• D’UN VOL À L’AUTRE 1/3

    D’UN VOL À L’AUTRE   1/3— Pas moins d’un demi-siècle aura été nécessaire, avant que les continents prennent connaissance qu’ils ne pouvaient pas continuer indéfiniment leur dérive. Ils prirent soudain conscience que ce faisant, ils contribuaient à séparer les hommes les uns des autres à ce point, qu’ils ne purent plus deviner les signes qu’ils s’étaient adressés ni les promesses qu’ils s’étaient faites, de ne jamais s’oublier.

    Le temps qui s’écoulait était conforme à lui-même, sans état d’âme particulier, se pressa de mettre un terme aux larmes qui tentaient de faire comprendre aux uns, ce dont le cœur des frères et sœurs ou des amis ne pouvait expliquer avec des mots.

    En ce temps-là, par la force des choses, ils se quittèrent en se tournant le dos, mais l’avenir qui leur faisait face désormais n’avait pas encore dessiné les contours de leur nouvelle vie. À ce stade de l’évocation du passé, je ne puis tenir sous silence la déchirure que provoqua la séparation d’une famille, qui jusqu’alors n’avait jamais migré autre part que sur différents sites de son île natale, perle verte déposée délicatement sur l’océan. Ainsi, certains entreprirent de longs voyages vers l’inconnu, tels des aventuriers de la première heure.

    Pour les rassurer, on leur avait répété cent fois, peut-être mille, qu’ils n’avaient rien à craindre du monde. On en était certain, il était définitivement rond. Il suffisait aux audacieux d’emprunter les routes qui le parcouraient pour qu’un beau matin ils se retrouvent les bras largement ouverts, venant au-devant de ceux qu’ils pensaient avoir abandonnés, alors que ces derniers n’avaient jamais cessé d’aller à leur rencontre en marchant par d’autres sentiers.

    C’est vrai qu’ils avaient promis de ne pas s’oublier ; ils l’avaient même juré et plus encore, comme la tradition l’oblige, craché. Mais comment retenir les images qui à force de gambader dans les esprits finissent par s’égarer ? Peut-on réellement ne plus se souvenir des personnages qui formaient un rempart autour de la famille comme s’il lui en fixait les limites à ne pas dépasser afin qu’aucune âme ne soit tentée de s’enfuir par des chemins détournés vers une existence visitée par les incertitudes ?

    Un demi-siècle ! Des océans parcourus et des continents traversés alors que d’autres ont été découverts. De part et d’autre, les cercles se sont agrandis, mais dans un coin de la mémoire, celui qui a le privilège de partager ses sentiments avec le cœur, les images d’antan demeurèrent intactes.

    Certes, avec le temps certains traits des visages se déformèrent bien un peu. Certains devinrent même aussi flous que les jours qui naissent dans la douleur des brumes après une nuit agitée par les orages tropicaux.

    Alors il ne restait qu’une solution avant que se produise l’irréparable : conserver et faire revivre coûte que coûte les plus belles journées, les cris de joie, les plus chaleureux sourires jadis échangés.

    Cette façon d’exister un pied dans le présent et le second dans le passé n’avait pas que des inconvénients contrairement à ce que d’aucuns tentent de nous le démontrer.

    Dans les nombreux moments de doute (qui peut se targuer de n’en avoir jamais traversé), redécouvrir certaines situations et surprendre les voix entendues il y a longtemps n’installent pas que du baume dans le cœur meurtri. Elles accrochent dans les ciels gagnés par la grisaille des couleurs nouvelles qui prennent la forme d’arabesques à la recherche d’espérance.

    L’âme est à nouveau heureuse et révèle à l’homme que dans l’existence, contrairement aux idées reçues, rien n’est définitivement perdu.

    Avec beaucoup de bon sens et quelques sourires, il est parfois nécessaire de se remémorer le temps jadis, alors que nos émotions mettaient tout en œuvre afin d’élever autour de nous les instants d’une vie que notre insouciance refusait de voir, et dont chaque élément était soudé par le meilleur liant qui puisse y avoir ; l’amour, l’amitié et le bonheur.

    Destinée !

    Personne ne peut nier l’évidence de la forme du sentier qui s’allonge devant les pas de chacun d’entre nous en prenant soin de nous encorder à la façon des alpinistes, afin que personne ne s’écarte des traces du précédent montagnard.

    Bien sûr que l’histoire n’est jamais identique pour chacun de nous. Cependant, elle attend que notre allure devienne hésitante et parfois traînante pour faire en sorte que nos routes enfin se rejoignent et finissent par se croiser. Une nouvelle voie alors se dessine et l’horizon recule à nouveau. Désormais, comme au bon vieux temps, nous pouvons marcher aux côtés de l’autre, sans perdre un instant pour reprendre librement la conversation à l’endroit où elle avait été rompue. (À suivre)

     

    Amazone. Solitude Copyright 00061340-1 


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :