• DOULOUREUSES CONFESSIONS 1/3

    Je porte à la connaissance des lecteurs que les photos (église de Iracoubo en Guyane) ne servent que d'illustrations aux textes et ne peuvent donc pas être considérées comme le lieu où se déroulent les trois billets qui suivent.

     

     

    — Ne permettez pas au péché de rentrer en vos demeures et d’investir vos cœurs, vivez sans attirer sur vous le courroux de notre seigneur. Ne semez pas la haine et laissez venir à vous ceux qui souffrent et qui ont besoin qu’on les chérisse. Si vous recevez l’amour, ne le gardez pas par-devers vous ; rendez-le au centuple. Il vous en sera tenu compte, lors du jugement dernier. Mais ne demandez jamais à dieu des choses qu’il ne saurait vous accorder…

    Ainsi parlait le père Bruno en ce dimanche où le modeste village fêtait la Vierge Marie. Jamais la petite église n’avait résonné d’autant de lumière. Il aurait pu prêcher durant des heures du haut de la chaire, d’où parmi les fidèles qui l’écoutaient, il n’en voyait qu’une : La magnifique Annabelle que la grâce enveloppait de son aura.

    La bénédiction fut suivie du « allez dans la paix et dans la joie de notre seigneur », annonçait la fin de la messe et la chorale entonnait un dernier chant à la gloire de la sainte du jour. Recueilli, comme jamais il le fut, il recevait la voix qui montait vers la voûte de l’église qui la renvoyait telle une pluie de joyaux. Le timbre était juste ; aussi limpide que la source qui naît au pied du mont. Elle rentrait en lui comme l’aurait fait la pointe d’une épée.

    Il eut l’idée de comparer ce chant à celui du cygne, qui, paraît-il, se fait entendre qu’une fois. Perdu au milieu de ses pensées, en lutte avec ses sentiments, il n’avait pas fait attention que la maison de dieu s’était vidée et que seule, non loin de lui, se tenait la jeune fille qui semblait égarée dans d’intenses prières. Toutefois, les suppliques n’étaient pas semblables, même si elles s’adressaient au plus céleste personnage.

    L’homme d’Église s’accusait de tous les maux. Il reconnaissait qu’il n’était plus celui qui un jour s’était allongé dans le chœur d’une autre maison de Dieu, embellie pour cette occasion de tous ses ors pour fêter l’évènement. Les bras en croix, en signe de soumission, les pavés froids et durs d’ordinaire, ce jour-là étaient chauds et doux. Il aurait aimé qu’ils s’ouvrissent sous lui pour aller plus vite vers celui à qui il remettait sa vie.

    C’était ce jour-là, que devant les hommes, entouré de sa famille, de ses amis, des parures et des richesses de la chrétienté, qu’il était devenu le compagnon du Seigneur. Ce matin-là, il avait refermé à tout jamais la porte sur une autre existence et ses tentations.

    Aujourd’hui, la mort dans l’âme, il disait qu’il s’apprêtait à  clore celle de la petite église afin que les promesses et les prières ne s’en échappent pas. Il reconnaissait aussi en osant regarder celui qui avait souffert sur la croix qu’il ne pouvait plus être cet homme, ce serviteur zélé qui avait juré fidélité et obéissance.

    J’ai honte, ajouta-t-il, à ses suppliques, et ce sont mes faiblesses et mes manquements que je vous offre en ce jour. Je n’ai jamais pu oublier l’autre vie, pareille à une maison dont le propriétaire n’aurait pu masquer la fenêtre ouvrant sur le jour, ses clartés et ses promesses, son existence et ses sourires. L’issue que j’avais pensée refermée à jamais, en fait, est restée entrebâillée me laissant entendre les rumeurs du monde et le passé en a profité pour s’introduire en mon esprit.

    Je reconnais être ignoblement coupable, car au plus profond de ma soumission, j’ai gardé pour moi mes secrets qui n’avaient pas fini de grandir. Je ne voudrais pas me chercher des excuses qui amoindriraient mes fautes, mais nul autre que vous saviez que j’avais besoin de vous deviner proche de moi. J’ai souvent tendu la main à la rencontre de la vôtre, mais jamais je n’aurai senti la vôtre me frôler.

    J’avais mille questions auxquelles j’attendais autant de réponses, tu es resté muet à toutes mes suppliques. Je réclamais dans la plus grande douleur un peu de cet amour qui ne nourrit que les âmes. Comme pour me punir, on m’a légué celui qui fait battre les cœurs et qui imprime sur le corps des milliers de frissons de plaisir.

    Seigneur, j’avais besoin de lumière, tu m’as envoyé les ténèbres. J’imagine que tu m’as laissé lutter seul avec le démon qui me harcelait, car tu connaissais depuis l’aube du premier jour l’issue du combat. Ainsi tu savais que j’étais sur le chemin de la perdition, mais tu voulais garder sauve ta victoire.

    Aujourd’hui, je fais mienne cette prière, « pardonne-moi de t’avoir offensé ».

    Il avait prononcé cette dernière phrase à voix haute, qui eut pour effet de faire  

    sursauter Annabelle qui était empêtrée dans une tout autre confession. (À suivre).

    Amazone. Solitude Copyright 00061340-1 

    Demain, nous écouterons ANNABELLE.

     

    Extrait du « Village maudit » du même auteur.


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