• DES MOTS À REMPLIR L’OCÉAN

    – Qui eut cru mon ami, qu’un jour, nous soyons là, à nous ébaudir de l’immensité de l’océan, alors que nous désespérions de le découvrir avant notre grand voyage vers un autre lieu encore plus vaste, dont nul ne sait où il commence et où il finit ?

    – Ma chère, ne dis pas de telles paroles. Tu vas me faire regretter ma décision de vouloir te faire plaisir.

    – Pardonne-moi, c’est vrai ; j’avais omis qu’au milieu de toutes les promesses prononcées, il y avait celle-ci. Solennellement, un jour tu me murmuras, en même temps que sur le plateau du petit déjeuner, dont il ne fut aucun jour où tu l’oublias, avec une rose du jardin pour me rappeler que j’étais une fleur parmi toutes, que bientôt nous irions passer une semaine à la mer.

    – Il est vrai, ma belle amie, que je te l’avais promis, comme tant d’autres choses, dites, puis mises de côté. Cependant, je ne cherche pas à me disculper en aucune manière, mais notre vie fut si remplie, qu’il nous fut impossible de nous libérer de nos obligations.

    – Mais, mon cher, loin de moi l’idée de t’adresser le moindre reproche. Comment le pourrai-je après cette vie que tu me dédias sans jamais baisser les bras ? Tu fus présent dans tous les moments délicats. Quand je te demandais de ralentir, car ton pas ne faiblissait jamais, tu me tendais la main, en criant, « accroche-toi ; je vais essayer de rendre le tien plus léger ».

    – Je peux continuer ta belle histoire, ma chère, car elle ne fut pas que la tienne. Ne m’as-tu jamais donné à comprendre que notre roman, nous l’écrivions à quatre mains, que nos mots se chevauchaient sur les mêmes lignes et qu’il ne se trouvait jamais une feuille pour toi et une autre pour moi ?

    – Permets-moi de faire une remarque. Il nous arriva de ne mettre aucune légende, car parfois, c’était une image qui illustrait les pages précédentes, et que ces dernières ne souffraient aucune inscription. Ne me disais-tu pas qu’il est des moments où le ciel ne libère aucun nuage pour garder plus longtemps le bleu qui fait chavirer les cœurs ?

    – Oui, ce fut souvent le cas. Mais mon cher ami, des mots, je peux bien te le dire maintenant que nous sommes à ses pieds ; tu m’en prononças tant, que je me demande s’ils n’auraient pas suffi à le remplir ! D’ailleurs, observe le phénomène qui se produit. Il charrie des vagues sans s’épuiser. Il les dirige vers nous comme s’il cherchait à nous rendre les paroles, qui, pareilles aux mouvements de la mer, ont alimenté notre quotidien.

    – Lequel de nous deux fut le plus bavard, ma chérie ?

    – Sans aucun doute, ce fut toi, amour de ma vie ! Il t’en venait autant que de grains dans la main du paysan que tu étais, pendant les semailles. Sans cesse, elle plongeait dans le sac, se refermait avec tendresse sur les germes ; c’est alors que ta volée était si ample et généreuse, qu’elle parvenait jusqu’à mon âme.

    – Ta remarque me fait penser qu’en ce temps-là, bien que nous n’ayons jamais vu la mer, notre terre lui ressemblait, avec tous ces sillons qui, au soir, semblaient se mettre en mouvement.

    – Sans nul doute, elle t’invitait, car il ne me fallut guère de temps pour comprendre qu’entre vous deux, il me serait impossible de choisir. Tu fus autant à elle qu’à moi. Cependant, je ne me plaignais pas, puisqu’elle fut probablement la seule maîtresse au monde qui alimenta ton amour et le mien. Je n’étais pas jalouse, rassure-toi, alors qu’après un petit déjeuner vite avalé, tu allais la rejoindre. Je savais ce que tu lui disais, sans pour autant la flatter. Je peux même te dire que parfois, je me surpris à sourire, quand, avec délicatesse, tu plongeais ta main dans le sillon, à la recherche de son âme ? Tu filtrais la terre entre tes doigts, comme si tu voulais à tout prix retenir quelque chose. Je n’eus jamais le courage de te demander ce que tu attendais d’elle. Je savais qu’il est des moments où l’on doit rester dans l’ombre, afin de ne pas troubler les mots que le cœur invente dans ces moments de profonds recueillements.

    – Dis-moi la vérité, ma chérie. As-tu souffert de ces années que j’ai consacrées à ma maîtresse, comme tu le prétends avec tant de tendresse ?

    – Oui, mais pas autant que si elle fut une femme, je te tranquillise. Cependant, avoue qu’elle a quand même pris une place très importante dans ton existence. Après tes sabots, elle s’accrochait aussi fort que le fait une désespérée de la vie, quand elle devine que celle-ci la fuit, te suppliant que tu la ramènes à la maison. Je suis sûre que tu en rêvais parfois !

    – Bien sûr que je le fis, car comme il se passe pour les maîtresses que tu cites avec beaucoup d’élégance, on ne sait jamais si demain elle sera là, ou si elle fait les beaux yeux à un autre.

    – Et toi, mon ami, chaque jour tu lui parlais avec des mots choisis, de ceux qui précisément auraient rempli cet océan.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :