• CONTES ET LÉGENDES DU POIS SUCRE

    LES OUTILS, POUR VOIR LE TEMPS.   3/3

     

     

    – Mes amis, je vous demande de méditer ces quelques paroles : jusqu’à ce jour dans lequel grandit votre mécontentement, n’avez-vous jamais senti l’une de vos jambes s’élancer avec courage vers le jour prochain tandis que la seconde essaie de retourner inventorier l’histoire ? Il leur rappela encore que le confort de l’existence réside dans le pouvoir de l’esprit des êtres qui en possèdent un. Certes, il est l’élément primordial des gens, mais il n’outrepasse jamais ses fonctions. L’homme reste son pourvoyeur d’énergies de toutes sortes. Leur sort est intimement mêlé. Nous n’allons jamais l’un sans l’autre, comme la main droite ne saurait se passer de la gauche ! À ce titre, notre cerveau doit comme nous le faisons nous-mêmes, se plier aux aléas de la vie, et il le fait dans tous les instants. Pareil à nous, il doit accepter les murmures de la nature.

    Quelqu’un peut-il me dire franchement qu’il ne s’est jamais habitué aux appels des fauves, se cherchant ou se bagarrant ? Lequel d’entre vous sursaute encore lorsqu’un arbre, s’effondre entraînant à sa suite des dizaines de ses amis ? Contrairement à ce que vous imaginez, notre pouvoir est sans limites. Nos lacunes résident dans le fait que nous n’en utilisons qu’une infime partie. Si nous le voulions, nous pourrions devenir les maîtres du monde, si nous pouvions profiter de l’immense richesse de notre esprit ! Tenez ; de tous les sons que nous avons déjà répertoriés, notre mémoire les a sagement rangés dans un coin de son armoire à souvenirs, et nous les fait entendre quand elle s’aperçoit que nous les oublions. Reconnu, chaque bruit fait partie de notre environnement et nous finissons par ne plus y faire attention. Ce que nous ignorions, nous l’avons identifié et de ce fait, nous n’y pensons plus. Alors je vous pose à nouveau la question : 

    – Pourquoi ne ferions-nous pas de même avec le maître du temps, d’autant que c’est vous qui l’avez réclamé, puisqu’il était la seule chose qui échappait encore à votre compréhension ? À ce stade de nos tentatives d’éclaircissements, je ne puis vous donner que cette ultime recommandation : faites en sorte de l’écouter quand il vous plaît de savoir qu’il est votre compagnon de route et arrangez-vous pour ne plus l’entendre lorsque vous jugez qu’il vous gêne ! Quelqu’un ici peut-il me dire sans rougir qu’il reste attentif aux dires de son voisin qui lui raconte des choses que lui, estime être sans importance ? Lequel d’entre nous n’a jamais fait la sourde oreille à quelques appels auxquels nous ne voulions pas répondre ?

    Le maître du temps, passant à cet instant précis de la conversation, fut ravi de surprendre de telles paroles à son sujet. Il se laissa même envahir par une bouffée de fierté alors que les humains étaient à s’assurer si lui, le Tout-Puissant, avait une prédisposition aux souvenirs. Après un instant d’hésitation, il reconnut qu’il ne s’était jamais posé la question en ces termes. Oui ou non, en possédait-il une ? Avait-il une raison impérieuse de s’encombrer de choses inutiles qui risqueraient de ralentir sa marche ? En réalité, il se demanda, si en fait, il n’était pas qu’une immense mémoire travestie en un élément qu’il n’avait pas lui-même inventé, n’ayant jamais eu l’occasion de songer à sa condition.

    Cependant, avec leurs réflexions, les résidants des lieux venaient de le déstabiliser et pour la première fois, il admit que ce que ressentaient les gens lorsqu’ils se disaient angoissés. Certes, les termes employés étaient plutôt élogieux, mais il comprit que s’il désirait en apprendre davantage, il n’avait qu’une façon de le faire ; celle de ralentir sa marche, voir s’arrêter quelque temps. Il eut beau fouiller en son esprit, il ne se souvint pas de s’être posé, serait-ce un seul jour.

    – Je sais maintenant la raison pour laquelle les hommes m’en veulent tant ! Ils ne me devinent pas, mais en plus ils me regardent des heures courir sur un cadran pour ne pas me perdre une seconde fois. Cependant, ils doivent aussi aller à mon rythme et à compter de cet instant, je pense qu’ils vont s’épuiser ! 

    À l’instant où le carillon de l’horloge sonna les douze coups de midi, le maître du temps se sentit grandir encore.

    – Dire que cette musique a été créée à mon intention ! Je suis obligé de reconnaître que lorsqu’ils s’en donnent la peine, les hommes, à leur manière, sont également exceptionnels ! Qui aurait songé un jour que l’on invente un son que pour moi ? Parmi ces gens, il y a des génies ! Ils ne me voient pas ? Qu’à cela ne tienne ! Ils font en sorte de m’entendre ! J’avoue que je n’y ai jamais pensé !

    Observant l’immense forêt qui s’étendait à perte de vue, le maître du temps se dit qu’il pourrait bien prendre un peu de repos sous son couvert à écouter les palabres des uns et les réponses des autres. C’est alors que sa mémoire lui rappela que si les hommes se posaient tant de questions à son sujet, et s’ils vivaient dans une angoisse perpétuelle c’était quand même de sa faute. C’est bien lui, qui un jour, les égara par des sentiers inconnus, et, non content de son imposture, il avait profité de cet instant où ils cherchèrent leur chemin, pour également brouiller leur esprit. Je le reconnais ; je ne suis pas étranger à cette situation, se dit le maître de temps ! Mais de cela, il y a tant de lunes ! En fait, à cette époque, je voulais seulement les punir de m’ignorer et de me critiquer ! Je pensais que comme moi ils avaient fini par oublier ! Il est vrai que mes agissements les ont bien perturbés, mais, s’excusa-t-il une nouvelle fois, je leur ai rendu un immense service ! Grâce à moi, ils devinrent malgré eux des inventeurs. Maintenant qu’ils croient me voir, que vont-ils encore trouver pour me magnifier ? Il n’eut pas à attendre, car le calendrier suivit le cadran solaire et surtout, ils étaient fiers de pouvoir écrire sur le temps, enfin maîtrisé.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     


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