• LES LARMES DU SOLEIL

     

    – Qui aurait imaginé assister à une démonstration d’amitié de grande envergure, prouvant ainsi les liens profonds et sincères qui unissaient un astre, fut-il le plus brillant de notre système solaire, à une année qui s’est éteinte dans l’indifférence générale ? Cependant, ce fut ce qui arriva en ce lever du jour de triste mémoire. Mais laissez-moi vous conter ce qui bouleversa le départ des ténèbres, s’essuyant les dernières brumes sur les ramures de la forêt.

    Je vous disais qu’ils étaient des amis, et même des complices, puisqu’ils avaient décidé de sceller leur destin, à l’aube du premier jour où l’an apparut dans une immense confusion. En effet, d’un côté à son opposé de la planète Terre, aucun peuple ne put s’accorder pour fêter l’événement dans la plus parfaite harmonie. Les uns festoyaient, tandis que les autres allaient rejoindre leur couche, psalmodiant tous les cantiques dont ils avaient oublié la plupart des mots, afin que celle que l’on prédisait leur soit douce et attentive. Certains ne pensaient même pas qu’un tel phénomène puisse se produire à cette époque de l’an. Finalement, celle qui était attendue avec impatience, après un parcours qui lui parut une éternité, parvint sur le seuil de la forêt où elle prit quelque repos avant de s’annoncer.

    À cet endroit du récit, il faut que je vous dise que chez nous, il n’y eut point de désordre, pas plus que de grands bouleversements, sinon les hésitations habituelles quant à l’organisation qui devait respecter un protocole dûment établi depuis des temps immémoriaux. D’abord, je dois vous préciser que sous nos latitudes, le jour et la nuit ont décidé de ne pas se faire la guerre. Le temps, ils l’ont divisé en deux ; il leur parut raisonnable de s’octroyer douze heures chacune. L’ombre et la lumière ainsi dénommées, la marche des éléments se mit en route. Heureux de cet équilibre, l’astre luisant s’était levé dans le plus bel éclat de tous ses rayons, pour accueillir celle qui serait sa complice. Ils devinrent vite inséparables. Le jour naissait, le soleil l’éclairait comme pour lui montrer le chemin. Je ne prétendrais pas qu’entre eux il n’y eut jamais d’accrochage. Au contraire ; au cours de certaines saisons, l’orage grondait ; les invectives du ciel retentissaient et parfois, il menaçait la terre de la noyer sous un déluge d’averses tropicales comme elle n’en avait jamais connu. Mais, comme dans tous les vieux couples, les choses ne tardaient jamais à rentrer dans l’ordre. Il est bien reconnu qu’après la pluie, c’est le temps de la boue ! Oui, je précise ; la gadoue. Mais ce n’est pas innocent, car à la surface de celle-ci, on distingue mieux les traces des fautes des uns et des autres et ainsi, la manière de ne plus les reproduire.

    Les jours passèrent. Les amis marchaient d’un même pas, l’un offrant son ciel bleu, tandis que sa compagne s’empressait de faire éclore des milliers de fleurs colorées et parfumées, dont le soleil venait caresser chaque pétale, comme s’il y déposait ses baisers les plus doux. Qu’elles étaient belles ces saisons qui virent leur amour grandissant, s’étreignant parfois dans la délicatesse des aurores ou la tendresse des soirs. Personne n’était dupe ; tous savaient qu’en vérité, ils ne se séparaient jamais, des lambeaux de l’une allant rejoindre ceux de l’autre, afin d’unir leurs songes, comme on le fait de la destinée. Pour confirmer leur harmonie, ils permirent aux mois de s’accrocher à eux. Chacun avait sa raison d’être et sa manière de l’exprimer. Chaque matin voyait s’écrire une nouvelle page, jusqu’à cette aube découvrant le ciel qui se chargeait de nuages menaçants. Ils semblaient vouloir dire que rien de ce qui est beau ne doit ignorer qu’il cultive sa fin. C’était leur façon de préparer le couple à une prochaine séparation. Oh ! Ils le devinaient que tout ce qui commence doit forcément sombrer un jour dans le néant, mais le temps passa si vite, qu’ils n’eurent pas le leur pour y songer vraiment.

    Déjà, en certaines régions, la bise glaciale et rancunière arrachait aux arbres leurs feuilles comme on dénude les mannequins des grands magasins d’une saison à l’autre. La terre se couvrit d’un épais manteau si blanc, que l’on dit de lui, qu’il était immaculé. Le firmament n’en croyait pas ses nuages quand il vit les oiseaux de toutes espèces entamer leur migration. Il se mit à tousser maladivement à l’heure où soudain, des cheminées, nonchalamment, montèrent les fumées, noircies par des âtres vieillis. Sous les bois, seul le houx exultait. Enfin ! s’exclamait-il ; on va reconnaître ma beauté, et le gui en fit de même, alors qu’il réalisa qu’à minuit, des étoiles dans les yeux, les amoureux s’embrasseraient sous sa branche délicate, attendant pour rompre leur étreinte, que le bonheur leur tombe dessus.

    C’est l’instant où le grand maître de l’univers ouvrit la porte à la nouvelle année qui trépignait d’impatience. Elle s’engouffra sans jeter le moindre signe de soutien à celle que l’on venait de remercier pour sa piètre prestance.

    C’est ainsi que dans la lumière retrouvée, je découvris notre soleil dans tous ses états. Ses larmes étaient si nombreuses, qu’elles remplissaient l’espace. Les gens étaient heureux d’accueillir une année plus jeune, alors que lui ne se remettait pas de son chagrin. Celle qu’il avait choisie pour se joindre à ses rayons le quittait pour toujours.

    Belle et douce année à vous tous qui nous faites l’amitié chaque jour, le plaisir de lire nos délires. Gageons que ceux qui vont suivre sauront faire oublier à l’astre brillant inconsolable, que pour un amour de perdu, trois cent soixante-cinq sont retrouvés !

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