• L’ÉTÉ FINISSANT

    – Nous étions comme des enfants s’inquiétant de la rentrée des classes, quand l’été sonna ses dernières heures à la pendule de nos cœurs. Je me souviens que timidement, je pris ta main, et silencieux, nous nous sommes approchés de la falaise. La veille encore nous mêlions notre joie et notre amour aux vagues taquines, heureuses de nous submerger, comme si elles cherchaient à incruster en nous leur puissance et leurs fragrances, puisées dans une mer au goût particulier.

    Nous riions alors, et ton corps immergé te faisait ressembler à une sirène. OH ! Ma chère déesse, venue des fonds marins, t’ai-je dit, est-il vrai que nous devions abandonner la grève sur laquelle j’ai écrit tant de fois ton nom ? Sous l’ardeur d’un soleil insolent, le sable avait perdu sa blondeur légendaire, pour devenir aussi blanc que les neiges hivernales. Il était doux à nos corps et ta chevelure libérée faisait à sa surface une adorable tache rousse. Je dois t’avouer un secret, mon merveilleux amour. Il m’est arrivé d’être jaloux des éléments, alors que tu reposais, les yeux clos, exposée aux rayons qui caressaient ta peau, semblant même y trouver un certain plaisir. Et que penser du vent qui s’amusait dans ta coiffure qui se prêtait à ses jeux coquins ? Je me disais que la lumière t’embellissait sans s’économiser, tandis que moi, à certaines heures, j’étais conscient de te faire de l’ombre. Oui, je sais, c’est ridicule d’éprouver une pareille crainte de choses naturelles qui sans distinction, m’honoraient autant que toi et tous les autres sur la plage. Mais souviens-toi ; notre amour était alors naissant, babillant tel un jeune premier. Il avait besoin de temps pour s’assurer et s’aventurer. Il était timide et créait en moi une émotion jusqu’à ce jour jamais ressentie. M’observant, un jour, ne m’as-tu pas demandé avec un accent d’inquiétude dans la voix :

    – Mon ami ; que se passe-t-il donc que je te surprends soudain trembler comme une feuille ?

    – Ce n’est rien, te répondis-je. C’est la tendresse qui en moi, fait son chemin et se hâte d’arriver jusqu’à mon cœur. Il y a si longtemps qu’elle ne m’avait pas visité ! Pour être franc, je crois qu’elle m’avait toujours évité. Je savais qu’elle existait, mais jamais il ne s’était arrêté sur le seuil de ma maison. Il m’est même arrivé de me demander si en moi il n’y avait pas des ondes qui le repoussaient. Cependant, il est vrai que je ne le cherchais pas. Donc, il fut normal que l’un et l’autre, nous nous ignorions. Et puis, tu es arrivée. À la minute où je te vis, quelque chose en moi me fit une vive douleur. Dans sa cage, mon cœur battit si fort que je crus un instant qu’il essayait de s’évader. Les feuillages des palmiers voisins bruissaient leur musique métisse, mais je ne l’entendais plus. La mer roulait indéfiniment ses vagues, mais il m’importait peu qu’elles meurent à mes pieds, alors qu’aux tiens, elles paraissaient se soumettre.

    Je compris qu’à l’instant j’étais victime de mon premier amour. Celui qui naît sous le feu de l’été, dont les rayons sans cesse, alimentent le brasier qui consume nos esprits. C’est alors que d’une voix si douce que je crus un instant que le miel perlait sur tes lèvres :

    – Mon bel ami, de quel pays viens-tu, pour n’avoir jamais connu ces émotions qui bouleversent jusqu’à notre âme ?

    – Je ne suis pas un extra-terrestre, répondis-je. J’essayais seulement de vivre, et d’exister dans un monde indifférent. Et maintenant, j’ai peur de la fin de l’été, comme un enfant peut craindre l’arrivée de la nuit. Vois, sur l’horizon, le soleil ne fait aucun effort pour tenter de s’accrocher. Lentement, chaque jour il s’enfonce davantage dans l’océan, et devant nous dessine un chemin comme s’il nous invitait à le suivre.

    – Prends ma main, me dis-tu ; serre-là, pour que les sentiments qui sont réfugiés en moi, trouvent le sentier de ton cœur. Si tu le désires, sur cette route nouvelle qui se déroule devant nous, nous pourrions y faire quelques pas qui nous conduiront vers notre douce maison, qui ne saurait être que celle du bonheur.

    – Oh ! Oui, un abri pour protéger ces merveilleux lendemains qui verront grandir sous son toit la félicité. Mais pas seulement, car regarde le ciel qui esquisse ses nuages. Ils annoncent que bientôt l’automne sera là et qu’en notre nid nous devrons nous blottir, et dans nos bras nous réfugier. Qu’importe alors la saison oublieuse, le printemps nous trouvera enlacés, et son souffle tiède nous réveillera, comme le prince le fit dans le conte.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1


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