• ET AU BOUT DE LA PISTE, L’AMITIÉ 2/2

    – Je dois vous dire que c’est un peu pour cette raison que je suis ici, C. C. Ayant connu l’Afrique et ses climats particuliers, j’en avais plein le dos des montagnes et de sa neige. Certes, avant de migrer une nouvelle fois, nous avons passé quelque temps dans la région de Marseille, mais nous attendions l’occasion pour nous en échapper.

    – Vous venez de citer la ville dans laquelle habite mon fils.

    – Il eut été une coïncidence que nous l’ayons rencontré, et le papa ensuite ! La demeure est encore loin ?

    – Nous y sommes dans cinq minutes. Prenez la piste de droite. Celle de gauche conduit au marais. Il ne s’y trouve personne, à part mon beau-frère. Tout le terrain que vous voyez de chaque côté est à lui. Tenez, c’est la clôture de votre future maison. Voilà, ma case est juste en face.

    – Mais dites-moi, la construction est belle ! Comment ne pas rester ici, d’autant que ce n’est pas le voisinage qui est gênant ?

    – C’est comme je vous l’ai déjà signalé, monsieur Robert. Au bout du chemin, le propriétaire des terres. Entre lui et nous, il y a un neveu à lui qui monte le rejoindre de temps à autre. Cette parcelle sur la droite appartient à un couple qui ne vient presque jamais. Toujours pour les mêmes raisons, que dans ce coin, c’est comme le bout du monde. Il n’y a rien de ce que possèdent les gens de la ville.

    – Vous voulez mon avis, C. C. ? C’est juste le contraire. Ce sont eux qui n’ont rien du bonheur qui est le vôtre de résider ici.

    – Arrêtez-vous. Je vais vous faire visiter la maison.

    – Vous en avez les clefs ?

    – Je n’en ai pas besoin. Regardez le trou dans la clôture de derrière. C’est là que je passe pour aller chercher de l’eau.

    – Le réseau arrive donc jusqu’ici ?

    – Non, comme tout le reste. Suivez-moi, je vais vous montrer le générateur, le puits et vous vous introduire à l’intérieur, car derrière, il y a une issue d’une chambre qui ferme mal. Elle sera notre entrée.

    Ce qui fut fait dans l’instant. La demeure était bien conçue, fraîche grâce au carrelage qui couvrait toute la surface, y compris la galerie qui en fait le tour. De grandes portes-fenêtres donnaient sur le jardin, dont un vantail n’était pas complètement poussé.

    – Regardez, ce n’était pas la peine que nous escaladions. Il n’y a qu’à tirer pour ouvrir !

    – Alors, qu’en pensez-vous, Robert ? Vous croyiez que votre famille se plairait ici ?

    – À n’en pas douter ! Il me reste à aller trouver le propriétaire.

    – Si vous voulez, je peux vous y conduire demain. Je sais où il habite. Faisons le tour, que je vous montre le puits ! Il est presque toujours alimenté ; sauf si la saison sèche est trop longue. Vous voyez le château d’eau, il suffit d’une pompe pour la monter dans la réserve. Avec son poids, c’est largement suffisant pour obtenir de la pression. Quand vous serez là, je pourrai continuer à en prendre ?

    – Quelle question, mon ami ! Bien sûr que vous pourrez venir ; il manquerait plus que cela, que vous cessiez vos approvisionnements, alors que vous êtes mon sauveur !

    – Bon, puisque vous me le confirmez, je le ferai donc. Je n’osais pas vous le dire, mais vous me paraissez sympathique. Je crois que nous nous entendrons.

    – Je vais même vous dire, mieux, mon cher, C. C. Je vais meubler sans plus attendre et demain, à la première heure, je vais appeler mon épouse, afin qu’elle boucle les valises. Dès que nous serons installés, vous serez notre premier invité. Je vous dois bien cela, car sans votre gentillesse, j’aurai peut-être passé mon chemin.

    L’affaire fut rondement menée. Deux jours plus tard, Robert quittait l’hôtel pour emménager dans leur nouvelle demeure, sous le regard ébahi de son ami C. C. qui ne finissait pas de s’exclamer.

    – Vous, au moins, quand vous avez décidé quelque chose, vous ne traînez pas à le mettre en pratique !

    – Pensez-vous, mon cher, qu’il soit l’heure pour nous offrir un ti-punch ?

    – Je m’en occupe, répondit C. C. en riant aux éclats. Vous n’avez pas encore l’habitude de la préparation.

    C’est ainsi que la première soirée avait commencé pour Robert. Quant à l’avis de la famille, il espérait qu’il serait favorable, et il ne doutait pas un instant qu’il serait unanime. Trois semaines plus tard, il accueillait les siens. La nuit était tombée lorsqu’ils arrivèrent à la propriété.

    – On ne voit rien, dirent les enfants d’une même voix !

    – Je vous réserve le décor pour demain. Le paradis ne se découvre qu’à la faveur du jour !

    Mais une autre surprise les attendait à la maison. D’abord, ils rendirent visite à leur nouvel ami qui fit semblant de gronder Robert, lui enjoignant de vite conduire ce beau monde au château. Puis, il fallait bien une déconvenue. Elle se présenta par le refus du générateur à démarrer. Ce fut donc leur première soirée à la bougie, acceptée avec les rires qui venaient du fond des cœurs heureux de se retrouver.

    Quant à C.C, pendant cinq années, il les honora de sa présence en de nombreuses occasions. Des produits de la chasse, il les gratifia toujours, ainsi que les belles histoires vécues ou inventées. Qu’importe, elles étaient merveilleuses et souvent, il restait seul au bout de la table, à finir un dernier petit punch avant de regagner sa modeste demeure. Jamais leur amitié ne se démentit, tout le temps que la famille habita dans la maison du bout du monde. Ils quittèrent ce paradis pour un autre plus loin en forêt, mais ils ne manquèrent jamais d’aller rendre visite à celui pour qui les châteaux n’avaient pas de secrets.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     

     

     


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