• BALLADE AMAZONIENNE 1/2

     

    — On nous demande souvent des précisions sur l’immense sylve, ainsi que la façon de la pratiquer, sans avoir à combattre tous les dangers qui pourraient se présenter au visiteur, auquel on a déjà tant dit, surtout les éléments contraires à la vérité.

    Pour éviter les déceptions en tous genres, il est primordial d’aller se renseigner auprès de ceux qui sont rompus à la vie en forêt, mais également de ne pas hésiter à aller à la rencontre des locaux qui se font un plaisir de vous révéler quelques secrets sur les spécificités de la région. Trop de voyageurs sont partis en direction de la cathédrale verte dès leur descente d’avion, en ignorant les conseils des uns ou des autres. Ne pensez pas que nous allions en brousse la fleur au fusil.

    Une précision qui a son importance ; essayez de ne pas collecter des informations dans les bars. Il s’y attarde généralement de drôles d’aventuriers qui n’ont pas eux-mêmes pratiqué la forêt, mais qui s’attribuent les récits de ceux qui en vivent. Durant des heures, ils vous diront des histoires dans lesquelles ils apparaissent des héros, alors que ce sont d’autres personnes qui connurent des galères. Il faut aussi vous enlever de l’idée qu’il y a des « bêtes » cachées derrière chaque tronc d’arbre. Certes, il y en a, mais le nouveau marcheur en vérité ne verra pas grand-chose, ne sachant pas où poser son regard. Il faut comprendre que chaque hôte a un territoire, et qu’en aucun lieu, ne pullulent les serpents ni des araignées géantes. En fait, l’animal le plus dangereux chez nous, c’est l’homme, cet éternel prétentieux qui pense que le monde lui appartient.

    Pour une courte ballade ne dépassant pas la journée, il est parfaitement inutile de vous charger « comme une mule ». Une bonne paire de chaussures sont suffisantes, un sac à dos contenant l’eau qui vous désaltérera, une pharmacie sommaire, pour le cas où quelques épineux vous auraient arraché des souvenirs de peau tendre et fragile. Le coupe-coupe est un précieux auxiliaire pour trancher quelques lianes qui pourraient ralentir votre marche. Pas très loin de la capitale, des sentiers balisés ont été aménagés afin d’offrir aux amoureux de la nature, l’environnement dans un plus grand confort. C’est aussi une excellente école pour apprendre la forêt et ses pièges. Il ne faut surtout pas oublier que sous les bois, la nuit est vite installée, alors que le soleil n’est pas encore couché.

    Il est également fortement conseillé de sortir de dessous les couverts à dix-sept heures ; au maximum est une sage précaution. La prudence recommandera au marcheur-découvreur de ne pas quitter le layon balisé. Sous la sylve, les repaires sont quasiment inexistants. Ne vous attendez pas à trouver de la mousse sur les troncs d’arbres, pouvant vous indiquer le nord, ici, elle fait tout le tour du végétal dans les milieux humides.

    Sur la côte et jusqu’au proche intérieur, vous prendrez soin de vous renseigner sur les heures des marées. Elles influencent le cours des criques et petites rivières qui peuvent vous induire en erreur. Ainsi vous apercevez-vous qu’au matin elles coulaient dans un sens, alors que le soir elles vont dans un autre. Pas évident de rejoindre l’océan dans ces conditions. ! Tout se ressemble, dis-je, et n’espérez pas sur un clocher à l’horizon pour entendre un quelconque angélus. Il ne vous faudra pas non plus compter sur le soleil pour vous repérer. Sauf dans les chablis, il ne pénètre quasiment pas. Avant de partir, si vous êtes seuls, toujours informer quelqu’un de votre entourage. Si vous veniez à vous perdre, pas d’affolement. Éviter de tourner en rond, car vous ne feriez que vous éloigner de votre point de repère. Choisissez plutôt le pied d’un arbre pour vous apprêter à passer la nuit. Les bougies que vous aurez pris soin d’emporter vous seront d’une grande utilité pour allumer un feu. C’est quand les flammes danseront joyeusement que vous vous féliciterez d’avoir eu l’idée de prendre un en-cas, que vous économiserez si vous pensez demeurer plus longtemps que prévu. Vous serez attentif aux divers bruits afin d’entendre les appels de ceux qui sont partis à votre secours.

    Pour une ballade d’une journée, vous serez sans doute vite retrouvé. Pour aider les gens qui sont à votre recherche, régulièrement vous frapperez avec le dos de votre machette sur un tronc creux que vous aurez préalablement repéré, ou d’immenses contre forts qui amplifieront les sons. Respectant ces quelques données, vous comprendrez que la découverte du milieu amazonien reste un plaisir et vous serez surpris de constater que vous n’attendez qu’une prochaine occasion pour y retourner afin de mieux regarder tous les éléments qui ont échappé à vos premières observations. Chez nous voyez-vous, il ne se passe jamais un instant sans qu’une chose nouvelle s’offre à celui qui sait la contempler. (À suivre)

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-4


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