• ET L’AN S’ENFUIT…

    – Une année qui s’en va, c’est un peu comme une fenêtre de la vie qui se ferme, emportant avec elle les souvenirs qui se sont accumulés tout au long de son parcours. Ils vont rejoindre leurs aînés qui dorment dans les tiroirs secrets de la mémoire.

    Se trouve-t-il quelqu’un pour plaindre celle qui s’apprête à nous tourner le dos ? Je ne le crois pas. Il en est ainsi de chacune d’elle, à l’instant choisi par le temps pour la pousser dans l’oubli. Pourtant, quand on prend un moment pour revoir le chemin qu’elle a parcouru, on comprend vite qu’il n’y aura personne pour la regretter. C’est qu’elle en a fait pleurer plus d’un, que ce soit dans le matin naissant, ou le soir tombant. Que de catastrophes, de malheurs, qui ont endeuillé celle qui ne sut distinguer l’injustice du ciel de celle des hommes !

    Cependant, elle s’était présentée fière et déterminée. Dans l’ombre des anciennes, elle avait eu le temps de les analyser afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Peine perdue ! Le premier mois n’était pas écoulé, que déjà, comme toutes les intentions formulées par les individus, elle avait abandonné les siennes. Elle se contenta de veiller à la bonne marche des jours, sans se préoccuper de quoi ils étaient faits. Je me demande, si, du fond de la forêt sur la canopée de laquelle elle se reposait, je ne l’ai pas entendu prononcer quelques mots :

    – Après tout, ce qu’ils font des jours que je mets à la disposition des hommes ne me regarde pas. Connaissant leur état d’esprit, je devine que de toute façon, ce ne sera jamais comme ils le souhaitent. D’ailleurs, souvent, ils ne savent même pas ce qu’ils veulent. Tantôt, ils réclament ceci, tantôt ils bannissent cela, qu’ils ont cependant obtenu à grand renfort de cris et de gesticulations. Ils sont trop fiers pour reconnaître que l’existence qui est la leur, ce sont eux qui l’ont mise sur pied, encore eux qui la modifient sans jamais trouver un parfait équilibre.

    Ayant entendu ses réflexions, je suis tout prêt d’admettre qu’elle a raison, sans toutefois, approuver ses états d’âme. Je crois me souvenir de ce qu’elle prétendait aux premières heures de sa venue, alors que dans le monde, se répondant comme l’écho, les feux d’artifice allaient de pays en continents. En fait, saluaient-ils la nouvelle année ou effrayaient-ils la précédente pour qu’elle s’enfuie plus vite ? Peu importe, cela faisait du bruit et des couleurs, et le ciel se demandait pourquoi, en bas, ils ne le laissaient pas se reposer dans l’intimité des ténèbres.

    C’est dans ce charivari que je surpris les paroles de mon voisin, qui d’ordinaire n’émet aucune opinion à l’exception de celle qu’il affectionnait particulièrement :

    – Le murmure de l’herbe poussant sous la fenêtre de ma chambre ne m’empêchera jamais de dormir. Il me dit, alors que son verre et la bouteille avaient décidé d’unir leur destin :

    – Tu sais, une année est comme une longue chaîne fragilisée. Chaque aurore se levant, à sa suite trouve un maillon abandonné.

    L’illusion n’était pas fausse. Dans l’indifférence générale, les jours se succèdent. Chacun apporte son lot de surprises, bonnes ou mauvaises, laides ou belles, heureuses ou malheureuses. Ceux qui souffraient la veille continueront de se lamenter le lendemain, car sauf en d’exceptionnelles années, on n’a jamais vu un fleuve s’assécher.

    Dans la société des hommes, pour accueillir certains de leurs semblables, ils déroulent un tapis rouge afin de montrer au personnage invité le haut niveau d’estime dans laquelle on les tient, ainsi qu’une marque de gratitude. À travers le monde, le ciel recouvre d’un beau manteau blanc tel un berceau pour recevoir l’an neuf. C’est alors que ce dernier s’imagine ressembler à une délicate danseuse effleurant le sol. Il ne s’y pose pas, il le survole, à l’image du temps qui s’y laisse glisser. Ainsi, à peine venons-nous de fermer une porte en poussant un soupir lourd de signification, que nous voilà plongé dans une nouvelle aventure. Où nous conduira-t-elle ? Nous le découvrirons en suivant ses jours comme autant de signes de reconnaissance pour nous inciter à avancer. Cependant, au fond de nous nous savons bien que rien ne changera vraiment ; l’instant d’une nuit nous faisons semblant de le croire, car en fait nous ne sommes que de grands enfants qui se complaisent à vivre dans nos rêves et à apporter de l’eau au moulin de nos songes.

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