• LE BONHEUR AU CREUX DE LA MAIN

    – Qu’il fut beau ce matin où tu me tendis la main, alors que tu remarquas mon pas hésitant, puis chancelant ! Tu ne me demandas rien, juste un sourire que tu déposas au bout de tes doigts comme s’il était un élixir ayant le pouvoir de redonner l’espoir à ceux chez qui il avait fui.

    Surpris par cette sollicitude nouvelle, j’osais lever le regard vers l’inconnue qui venait, par son geste, de me faire comprendre qu’en nous, rien n’est définitivement perdu, dès l’instant où nous découvrons que pareil à la nature, nous allons au grès de saisons. Il y en a de belles, d’autres gorgées de promesses et certaines durant lesquelles le cœur se réfugie au sein d’un bourgeon dormant, attendant patiemment les premiers rayons tièdes d’un timide soleil apportant avec lui le renouveau. Il ne me fallut pas longtemps pour reconnaître en toi une personne de grande qualité. A cet instant, quelque chose d’extraordinaire se produisit en moi. J’ignorais cependant les bouleversements qui préparaient en mon corps un événement ressemblant à une résurrection. Mon cœur plus que mes yeux fut surpris par ton regard profond. Il me fallut peu de temps pour comprendre qu’il essayait sans y parvenir de dissimuler ton âme. Qu’elle est belle, me dis-je ; qu’elle est grande et semble d’une douceur telle, qu’elle me donne envie de la prendre entre mes mains et de la porter jusqu’à mes lèvres, pour la rassurer de mes intentions.

    C’est alors que je l’entendis me murmurer avec un accent de timidité :

    – Ô ! Étranger, comme tant d’autres, tu marches sans savoir où tes pas te conduisent. Tu regardes devant toi, certes, mais tu ne distingues rien. Ton ouïe cherche désespérément à reconnaître les sons, alors qu’aucune musique ne te parvient, parce que le vent ne souffle plus depuis des jours. Je vois que ton cœur déborde de sentiments, mais tu ne sais pas avec qui les partager. En un mot, mon nouvel ami, ne serais-tu pas à douter de toi ?

    – Mais dis-moi belle inconnue ; tu ressembles trait pour trait à une princesse des mille et une nuits, toi qui as le pouvoir de regarder au fond de mon être, me confieras-tu ton nom ? Il est vrai que je marche depuis longtemps ; cependant, je ne suis pas le seul, le sais-tu ? J’ai rencontré des milliers d’autres personnes ayant dans leurs yeux la même tristesse et sur les lèvres une identique question : pourquoi ? Alors, quelle est la raison qui te fait me prendre la main, tandis que tu laisses la leur ?

    – J’aime la candeur avec laquelle tu poses tes demandes, mon ami. C’est sans doute pour cela que je me suis arrêtée à ta hauteur ; mais pas seulement. Vois-tu, nouvel ami, sans qu’ils s’en doutent, tous les individus vivent entourés d’une aura personnelle. Elle ressemble à un ouvrage qui raconte l’histoire de celui qu’elle isole du monde. Pour qui sait interpréter ce précieux document, il est facile de découvrir celui qui la nourrit.

    – Tu veux me dire que tu vois en moi comme dans un livre ouvert ? Ne puis-je donc rien te cacher de moi que tu ne sais déjà ? Alors, si tu lis en moi comme dans une aube nouvelle, sans doute pourras-tu me dire les choses que j’ignore de ma propre personne.

    – Je n’aurais pas cette prétention, mon ami. Je comprends juste quelle est la cause de la tristesse qui trouve refuge en ton regard. Tu es à la recherche du bonheur. Le seul, le vrai, le simple, celui qui a le pouvoir de réveiller les sens, d’éclairer à nouveau le chemin sur lequel tu marches, et surtout, celui qui au fil des jours ira grandissant, t’obligeant à trouver une âme sœur avec qui le partager. Tu vois, cette petite chose d’apparence fragile après laquelle l’humanité tout entière coure depuis toujours ; il est inutile de la chercher ailleurs qu’en toi. Il y réside, caché dans ton cœur. Jusqu’à ce jour, tu l’as négligé, car tu avais écouté benoîtement les gens autour de toi qui prétendaient qu’il suffisait de le ramasser le long des chemins. Depuis des années, tu marchais, la tête baissée, dans l’espoir de le découvrir et de le ramener chez toi. Ne le trouvant pas, un jour, tu t’es même persuadé que tu avais dû le confondre avec une pierre et que probablement, t’ayant blessé le pied, tu l’envoyas si loin, qu’il tomba dans un gouffre. Mon cher ami, c’est dans ton cœur qu’il se trouve ce petit bonheur, nulle part ailleurs ! Maintenant que tu le sais, fais-moi plaisir. Cesse de marcher et nourris-le ; il a besoin de vivre.

    – Merci ma princesse dont j’ignore le nom, mais dont je devine qu’il ne se passera plus de jour sans que je te vénère. Toutefois, il me vient un doute : puisque tu osas me prendre la main, dois-je continuer mon chemin dans la crainte que tu viennes à la lâcher ? Et alors, à l’instant où tu le feras, que ferai-je de ce bonheur dont tu m’expliques qu’il m’est indispensable ?

    – La vérité mon ami est qu’il te faut vivre avec lui au quotidien sans te poser éternellement des questions, car, bien que tu l’ignores, chacune d’elle d’entraîne vers une autre et elles t’éloignent de la chose la plus précieuse qui vit en toi : le bonheur.

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00061340-1

     

     


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