• LES DENTS DE LA MER

    — De grands hommes ne quittent jamais le chevet de notre bonne vieille planète qui, paraît-il, serait souffrante. Ils l’auscultent, la palpent, l’écoutent et dressent des encyclopédies d’avis différents. Pour les uns, la terre serait en danger, pour d’autres, elle serait en voie de perdition et enfin certains s’étonnent que tant d’alarmistes sonnent un peu précocement le glas, puisqu’aucun communiqué de décès n’a encore été publié.

    Mais tout cela n’est que pures constatations d’hommes, qui, malgré la science dont ils sont détenteurs, restent toujours ignorants de faits importants se rapportant à l’avènement de notre monde. En fait, la chose est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.

    Il y a bien longtemps, les océans s’ennuyaient profondément, allants et venants, sans jamais rencontrer la moindre opposition. Il leur arrivait même d’avoir les marées au plus bas, quelque chose qui ressemblait au vague à l’âme. Ils s’essayaient bien à quelques tempêtes et ouragans, mais pareils à de nouveaux jouets, ils s’en lassèrent bien vite. Il leur manquait l’essentiel, des plages sur lesquelles se reposer, des côtes à investir et des touristes à effrayer. Après une profonde réflexion et d’un commun accord, ils confièrent leur projet aux déesses de la mer qui furent désignées responsables pour mener les travaux à leur terme.

    Pendant ce temps, les océans, imperturbables, décidèrent  de ne pas interrompre leurs valses autour du monde, comme toujours ils l’avaient fait pour dompter leur impatience. Les uns allaient, les autres revenaient, tandis que les continents en gestation demandaient à ce que l’on ne fasse pas de vague. Finalement, après de longues lunaisons et dans un ultime et douloureux effort, la Terre apparut.

    Oh ! Elle ne fut pas parfaite, tant s’en faut, il fallut encore beaucoup de secousses et de soulèvements pour qu’elle continue à s’élever et à s’affirmer. Les océans se précipitèrent dès l’annonce de la naissance de la chose. Comme toujours en de pareils cas, ils furent déçus par cette terre recouverte de plis et de bosses qui cherchait à prendre, à peine sortie de l’eau, son indépendance comme pour fuir ses parents décontenancés.

    C’est alors que les déesses mirent leur grain de sel.

    — Attendez quelques ans, laissez-lui le temps de s’habituer à notre monde. Vous nous demandiez du solide et bien le voilà. Accordez-lui quelques siècles pour qu’ils se refroidissent et finissent par acquérir son plus beau profil !

    Le temps passa vite, car il n’y avait personne pour en faire le décompte. Les plaines s’étalèrent aux pieds de modestes élévations et des collines les dominaient ; plus impressionnantes que ces dernières, de très hautes montagnes contemplaient le nouvel Univers.

    Les océans se réunirent à nouveau, car rapidement ils admirent que l’amas de terre et de roche ne les a pas empêchés de tourner en rond. Il leur fallait autre chose. C’est alors que leur vint l’idée de séparer l’amoncellement disparate, afin de pouvoir jouer à cache-cache entre les morceaux divisés.

    D’autres siècles passèrent au long desquels mers et océans furent heureux, allant de vague en vague, créant pour le plaisir de tous des isthmes nationaux pour chanter leur bonheur.

    Un homme célèbre à dit —

    – la mer guérit tous les maux !

    Pendant longtemps, ce fut le cas, sauf que maintenant c’est elle qui n’a plus le pouvoir de se soigner de toutes les maladies que nous lui donnons ! Pour certaines, dans l’indifférence, elles se meurent !

    Après un long conciliabule, les océans décrétèrent que puisque leur création n’était plus à leur convenance, ils allaient créer la nouvelle charte du – dé-s’environnement –. Ils allaient repenser une autre forme de la terre. En secret, dans les profondeurs on mettait au point un Nouveau Monde.

    Certes, cela ne se fit pas sans douleur, mais qui veut la fin n’économise pas sur les moyens. Ils s’apprêtent déjà à attaquer l’édifice. Les premières équipes avancent, érodent et désolidarisent les premiers éléments. Qu’importe le temps, ne leur appartient-il pas ?

    Ils ont à leur disposition des millions de marées qui emporteront par le fond la part journalière à disséquer.

    — Ah ! s’écrièrent-ils ! Ainsi nous ont-ils méprisés. L’heure de la vengeance a sonné ! Nous allons attendrir les rivages en libérant les glaces et à l’aide de nos armes secrètes nous allons découper les continents. Jetant jour après jour leurs inventions par-dessus bord, ils nous ont fourni de quoi les attaquer.

    Les hommes ne vont pas tarder à voir déferler sur leurs côtes des rouleaux à l’allure particulière. Elles seront redoutables, identiques aux véritables — dents de la mer — que nul affûteur ne pourra aiguiser, puisqu’elles sont changeantes d’une vague à l’autre. 

    Quant aux gens, pollueurs en tous genres, s’ils veulent survivre à la colère des océans, ils doivent vite courir à leurs embarcations, en attendant de retrouver un monde meilleur.

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00061340-1

     

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 12 Novembre à 01:12

    Bonjour  René ..  Originale  l'image  qui  illustre  ton  beau  texte ..
      L’océan  m'a toujours  fait  peur  et  quand  nous  avons  traversés  en  Novembre  1971  l’océan  au  travers  d'un ouragan  , nous  n'en  menions  pas  large  . mais  le  Capitaine  du  bateau    a  sut  lui  résister  en  contournant  la tempête  .. Comme  quoi  il  faut  toujours  éviter   l’agressivité  . Bonne  semaine  René  .. Prenez  tous  deux  soin  de  vous ..
    A  bientot ..Amitié  des  US ..
    Bisous  a  partager ..
    Nicole ..

     

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