bleuets et ceux des palmiers, s’accaparent déjà les bananes, les pommes cajou ainsi que les noisettes du Chili. Il y a  aussi l’élégant organiste avec son béret orange qui termine son logement douillet dans la mousse d’un tronc de parépou hérissé d’épines, alors que le martin-pêcheur effectue son vol inaugural effleurant la crique, comme pour signaler à ses résidents qu’ils doivent compter avec lui. Les poissons, effrayés, n’ont pas vu le butor mirasol qui les attend à la prochaine marre. Les loris, petits louis et les sporophiles réunis interprètent sans plus  tarder une mélodie digne de la plus belle opérette, en commençant leur récolte de graines. Les pigeons roucoulent tandis que les trogons traversent le verger sans se presser ; ils ont jeté leur dévolu sur une grosse termitière construite dans un manguier. Les vachers luisants, proches parents des coucous, observent de leurs branches les nids dans lesquels ils déposeront leurs œufs, laissant au propriétaire, le soin de nourrir leur progéniture. À tous les niveaux de l’existence, on découvre des opportunistes. Il en sera ainsi jusqu’à la tombée de la nuit, où d’autres espèces viendront mêler leurs chants et leur joie à nos rêves, dans l’immense cage naturelle ne possédant aucun barreau, que nous partageons avec les hôtes de la forêt. C’est alors que, fermant les yeux, nous nous disons que si nous ne sommes pas au paradis, nous n’en sommes pas loin.

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  • – Parfois, dans la vie, il en va de notre moral qu’il est aussi triste que les couleurs sombres que nous traduit la photo ci-dessus déposée. Mornes sont les jours, et plus longues, semble devenir les nuits. Nos idées se chevauchent sans pouvoir se distinguer les unes des autres. Notre esprit s’embrouille ; il confond ce qui est laid avec ce qui est beau, ne reconnaît plus le merveilleux de la souffrance, et tant d’erreurs que nous ne faisions jamais. Il y a aussi ces pensées qui assaillent notre âme, jusqu’à la torturer. Mais si nous sommes dans cet état, ce n’est pas tout à fait par hasard. Le monde lui-même semble épuisé, incapable de retenir les plus douces saisons. Les aurores sont blafardes, ne produisant plus la moindre goutte de rosée qui pourrait à elle seule contenir une parcelle de l’espérance qui nous forcerait à nous dépasser. Nous désolant, nous assistons à l’agonie silencieuse de notre belle planète, et nous imaginons qu’elle va s’éteindre à la façon d’une chandelle, quand elle atteint l’extrémité de la mèche. D’abord, la flamme se met à grandir comme pour nous dire son angoisse d’arriver au bout de sa vie ; alors, utilisant ses faibles moyens, elle tente de se raccrocher aux ténèbres, leur criant de ne pas l’abandonner ; puis, elle frissonne comme si le vent soufflait dans tous les sens, et soudain, elle se meurt. Il en est de même pour nous ; étrangement, le désir de baisser les bras nous assaille, nous sommes à un pas de nier la réalité. Une envie folle nous commande de fermer à jamais nos maisons et notre cœur.

    Alors que nous pensions le pire stationné sur le seuil de notre demeure, en nous, une petite voix se fait entendre. Oh ! Elle est bien faible, venant du tréfonds de notre être, se frayant à grand-peine un chemin au milieu de nos songes noirs. De timide à son réveil, elle va forcissant, avant de se courroucer. D’abord, elle nous crie que nous avons ce que nous méritons. Nous ne pouvions pas prétendre vivre en laissant les responsabilités aux autres. Nous feignons de découvrir l’ampleur du désastre, alors que nous nous vautrons dedans depuis des décennies. Il est vrai que le chemin est toujours plus aisé quand d’autres avant nous en ont choisi le tracé. Ils tentaient de nous faire admettre, à travers leurs souffrances, qu’il nous revenait de continuer les travaux entrepris. Mais le bien-être dans lequel nous nous complaisions nous a empêchés de déchiffrer ce que les anciens avaient écrit.

    S’imaginant incomprise, la petite voix semblait ne plus pouvoir s’arrêter. Elle martèle sans relâche qu’il nous appartient de puiser au fond de nous la force nécessaire pour installer à nouveau chez nous le courage et la volonté, et pour conforter les sentiments, nous devons lui adjoindre la passion ; car sans elle, les beaux jours ne reviendront pas. Dorénavant, nous allons avoir besoin de nos deux bras, et si c’est indispensable, nous laisserons la main gauche entraîner la droite si elle venait à rechigner, et en nous faire renaître la puissance de notre esprit  pour bouleverser le monde, et ainsi repartir sur des bases plus saines. Mais pas seulement ; et surtout, autant que faire se peut, nous contraindre à nous dépasser. Nous devons comprendre que si nous voulons survivre, il nous faut imiter la plante de la photo. Elle au moins a eu l’audace de s’épanouir dans un environnement que l’on nommerait la désolation ; tandis que dans l’aurore qui la fit naître, elle n’en croyait pas ses feuilles, quand elle réalisa qu’elle était isolée et abandonnée au milieu de nulle part. Elle semble nous dire que même quand plus rien ne va dans notre vie, une place nous est réservée dans la lumière. C’est vrai que pour chacun de nous une histoire a été écrite, et qu’un destin nous est attribué. Mais il n’est pas mentionné que nous ne puissions ou nous ne devions pas l’influencer. De nombreux carrefours se présentent à nous à mesure que nous cheminons, et il nous appartient de choisir celui dont nous estimons qu’il nous conduira vers le bonheur. Prenons exemple sur ce végétal qui va croître dans les difficultés, mais qui sait parce que telle est sa volonté qu’un jour  il sera grand, fort et que des oiseaux viendront se percher sur ses branches. L’abeille prélèvera le nectar de ses fleurs. La vie alors sourira à nouveau et plus aucun matin ne manquera aux jours.

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