• LES VOYAGES IMMOBILES D’UNE JEUNE FILLE

     

    LES VOYAGES IMMOBILES D’UNE JEUNE FILLE– Elle ne pouvait s’empêcher de choisir les livres dont les lignes la faisaient voyager. Des aventures, elle en avait tant vécu ! En cette soirée qui la trouvait rêveuse, elle se laissa prendre au piège de ses pensées. Oh ! N’allez pas imaginer qu’elle se soustrayait à ces signes venus d’un autre monde. Non, elle les provoquait, au contraire. Elle s’en nourrit l’âme, dit-elle en riant aux éclats. Dans ces moments de nostalgie, elle n’avait qu’à fermer les yeux pour se retrouver dans la maison familiale. Sans bruit, le temps la ramenait vers ces soirées, souvent au coin du feu, tandis que les étincelles des braises, en pétillant, se joignaient à l’étonnement de la jeune. Elle ne lisait pas ; elle écoutait ; quand l’histoire prenait la liberté de musarder à travers champs, ou sur des chemins qui conduisaient sous le couvert des bois, elle s’agitait, et s’adressant au narrateur, elle insistait pour qu’il allonge le pas.

    – Père, disait-elle d’une voix que l’on crut être au désespoir, finissez d’arriver sur le lieu de vos découvertes. Vous m’aviez promis un nouveau voyage, souvenez-vous.

    – Ma chère petite fille, répondait-il d’un ton qui se voulait le plus doux possible ; tu dois apprendre à maîtriser ta belle impatience, car tous les destriers fougueux qu’il me fut donné de monter, au soir, rentraient à l’écurie dans un état lamentable. Une nuit de repos n’était pas suffisante pour les remettre sur pieds.

    Boudeuse, elle murmurait alors :

    – Je ne vous remercie pas, père, pour la ressemblance avec vos chevaux impétueux !

    – Mon enfant, il n’est là que des images qui illustrent des mots parfois compliqués. Je ne te compare à aucun de ces fiers étalons, sur lesquels il me fut donné d’effectuer de splendides chevauchées. Certains d’entre eux, il est vrai, auraient pu te rapporter n’importe lequel de ces longs parcours, allant de découverte en découverte, mais aussi le nombre de pierres qui semblaient se jeter sous leurs sabots comme si elles redoutaient de rencontrer des lendemains ennuyeux. D’autres se seraient fait un plaisir de vous raconter la douceur des gués, alors que l’eau montait au-delà du jarret. Ajoutant du bien-être à celui des jambes, ils trempaient leurs lèvres écumeuses jusqu’aux naseaux dans l’onde frémissante, en soufflant avec violence, me faisant croire qu’ils s’y mouchaient.

    – Et vous les laissiez faire ?

    – Bien sûr, ma chérie, que je ne leur interdisais rien ; serais-tu contente que l’on te prive de ta friandise préférée ?

    – Oh ! Pour moi, celle qui me causerait du chagrin serait que vous arrêtiez de me raconter celui que vous étiez avant que je vous découvre. J’aime tellement vous suivre, que parfois, en vous écoutant, j’ai envie de vous prendre la main, afin de vous accompagner dans chacune de vos aventures. J’ai le sentiment que jamais je n’éprouverai de semblables émotions qui au hasard de vos pérégrinations n’ont cessé de vous étreindre le cœur. Puis-je vous poser une question délicate, père ?

    – Depuis quand, ma fille, au sein d’une famille y a-t-il des balbutiements et des paroles à redouter, des hésitations, des mots à choisir et que sais-je d’autre ? Quand tu appuies sur l’interrupteur, l’électricité ne se fait pas attendre, que je sache, donc, il doit en être de même de nos échanges. Tu me demandes ce que tu veux, et moi, je te réponds sans détour, car une source qui ne trouve pas la lumière demeure éternellement dans les ténèbres.

    – Au cours, de ta vie d’errance, comme tu la nommes, t’est-il arrivé de verser des larmes ?

    – Oui, parfois, car prétendre qu’un chemin ne peut conduire qu’au bonheur, est une fausse idée, et surtout un énorme mensonge. Cependant, on ne pleure pas sur soi-même, ou si peu ! On le fait parce que le ciel qui nous accompagne est plus souvent gris que bleu ; mais aussi à cause de la misère, qui partout nous devance. Elle nous offre ses jours tristes, ses gens dépouillés du meilleur qui fait les belles saisons de certains. Mais cela nous apprend l’humilité, et nous force à nous contenter de ce que nous avons, abandonnant l’idée que tout peut nous revenir, tandis que peu de choses nous appartiennent. Mais il y a autre chose, que je déplore. C’est qu’en avançant sur notre sentier, notre regard est attiré par les belles fleurs qui se dressent sur leurs hampes, comme si elles cherchaient à nous faire oublier les douloureuses rencontres. Alors, nous faisons l’impasse sur toutes ces images, jusqu’à ce jour où en nous, une cicatrice nous rappelle les souffrances.

