• CONTES ET LÉGENDES DU POIS SUCRÉ

    CONFIDENCES NOCTURNES 4/4

     

    – Madame, me répondit-il, n’en rajoutez pas, je vous en conjure ! J’ai passé la journée à les dénombrer, et croyez bien que ce n’est pas une mince affaire. Plus vous en compter et plus il y en a !

    – Me voyant étonnée, et même offusquée, il se reprend et m’avoue :

    – Je vous prie de bien vouloir m’excuser, chère amie ; je suis un peu las et je suis conscient que j’ai dû mal vous répondre.

    – Vous le comprenez, ma petite Clara, en fait, c’est un sujet qui s’emporte vite. À votre avis, dois-je redouter d’autres disputes chaque fois que je ferai un écart de langage ? Je n’ai pas imaginé un instant que les têtards pouvaient se mettre entre nous et créer une discorde, fut-elle passagère.

    – Vous aviez déjà eu des mots auparavant, enfin si toutefois on peut qualifier cet échange comme étant une dispute ?

    – OH ! Non, jamais ! Pensez donc : c’est quelqu’un descendant d’une très vieille famille indue d’anciens principes ; c’est à peine si nous nous approchons l’un de l’autre, lors de nos rencontres. Il y a toujours, comment pourrai-je vous expliquer cela…

    – Quelques pas de sécurité, répondit Clara ; sans doute responsable d’une éducation probablement trop rigoureuse et exagérée.

    – Oui, c’est cela, trop de retenue. Nous nous embrassons si peu ; juste quelques baisers à peine confirmés à la sauvette, alors que le goût de ceux de mon défunt mari n’a pas encore disparu depuis tout ce temps ! Et zut, à la fin. Nous sommes femmes et mères toutes les deux, Clara. Puis-je sans que vous vous moquiez de moi vous dire un secret ?

    – Mon amie, je puis tout entendre. Ne craignez rien quand à vos paroles, je les devine. Et tout à fait entre nous, je vous jure bien que tout ce qui sera dit ici ne sortira jamais de l’environnement de nos mares et étangs ; foi de Clara !

    – Eh Bien, et c’est le cas de le dire aujourd’hui ou jamais, n’est-ce pas ? Tant pis pour les mauvaises paroles, pensez de moi ce que vous voulez, mais je me jette à l’eau ! Clara, je souhaite de tout mon cœur qu’il me prenne dans ses bras et qu’un instant, rien qu’un tout petit moment, il ne pense plus à rien d’autre, sauf à moi. J’ai honte, mon amie, de vous le dire ainsi, mais je crois que je le désire.

    – C’est bien naturel, chère Diva ! Nous ne sommes pas faits de bois ni d’aucune matière inerte. Nos corps ont des envies et nous devons les assouvir, rien de plus. Nous avons accompli nos devoirs, mon amie, nous avons été mères et fidèles. Mais nous ne pouvons nous satisfaire de vivre le restant de notre existence au passé. Le temps s’écoule si vite ! Il ressemble à ces ondes tropicales qui remplissent nos lacs et rivières. Nous n’avons personne à mystifier, me semble-t-il, alors, de grâce, ne nous trompons pas nous-mêmes !

    – Oui, sans doute avez-vous raison. Cependant, je ne sais pas s’il voudra franchir le pas. Et puis, je crois avoir un énorme handicap à affronter ; ma famille, y avez-vous songé ?

    – Chère amie, nous ne sommes pas mariées avec les nôtres.

    – Puisque vous parlez d’elle, je vais vous avouer autre chose qui me cause bien des soucis. Figurez-vous qu’à la demande de l’une de mes sœurs, je dois me rendre dans leur nouvelle résidence, une enclave marécageuse de toute beauté, selon leurs dires et qui attire une foule énorme.

    – Je ne vois pas où est le problème, s’étonna Clara. À moins que vous ne vouliez parler du monsieur.

    – Précisément, je me posais la question si je pouvais l’inviter le temps d’une matinée. Je crois qu’il va se morfondre seul et si loin de moi. Cependant, je ne puis pas le présenter à la famille, que penserait-elle de moi ? Vous savez comment sont les gens de la haute société, qu’ils prennent ombrage de tout et plus encore du moindre faux pas de l’un des leurs, comme si c’était à leur réputation que l’on touchait. D’autant qu’à mon âge, fréquenter presque en cachette pourrait prêter à bien des désagréments et de questions les plus diverses.

    – Ne vous vexez pas, chère Diva de ce que je vais vous dire. Mais je ne puis le garder pour moi. Je comprends que vous brûlez de désir pour lui, n’est-ce pas ? Alors qu’attendez-vous pour concrétiser votre amour ? Il ne souhaite que cela, j’en suis persuadée. Je devine qu’il est quelqu’un qui ne fuit pas l’autorité ; donc, n’hésitez plus. Coassez ensemble ! Ne le laissez pas regarder vers d’autres qui seraient ravies de vous le subtiliser ! Ne leur donnez pas ce plaisir. Je vais vous dire : au risque de vous paraître quelque peu osée, je vous recommande de lui sauter dessus, sans fioriture, sans mots inutiles ! Et puis, pour faire bonne mesure, permettez-moi quelques conseils. Changez radicalement de tenue. Montrez-vous à lui sous un autre aspect. Soyez jeune et bout en train. Choisissez une belle coiffure, revêtez vos pieds de chaussures modernes, maquillez-vous sans pour autant privilégier l’outrance. Vous verrez, les mâles aiment les transformations ; elles les flattent ! N’attendez pas qu’il soit trop tard. Plus vous reculerez, plus vous vous éloignerez de la réalité, et alors, viendra le jour où vous serez seule, avec, pour unique compagne, la détresse. Vous ne supporterez rien ni personne. Vos désirs deviendront des chimères et le feu qui jusque là à patienter en couvant en vous, vont finir par s’éteindre définitivement. À force de refuser le bonheur, celui-ci, lassé, va voir ailleurs, car ma chère amie, pour vivre, il a besoin d’un cœur.

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00061340-1 

     

    D’après une idée originale de mon amie CHANTAL, qui se souvient qu’elle aimait « faire sauter » les reinettes dans les mares du terrain vague, près de chez elle.

     

     


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