• LES MARCHES D’UNE VIE

     

    – Si je résidais sous d’autres latitudes, je pourrais dire : maintenant qu’il fait froid dans mon existence, je me tourne ostensiblement vers les jours plus chauds qui ont illuminé mon chemin de vie. Mais comme je suis dans un merveilleux pays qui nous gratifie d’une température agréable, j’évoquerai seulement le doux automne qui saupoudre de mille éclats les layons de ma destinée.

    S’il m’était permis d’utiliser une image, je comparerais mon parcours à un escalier monumental dont chaque marche représente un jour, avec, de temps à autre, un palier me permettant de souffler. Sur ces marches, et loin d’être banal, c’est avec mes pieds que j’écrivis mon histoire. Selon les jours, les mots semblaient raconter des heures heureuses, puisqu’elle était si légère que l’on ne la retrouvait que toutes les deux ou trois marches. On aurait pu imaginer alors que je m’étais envolé. Au soir de certaines journées, le pas se faisait traînant, indiquant un grand état de fatigue. D’autres fois, mes semelles laissaient des traces sombres et humides. Bien sûr, on pouvait penser que j’avais déambulé des heures sous la pluie, ou peut-être aussi est-ce que le chagrin avait été trop fort. Souvent, les larmes sont abondantes et se répandent sur des surfaces qui sont longues à les absorber, de façon à ce que nous n’oubliions pas les raisons qui les ont provoquées.

    À la façon des saisons, les émotions changent de visage. Succédant à la tristesse, vint le temps du ravissement et de la découverte. Chaque chose semble sourire à qui sait la contempler. Les feuilles des arbres bruissent pour attirer notre attention. C’est alors que je m’aperçus qu’elles avaient des centaines de formes et autant de couleurs. La tête tournée vers le firmament, je retrouvais des oiseaux que je pensais avoir disparus, et dans le ciel, les nuages soudains, se firent moins nombreux. Certes, avec l’été, je n’ai pas échappé à des orages que l’on crut être annonciateurs de la fin du monde. C’était l’époque douloureuse où les coups tombaient dru, tels des grêlons fracassant toutes choses voulant leur résister.

    Alors, en mon esprit, une petite voix me répétait inlassablement : tu es un homme, maintenant, et en cette qualité tu ne dois plus pleurer ! Je serrais donc les dents, si fort qu’elles auraient pu se briser. Mais ce n’était que le début des épreuves. Pour les voir s’adoucir, il me fallait à tout prix gravir quelques marches supplémentaires, afin de pouvoir souffler sur le prochain étage. C’était l’époque des incertitudes, des nuits froides et des jours chauds, des combats de tous les instants. Mais ne nous y trompons pas. Le plus difficile était celui que je menais contre moi. Je me souvenais que lorsque j’avais pris le chemin qui s’ouvrait devant moi, j’avais eu le choix. Cependant, quand vous êtes né d’une imposture de la vie, vous ne pouvez pas croire aux choses faciles et aux routes plates dont la poussière est absente. Donc, vous optez pour celle qui est la plus pentue et tortueuse à souhait. Oh ! Je vous rassure, pas pour prouver aux autres votre capacité à surmonter les obstacles ; non, ces comportements sont à laisser aux prétentieux, ceux qui désirent éblouir leur environnement, sans songer que toute lumière connaît, elle aussi des heures sombres. La façon que j’avais d’enjamber les difficultés ne relevait que d’un sentiment profond de persuasion. Oui, je voulais être certain que j’existais, et que là où je m’étais promis d’arriver, je savais que personne ne pourrait me l’offrir.

    Autour de moi ; des personnes me demandaient :

    – Tu as eu peur ?

    – Tu as douté ?

    – N’as-tu jamais eu envie d’abdiquer ?

    – Mais enfin, pourquoi tout cela ?

    Comment leur dire que tous ces sentiments m’ont habité à un moment ou à un autre et que ma plus grande crainte eut été que je les ignore ? J’avais découvert que dans l’existence, nous ne sommes vainqueurs que des éléments que nous avons appris à les apprivoiser. Faire de nos faiblesses une force, telle était ma devise. Chercher à comprendre et ne jamais mépriser !

    Jusqu’au jour où, sur un palier, vous êtes surpris que quelqu’un vous y attende. Une main s’offre, et sans réfléchir, vous la prenez ? Quel bonheur intense de sentir qu’à ce contact quelque chose de grandiose se produit en vous ! Vous réalisez que désormais, vous ne serez plus seul sur le chemin. C’est la première page d’une nouvelle histoire ; une partition qui s’écrit à quatre mains sous vos yeux. Elle se transforme rapidement harmonie, mélodie, ritournelle, complainte, et même en un merveilleux conte. L’escalier devient moins pentu et sinueux. Grâce à l’âme sœur, vous êtes serein, vous savez que les efforts à venir ne seront pas inutiles ni épuisants. Aucun oiseau ne souffre à construire son nid. C’est dans l’éducation des petits, que parfois les choses se compliquent.

    Maintenant, tout cela est loin. Je suis en vue des dernières marches. Me retournant, je suis heureux de constater que je n’arrive pas à les compter, seulement admirer les fleurs qui ornent le chemin parcouru. Oui, même sur les larmes, il est arrivé que des instants de bonheur survivent, comme sur l’humus naît la vie.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1


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