• LE MARCHEUR DE NOËL 5/5

    Dans l’esprit des contes et légendes de Noël

      

    LE MARCHEUR DE NOËL      5/5– Mon cher, chez nous, nous n’avons pas pour habitude de mentir à nos enfants. Nous ne leur cachons pas la vérité ; à quoi cela servirait-il, puisqu’ils l’ont sous les yeux depuis le premier instant où ils les ouvrent ? Envers eux, nous n’avons qu’une obligation. Veiller sur leur devenir, leur montrer le chemin sur lequel ils laisseront à leur tour des traces à l’intention de leur descendance. Il nous revient aussi de travailler afin que leur ventre ne soit pas demandeur ni souffrant. Nous avons pour devoir de leur enseigner les gestes indispensables, leur expliquer les dangers qu’ils rencontreront ainsi que les tentations auxquelles ils ne devront jamais succomber. Mais, si nous leur apprenons la vie, nous n’oublions pas d’y joindre l’amitié qui marche de concert avec elle et qu’ils devront partager. C’est grâce à elle que ce soir nous vous recevons.

    – Je vais vous avouer mon sentiment, chef. Dans mon pays, aucun des cadeaux qui seront offerts ne revêtira autant de valeur que ceux que vous donnez à vos enfants. De plus, vous n’attendez pas un jour précis pour les nantir, car c’est tout au long de leur existence que chaque matin, avec la naissance du jour, un présent d’une inestimable richesse est associé à leur premier repas.

    Pendant que le chef du village et le marcheur devisaient, soudain, autour du brasier, l’ambiance avait pris de l’importance. Les femmes se séparèrent du reste du groupe et s’isolèrent un moment.

    – Pourquoi les dames se retirent-elles ?

    – Pour elles, il est temps qu’elles rejoignent le fleuve. Elles vont s’y baigner et lui abandonner les souillures des jours et des nuits. À l’instant où la lune paraîtra, elles doivent être pures afin de recevoir les bienfaits de l’astre, comme une bénédiction.

    En l’absence des demoiselles et des épouses, les hommes redoublaient d’activité. Les uns dansaient comme s’ils cherchaient à tomber en transe. D’autres lançaient dans le feu des poudres dont on ne citait pas le nom. Chacune d’elles avait la particularité de donner des couleurs différentes aux flammes, qui envoyaient vers le ciel des milliers d’étincelles. Le chef commentait à mesure que les individus, à leur tour, jetaient le précieux produit.

    – Ça, c’est pour rendre nos femmes fécondes. Celle-ci, sont destinées à la protection de nos récoltes, pour qu’elles soient épargnées des catastrophes, et repousser les attaques des insectes ravageurs. Cette poignée qui rejoint le feu est à l’intention de nos griots, mais aussi à notre sorcier. D’ailleurs, tout à l’heure, tu le verras dans son canot. Il s’approchera au plus près de la lune, afin de rentrer en contact avec elle. Il lui adressera des prières dont il est l’unique à connaître les paroles.  

    Sur l’horizon, les ténèbres s’installaient et laissaient croire à celui-ci qu’il marchait. Bientôt, les ablutions des femmes dans le fleuve furent terminées. Revêtues de pagnes neufs et colorés, elles avancèrent lentement, d’un pas mesuré, au rythme d’un seul tambour. Elles s’alignèrent ensuite face à la lueur qui se hissait dans la nuit. Sans que personne n’en ait donné l’ordre, elles s’agenouillèrent et entonnèrent un chant aux accents lancinants et émouvants. Le sorcier mit sa pirogue à l’eau et d’un geste délicat afin de ne pas la troubler (confia le chef au marcheur de Noël), il gagna le milieu du fleuve. C’est l’instant que choisit la lune pour paraître. Elle était énorme ! D’abord de couleur rousse, et à mesure qu’elle montait, elle s’éclaircissait.

    – Mon ami, murmura le responsable, lors de son ascension, aucun regard ne doit la fixer, afin de ne pas déformer les prières que nous lui avons adressées. Seul le sorcier a le droit de l’approcher. Dans un instant, il est possible que nous ne le voyions plus. Il va indiquer sa grandeur à l’astre pour qu’il nous protège.

    Les tambours reprirent leurs battements. D’abord lents, cadencés, puis de plus en plus rapides. Des chants destinés au ciel retentirent, ainsi que des cris et des suppliques. On prit soin de modérer l’ardeur du feu afin que la divinité ne soit pas éblouie. La chorale mit fin à son récital, tandis que les griots lui succédèrent en lui dédiant des contes. La lune continuait son chemin, mais sans précipitation, comme si effectivement elle appréciait les offrandes qui lui étaient adressées.

    – Dis-moi, mon ami ; regrettes-tu ta halte ? La nuit dont tu me confias le sens, te manque-t-elle ?

    – Chef, laissez-moi vous expliquer ceci : je n’ai jamais vécu aucune soirée de Noël qui puisse être comparée à celle-ci. Toute la durée de la manifestation, les frissons ont couru sur ma peau. Dans ma région, aucune fête n’a jamais bouleversé mon cœur ni mon corps. La preuve, si cela avait été, je ne serais jamais venu vers vous, dignes représentants de la sagesse. J’ai noté avec un immense plaisir que chez vous, rien ne vous est personnel. Tout est partagé, jusqu’à l’infime émotion. Cela n’existe plus dans mon pays, s’est perdu sur les chemins de l’égoïsme. Nous sommes devenus des individualistes.

    – C’est une erreur, en effet, car ici bas, rien ne nous appartient. Ce qui est à moi est aussi à toi.

    Merci grand sage parmi tous les autres. Je reçois vos paroles comme une bénédiction et je sais que demain, alors que l’aube envahira notre monde, pour vous, ce sera une nouvelle fête. Pour moi, après avoir pris mon bain de lumière, je repartirai vers le sud ; mais je ne serai pas seul, car je devine que désormais, vous marcherez à mes côtés.

    – Merci de tes mots qui vont droit à mon âme, marcheur de Noël, puisque l’on te nomme ainsi. N’oublie jamais que sur les routes que tu vas fréquenter tu trouveras d’autres amis, mais que pour demeurer un homme heureux, tu ne dois pas pour autant abandonner les anciens. Ils se tiennent au plus près de ton cœur et t’aideront à te relever si d’aventure tu faiblissais.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     


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