• LE MARCHEUR DE NOËL 3/5

    Dans l’esprit des contes et légendes de Noël

     

     

     

    – Quelle jouissance sublime, se dit notre marcheur, que de s’ébaudir dans la même journée, d’un lever du soleil extraordinaire, et assister à son coucher, tandis que la lune, sans état d’âme particulier, sans scrupule ni précaution, le remercie, en lui désignant la sortie ! Mon Dieu, comme ils doivent être malheureux, les individus des villes, encerclés d’immenses bâtiments leur cachant le ciel, comme si l’on voulut leur démontrer qu’il était parfaitement inutile d’espérer que le firmament réchauffe leur cœur ! On ne devrait jamais dissimuler aux hommes la lumière céleste, dans laquelle ils devraient chaque matin, prendre leur bain. Merci à toi, là-haut, qui régis le temps et les choses, pour cette offrande dont je ne me lasserai jamais !

    Il en était à ce point de ses questions quand une clarté apparut sur sa droite, à quelque distance. Il y avait donc un village non loin, qu’il n’avait pas deviné lors de sa marche. Il est vrai que le silence était profond sous la chaleur écrasante de l’après-midi. Il hésita un moment avant de se décider à se diriger vers le halot que faisaient les flammes d’un feu allumé depuis peu.

    – Serai-je bien reçu, se dit-il ? Les indigènes en général sont des gens d’un caractère particulièrement accueillant ; cependant, ne serait-ce pas une erreur que de me présenter au milieu d’une quelconque cérémonie dédiée à je ne sais quels dieux ou divinités, peut très bien être une mauvaise idée ? Il serait peut-être préférable que j’y aille dans un moment, pensa-t-il encore. Et puis zut ; il fera sombre et ils ne sauront pas à qui ils ont à faire. En les rejoignant maintenant, ils comprendront bien que je ne suis qu’un voyageur tout à fait inoffensif et sans le moindre danger pour eux. Je leur dirai tout simplement que je me suis égaré, et de ce fait, ils me demanderont sans doute de passer la nuit en leur compagnie.

    Alors qu’il réfléchissait, le ciel en avait profité pour s’enflammer, augurant d’un coucher de soleil comme rarement on peut en voir.

    – Que c’est beau, dit-il à haute voix, comme si quelqu’un pouvait l’entendre et partager son avis ! Quelle merveilleuse récompense que nous envoie l’astre lointain, descendant de son zénith ! On devine qu’il désire que jamais nous ne l’oubliions pour nous faire une démonstration ! Je me demande même s’il ne s’installe pas sur le devant de la scène pour que les spectateurs le saluent une dernière fois, en l’applaudissant à tout rompre, comme ils le font lors du rappel de l’artiste qui les a éblouit durant la représentation. On dira de moi ce que l’on voudra, ajouta-t-il sur un ton plus modéré, mais marcher jusqu’à cette sublime offrande force à faire l’impasse sur les souffrances endurées en chemin ! Si pour une raison qui m’échappe mes jambes avaient refusé de me faire avancer, je serais venu en rampant, afin d’être exact au rendez-vous.

    Tandis que l’azur continuait de rougir, il s’imagina qu’il était entretenu par l’ardeur du feu dont les flammes, tels des étendards, semblaient monter à sa rencontre. Il se souvint de ce que disaient les vieux, alors qu’il n’était qu’un enfant :

    – Petit, si tu veux deviner quel temps il fera demain, lèves la tête et observes le ciel. Selon qu’il sera bas, étiré, rose, ou parcouru de lourds nuages, ta pelisse tu auras soin de prendre ; ton béret ne saurait oublier, ainsi que le parapluie serré dans la main. Soudain, il stoppa net.

    – Est-ce un effet de mes sens abusés, se demanda-t-il, ou le firmament est-il réellement plus près que l’instant précédant ? À moins que je ne sois à nouveau victime de nouvelles hallucinations ? De toute façon, continua-t-il, il ne sera jamais suffisamment proche pour que de mes doigts je puisse y faire une déchirure ! Toujours est-il que la représentation est sans faute et grandiose. Une fois encore, qui que vous soyez, trouvez en ces modestes mots l’expression de ma profonde gratitude, ainsi que ma sincère reconnaissance.

    Si les flammes du foyer montaient toujours aussi haut vers le ciel, celui-ci perdait ses couleurs. On sentait son agonie proche. À regret, il se retirait certes, mais il le faisait, gratifiant le monde de sa mauvaise humeur. C’est l’instant que le marcheur choisit pour se diriger vers l’important groupe de villageois qui s’animaient autour du feu.

    – Pas de doute, ils dansent, se dit-il. Prudence, mon ami.

    Ayant déjà rencontré de nombreuses tribus, il se dit que de là où il se trouvait, quelqu’un avait certainement dû l’apercevoir et en avertir les autres. En tout cas, bien que la nouvelle ait circulé, elle n’affecta pas le rythme endiablé des tambours ni celui de ceux qui vivaient un véritable ballet. (À suivre)

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     


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