    – Je t’ai écouté avec passion, père, comme toujours. Cependant, ce soir, le voyage ne fut pas aussi joyeux que certains. Puis-je te demander de me faire une promesse ?

    – Toutes celles qu’il te plaira, ma chérie.

    – Je voudrais que pendant quelques jours, tu oublies la tristesse. En lieux et place, songe aux merveilleux moments qui ont rempli tes jours. J’aime quand tu racontes tes empoignades avec l’existence ; celle dont tu prétends qu’elle t’a apprit le peu que tu sais. Bien que je trouve que tu possèdes tant d’aventures, que si elles se confiaient sur les lignes d’un livre, il serait si épais, que je n’aurai pas assez de toute une vie pour les savourer.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1


  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Mars à 03:39

      Bonjour  René mon  ami  lointain  , me  voila  de  retour  un  peu  frêle  mais  toute  a  cette  page  que  je  viens  de  lire  et  qui  me  fait  te  dire  comme  ton  enfant , Je  voudrais  que  pendant  quelques  jours  , tu  oublies  la  tristesse .. En  lieux  et  place , songe aux  merveilleux  moments  qui  ont  rempli  tes  jours .j'aime quand  tu  racontes  tes  empoignades  avec  l'existence ; celle  dont  tu  prétends  quelles  t'ont  apprit  ce  que  tu  sais  et  tu  partages ..Bien  que  je  trouve  que  tu  possèdes  tant  d'aventures , que  si  elles  se  confiaient  sur  les  lignes  d'un  livre , il  serait  si  épais, que  je  n'aurai  pas  assez  de  toute  une  vie  pour  les  savourer ( tes écris ) ..Cependant  je  serais  très  heureuse  d'acheter  ce  livre ,si  tu  m'envoies  les  Coordonnées  pour  mes  enfants ..
    A  bientot  mon  ami  lointain ..Je  reviendrai  ce  W-E ..Bonne  journee .
    Amitié  des  US  ..
    Bisous  ..
    Nicole ..

    2
    Lundi 19 Mars à 11:38

    Bonjour, chère Nicole. 

    Je suis très heureux de te lire, mon amie si lointaine, et surtout heureux de pouvoir te répondre. Merci infiniment pour tes visites au coeur de notre forêt. Tu sais que c'est un réel plaisir de t'y accueillir. Quand aux livres, ils sont au nombre de six, mais jamais publiés ! Pourquoi ? Parce que nous sommes loin de tout et qu'éditer hors de sa région est bien compliqué. Néanmoins, cette année, je voudrai essayer d'en déposer un chez Amazone. Il est intitulé " Tragédie Amazonienne". C'est l'histoire de trois chiens et d'un chat, nos animaux de compagnie, qui ont décidé de prendre leur liberté. Aux dire de ceux qui ont lu le premier jet, c'est une belle leçon de vie. Bref, ils ne sortent pas de la forêt, ne divaguent pas en ville.

    Quand à ma propre histoire, elle est le premier ouvrage que j'ai rédigé. L'une de nos filles, Nathalie, un jour me dit " papa, j'aimerai connaître qui tu étais avant que nous te connaissions." Alors, je me suis attablé et j'ai écrit " Du Chêne au Pois Sucré"  Mais avant d'essayer de le publier, je dois faire de nombreuses corrections.

    Voilà, mon amie, pour notre page lecture. De tout mon coeur, j'espère que de ton côté la santé te laisse en paix et que l'hiver passa sans laisser sur le seuil de ta maison une grippe ou sa cohorte de rhumes

    Chez nous, au niveau santé, une embellie se dessine. Par contre, ces derniers temps, nous étions pratiquement coupés du monde ; en cause, une avarie sur le câble Américas 2

    Ma chère Nicole, j'arrête là mon babillage, mais je ne te quitte pas sans t'avoir souhaité le meilleur de la vie, ni t'avoir embrassée affectueusement.

    En principe, tu devrais trouver notre mail par l'intermédiaire du blog?

    A très vite, ma fidèle amie !

    René

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