• LE CRI DU CŒUR. 3/4

    LE CRI DU CŒUR.   3/4– Je vous remercie pour la confiance que vous m’adressez. Je ne la trahirai pas. Alors, pourquoi êtes-vous célibataire ?

    – Je le suis, car les gens que j’ai rencontrés ne m’ont pas semblé de bonne foi. Si vous avez conservé par-devers vous, les sentiments de ceux de la campagne, il ne vous a pas échappé qu’avant tout, ce qui intéresse un prétendant, c’est la propriété. Or, chez nous, sans pour autant rien valoir, notre ferme ne représente pas grand-chose par rapport à celles de la plaine, qui elles, s’étendent sur des dizaines d’hectares. La nôtre est bien modeste, Pierre. En fait, je la crois à notre image ; à moins que ce se soit elle qui nous aie rendu comme nous sommes. Oui, sans doute est-ce cela ; c’est la propriété qui nous fit devenir ce que nous sommes. Mais il n’y a pas que cela. L’aspect de la demoiselle n’est pas étranger quant au choix. Si elle est belle, cultivée, excusez-moi, je ne voulais pas faire un jeu de mots, avec une garde-robe bien garnie, cela ouvre une porte à l’espérance. N’oublions pas qu’à tout cela que la prétendante doit fournir un bien comme il en existe dans de grandes fermes. Qu’ai-je à apporter ? Tout est si discret, chez nous ! Attention, toutefois, nous ne sommes pas des gens à plaindre parce que nous serions pauvres. Nous vivons bien. Nous n’avons besoin de rien, surtout si ce sont des choses inutiles. Vous savez, je ne pense pas exagérer en vous disant cela. Et puis, me voyez-vous laisser derrière moi, ma mère ? Avant qu’il nous quitte, j’ai fait la promesse à mon père de ne jamais l’abandonner. Que deviendrait-elle, sans moi ? Non que je lui suis indispensable, car elle en connaît tout autant que moi, sinon plus. Cependant, mon absence la tuerait. D’après vous, Pierre, pensez-vous sincèrement qu’un prétendant accepterait que dans la corbeille de mariage la fiancée y dépose aussi sa parente ? Il en a déjà une et cela lui suffit. Mais il n’y a pas que cela. Nos expériences de la vie ne sont pas les mêmes. Tout nous opposerait et contribuerait à vivre différemment si ce n’est aller jusqu’à la séparation.

    – À ce sujet, ma chère amie, je vous trouve très sévère envers vous-même. Je ne dis pas que ce que vous avancez est faux, non, loin de là. Je connais en effet l’état d’esprit des gens de la terre, et je peux vous dire que sur tous les continents il est identique. Tenez, il est possible que cela  vous fasse rire, mais dans certains pays, les familles ne donnent pas leurs filles sans recevoir une partie du troupeau du prétendant. C’est presque du donnant donnant ! Quant à ce qui est de votre personne, je trouve que vous vous sous-estimez. J’insiste sur le fait que vous n’êtes pas différente des autres femmes. Votre physique est agréable, vous possédez ce que beaucoup n’ont pas, c’est-à-dire une certaine culture. En un mot, vous êtes quelqu’un d’équilibré, sachant ce que parler veut dire. Vous avez les pieds sur terre, Juliette ; croyez-moi, ce n’est pas rien ! Maintenant, la difficulté que vous arguez en évoquant votre mère, il est vrai que cela ne peut être ignoré. Par contre, cela vous honore que vous respectiez la parole donnée à votre père. De penser à elle avant vous, ne fait que vous grandir ! C’est bien la preuve de votre bel état esprit. Mais un jour, ne croyez-vous pas que vous pourriez le regretter ? Le bonheur ne passe pas plusieurs fois devant notre porte. Si nous tenons celle-ci éternellement fermée, il risque de se lasser et de continuer son chemin sans jeter un dernier regard.

    – Pierre, c’est gentil ce que vous dites ; mais je devine que le bien-être évite les lieux isolés et boueux en certaines saisons. Je crois que c’est un sentiment qui aime le confort, c’est la raison pour laquelle il détourne les yeux quand il s’aventure par chez nous. Mais il n’y a pas que cela. La femme qui désire se marier doit être en mesure d’assurer à son époux la venue d’un héritier. Dans notre région, il serait impensable d’envisager de vendre la ferme à un étranger, alors qu’elle n’a jamais quitté le giron familial. Nos ancêtres se retourneraient dans leur tombe, s’ils constataient que nous méprisons leurs sacrifices et  leurs efforts.

    – C’est pour le moins curieux, ce que vous me dites Juliette. Bien que vous souhaitant une longue vie, un jour, cependant, il n’y aura personne pour vous succéder. Que deviendra votre exploitation, devant cette réalité ? Et puis, pourquoi me parlez-vous d’enfant à offrir à votre éventuel conjoint ? Ne pouvez-vous en avoir ? Pardon pour cette question intime. Vous pouvez très bien ne pas y répondre si elle vous ennuie.

    – Je vous ai dit que nous pouvons aborder tous les sujets, n’est-ce pas ? Donc, aucune réflexion ne saurait me déranger. Aussi, vais-je satisfaire votre curiosité, bien que cela ne serve pas à grand-chose, car vous devinez déjà de quoi il retourne. (À suivre)

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     Photo du net : halo-and-snow-covered-trees-fichtelberg-ore-mountains-saxony-germany-martin-ruegner.jpg

     

     


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