• LA VIE A PORTÉ DE MAIN

    — Mille fois, que dis-je, tout au long de ma modeste vie, je me suis posé la question concernant la raison qui a fait que la nature m’avait toujours attiré. M’aurait-elle ensorcelé, que je deviens mélancolique à l’instant où mes yeux cessent de se tourner vers elle ? Elle est pareille à une amante que l’on courtise en devinant qu’elle ne sera jamais tout à fait à soi. J’avoue que j’ignore si c’est elle qui m’a séduite ou si c’est moi qui suis allé vers elle, l’ayant préférée parmi les milliers de sourires qui ornaient mon chemin. Qu’importe les raisons, puisque nous sommes inséparables et que même lorsque je ferme les yeux elle est encore présente, car de la forêt me parviennent les bruits de ses hôtes ne sachant, pour certains, vivre que dans l’ombre !

    Je n’ai pas le talent d’un peintre qui pourrait à longueur de temps reproduire un reflet, une lumière particulière ou une couleur que le soleil vient d’inventer en se posant sur une feuille ou sur les ailes d’un oiseau fendant l’air en sifflant. Parfois, m’arrêtant devant la beauté, je me persuade qu’elle est presque irréelle, insaisissable. Elle ne se dit pas, ne chante pas. Elle est extraordinaire, un point c’est tout.

    Tenter de la décrire c’est déjà la tromper, car il n’existe pas suffisamment de mots pour expliquer les sentiments qu’elle fait naître en nous et qui souvent, sur la peau, produisent des frissons d’émotions. Au hasard de mes pérégrinations et à force d’observations, j’ai deviné ce qui m’avait poussé dans ses bras. Pour nous séduire, elle n’en finit jamais d’innover.

    Elle est merveilleuse quand le jour dessine de timides arabesques dans une brume matinale indécise. Elle devient éblouissante à l’instant où le soleil accroche ses rayons dans les ramures afin d’échanger les perles de rosée en diamants illuminant la forêt telle une lampe magique. Elle est sublime lorsque sous le ciel transformé par la beauté, elle traduit les bruits de la vie qui prennent soudain l’accent d’un hymne particulier dédié au temps. J’ai découvert, musardant en compagnie de la solitude, d’un pas conduisant à l’autre, pourquoi je l’aime tant. C’est que grâce à ses efforts, je n’aurai jamais fini de voir, de sentir, de comprendre et d’être surpris. Tandis que l’on s’imagine avoir tout aperçu, passant ou revenant dans une allée, voilà qu’elle nous tend un nouveau rameau, puis sur celui-ci, un bourgeon qui grossit jusqu’à éclater pour nous offrir une fleur rare qui libère immédiatement un parfum qui embaume l’espace. Comme par miracle, elle joue avec les éléments ne se lassant jamais de leur donner des formes qui les différencient les un des autres. Elle érige les troncs, gracieux pour les uns, tourmentés pour ceux qui l’entourent. Mais elle sait aussi les faire puissants ou malingres, hauts ou courts. Dans les houppiers, elle dépose les feuilles qu’elle a patiemment élaborées pour qu’elles deviennent longues, rondes ou pointues, composées ou uniques sur le lien qui les réunit à la branche. Afin que l’œil ne se fatigue point, elle se plaît à en sculpter certaines, à échancrer d’autres, ou en cisèle quelques-unes encore.

    Des herbes, elle sait les imaginer hautes et folles pour que le vent les rapproche jusqu’à se toucher afin qu’elles échangent quelques secrets, comme elle recommande aussi aux fleurs de s’épanouirent avant l’arrivée du papillon ou de l’abeille, dans le but qu’elle concrétise une promesse tenue une saison plus tôt. S’il nous prenait l’envie d’allonger le pas, alors, accompagnant notre méditation, un oiseau nous lancerait ses trilles qui nous feraient découvrir les aspects changeants du ciel à travers les arbres et notre regard tomberait sur ce nid que nous aurions ignoré si nos yeux ne quittaient pas le sol du layon. C’est que le gîte n’est pas seulement une construction banale, il est avant tout un lieu où la vie, un  matin, se réveille en chantant.

    Il n’existe de par le monde aucun musée qui pourrait nous offrir autant de tableaux dans lesquels les acteurs ont un cœur qui bat. Un tel spectacle est sans nul doute le plus beau qu’aucun homme ne saurait traduire, car il est changeant à chaque instant du jour.

    Cet espace immense et presque méconnu nous appartient. Il est notre sanctuaire, la source des couleurs et des douceurs, c’est la vie matérialisée, celle dont nous refusons trop souvent d’en admettre les bienfaits et la sagesse ainsi que les richesses. Mais si nous n’y prenons garde, pour combien de temps encore ?

     

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