• Chant pour l'âme de L'Afrique

    — Qu’il fut beau, ce temps où résonnèrent les chants qui prirent un malin plaisir à s’attarder sur la forêt ! Ils empruntèrent les fleuves et les rivières qui les conduisirent à l’océan sur lequel ils naviguèrent, avant de rejoindre le ciel qui écarta ses nuages pour leur faire la place qui leur revenait !

    Qu’elle est donc cette époque qui semble nous avoir émus plus que de raison ? Quels sont-ils ces hommes qui aiguisèrent mon appétit à ce point que je m’étais promis d’aller en leurs pays comme on effectue un pèlerinage ?

    Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, en vous disant qu’ils étaient trois amis au talent immense.

    Ils étaient surtout connus pour être les « chantres de la négritude ».

    Ils se nommaient Léon Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

    Les deux premiers amis s’en étaient allés rejoindre le paradis des mots, cette académie des belles lettres qui est si vaste, qu’aucun homme ne pourra se targuer de l’avoir inventée.

    Il faut bien reconnaître que là-haut, les compères s’ennuyaient de n’y rencontrer aucun ange de leurs connaissances.

    Pourtant, ils n’étaient pas sans savoir que plus bas, le troisième larron s’époumonait toujours à parler et fortifier la théorie qu’ils avaient mise sur pied longtemps au paravent.

    C’est que l’esprit de nombreux hommes demeure faible, malgré les tentatives répétées d’enrichissement.

    Il faut sans cesse leur rappeler les principes essentiels de l’existence et surtout les inciter à ne jamais oublier certains préceptes.

    Il parla et démontra tant que le temps vint à lui faire défaut.

    C’était un jeudi matin, Césaire venait de tirer sa révérence à ce monde qu’il avait aimé et magnifié. À l’instant où La Martinique devint orpheline, longtemps après le Sénégal et la Guyane, les trois amis venaient de se réunir et je ne doute pas un instant que la fête fut belle et que les mots à nouveau purent chanter et danser la farandole. Je n’aurai pas été surpris d’entendre dans la douceur du soir, à nouveau s’élever au-dessus de la forêt les chants et les poèmes glorifiant l’âme de l’Afrique.

    Ils apportèrent au peuple noir ce qu’il attendait depuis si longtemps. Ils lui offrirent ses lettres de noblesse, sa grandeur et sa fierté qui purent à nouveau aller par les pistes et les chemins, gambader par les savanes ou s’attarder sous la forêt.

    Ces trois hommes n’étaient pas grands par leur taille. Ils le devinrent par leur talent immense et cependant d’une égale humilité.

    Qui d’autres que ces trois poètes pouvaient le mieux parler de la « négritude », ce mot qu’ils inventèrent pour décrire qui ils étaient et d’où ils venaient ?

    Comme pour confirmer le vieux dicton qui prétend que « nul n’est prophète en son pays » ils durent connaitre des traversées du désert et parcourir le monde, comme s’ils étaient à la recherche d’un second souffle, mais en tout cas en rien qu’il soit nouveau.

    Petit homme noir dans son bel habit vert, Senghor fut le premier président du Sénégal d’après l’ère coloniale. Damas s’exila aux U.S.A où il enseigna dans les meilleures universités. Césaire revint au pays qu’il ne quitta qu’au jour où ses amis le réclamèrent.

    Bien sûr que ces poètes pouvaient parler de négritude, eux qui marchèrent si longtemps dans la poussière des pistes pour y retrouver leurs pas et leur âme !

    Est-ce sur ces sentiers qui arpentent les pays qu’ils découvrirent les mots qui envahirent nos esprits d’émotions et qui pénétrèrent jusqu’au tréfonds de nos corps pour enserrer nos cœurs à l’instant où les membres s’agitent comme entraînés par les rythmes fous ? Quels étaient donc ces mots si puissants qui détenaient le pouvoir de nous posséder ?

    Académiciens, agrégés, conteurs et griots ; c’est ce qu’ils furent tour à tour, parcourant tels des pèlerins les continents sur lesquels ils enseignèrent ce qu’il leur semblait juste, la reconnaissance d’un peuple qui le premier, apparut dans le berceau de l’humanité.

    Écrivains, poètes, musiciens, hommes politiques, longtemps le panthéon refusa de vous recevoir afin de conserver votre grandeur et votre culture.

    Il est juste qu’aujourd’hui vous y soyez accueillis, car nulle autre part dans notre monde n’est votre place.

    Vous nous avez apporté la preuve que les larmes des noirs et celles des blancs ne coulaient pas pour les mêmes raisons, mais qu’elles avaient la même amertume lorsqu’elles brûlent les yeux, avant d’aller grossir les rivières qui arrosent des terres rendues stériles par l’inculture.

    Résonnez ! coras et ékontings ! Roulez ! djembés et autres sanybans ! Battez dunumbas ainsi que vous petits kenkenis !

    Quant à vous, joueurs de balafon, frappez en cadence afin que les chants des griots s’envolent par-dessus les frontières entraînant à leurs suites les âmes de nos poètes trop tôt disparus, dont la gouaille nous manquera toujours.

     

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00048010

     

    Une partie de ce billet fut écrit en juin 2008 alors que venait de nous quitter l’immense Aimé Césaire.

    Je lui associe ses amis Damas et Senghor, car je sais que l’hommage qui est rendu au poète, écrivain et humaniste en ce jour, il aurait lui-même insisté pour qu’il soit partagé avec eux, ses amis et complices de toujours. D’ailleurs, sa volonté ne fut-elle pas de rester au milieu des siens, à La Martinique ?

     

      


  • Commentaires

    1
    Mardi 7 Juin 2016 à 04:59

    Pour  continuer  ma  visite  sur  tes  pages , je me pose sur ce bel hommage a ces trois hommes que je ne connais pas très bien , mais tu me donnes l’opportunité  de  faire des recherches ..
    J'ai  lu  quelques documents  sur Aime Cesaire ..Voila  trois hommes qui  ont  marque  leur époque .. Merci  , je  prends  note  pour  les  retrouver  dans  leur vie  et  écrits 
    Bonne  journee  René ..  Bisous a partager ..
    Nicole ..

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