• NOS RACINES COMME DES FONDATIONS

    – Qu’il me semble loin ce temps où, dans chaque famille, l’éducation, ce mot qui paraît aujourd’hui anodin (et même, n’ayons pas peur de le dire presque obsolète) ressemblait aux fondations des bâtisses qui avaient vu peser sur elles parfois des siècles, sans qu’elles en aient souffert. L’apprentissage des choses de la vie se faisait de manière simple, mais efficace, la « communale » n’étant pas régulièrement fréquentée. D’ailleurs, les parents eux-mêmes de l’école n’entendaient que l’appel de la cloche annonçant la rentrée ou la sortie. À l’enrichissement de l’esprit, ils avaient préféré celui de la terre. Les leçons, sans qu’ils les eussent longuement révisées ni récitées sur un ton chantant, ayant le don de porter sur les nerfs de l’instituteur, ils les découvraient chaque matin, alors que les yeux se posaient sur le grand tableau de la nature qui reflétait la couleur des saisons.

    À l’instar du pied d’arbre ci-dessus, l’homme d’antan s’entêtait à consolider son existence de la meilleure façon qui fût. Il se construisait de jour en jour, ajoutant une connaissance aux autres. Chez nous, dans la forêt qui accueillit les premiers Amérindiens, on aurait dit qu’ils installaient une corde de plus à leurs arcs. Le tronc que vous apercevez, bien que personne ne lui a appris quoi que ce soit, s’adapte à presque toutes les situations. Il sait que la place qui lui revient est rare, et les rayons du soleil très chers. Alors, il brûle les étapes. Dans ses gènes, se trouve concentrée toute la vie qu’il doit traverser si la main de l’homme ne vient pas, un beau matin y met un terme de façon précoce. D’une jeune tige émergeant de l’humus qui lui transmet l’existence et ses principes, rapidement, elle s’élève. Elle n’a qu’un objectif : le ciel ! Elle devine que si elle demeure au stade de plantule, ses chances de goûter au plaisir des saisons sont pratiquement nulles. Donc, elle enchaîne la création de nouvelles feuilles ; de frêle pousse, elle devient un fringant tronc. Conscient qu’il grandit sans doute trop vite, il développe des racines aériennes. Le petit houppier n’a aucun regard vers le sol qui pourtant lui fournit la mémoire de la Terre. Il fixe avec insistance les ramures de ses aînés. Les dépasser ? Pour l’heure, il n’y songe pas. Les égaler est son espoir présent. Certes, ce faisant, il sait qu’il se fragilise, les fibres de son bois ayant à peine le loisir de se consolider, il devine qu’il devra redouter les vents capricieux. Qu’importe, il a un objectif et il veut y parvenir. Après tout, se dit-il, nous sommes si serrés dans cette forêt que nous pouvons nous aider et nous protéger !

    Regardant vivre la nature, je ne puis m’empêcher de regretter tout le temps que nous, les hommes, avons perdu, en lui tournant le dos. Étions-nous donc si sûrs de nous, que nous avons ignoré ses modèles ainsi que son bon sens ? Sommes-nous trop fiers pour ne pas accepter ses leçons ? Si en elle nous découvrons un nouvel élément, c’est qu’elle l’avait inventé avant nous ? Alors, pourquoi tant de mépris à l’égard de celle qui fut notre première mère nourricière ? Nous qui avons abandonné en chemin une grande part de notre instinct, mais forts de ce que nous avons appris, pourquoi ne transmettons pas nos connaissances aux jeunes générations. Qu’attendons-nous pour labourer nos champs incultes, demeurées trop longtemps en jachères ? Si nous  le désirons intensément, il n’y a pas de saison pour entreprendre les semailles du savoir. De plus, quand elles sont bien faites, les récoltes se succèdent et elles se montrent généreuses. Alors,  pourquoi laisser nos fragiles pousses s’affaiblir au risque de les voir s’effondrer tandis qu’ils n’en sont qu’à leur toute première croissance ? Pourquoi ne pas nous oublier un instant pour ne penser qu’à eux ? Dans certains pays que j’ai eu le bonheur de traverser, un proverbe circulait de village en village. Il démontrait à la perfection les propos que nous ne tenons plus, à savoir « que c’est quand il est jeune que l’on taille un arbre ».

    Oui, je le déplore que nous n’insistions pas suffisamment auprès de ceux qui nous succéderont, en trouvant les arguments qui les obligeraient à se consolider d’eux-mêmes, s’ils ne désirent pas que nous les accompagnions sur leur chemin de vie. Contrairement au végétal présenté sur ce billet, notre descendance n’a pas besoin de griller les étapes pour s’élever. Elle peut se renforcer à chacune d’elles. Elle a  à sa disposition les outils nécessaires pour, à son tour, labourer, semer et engranger le bénéfice de leurs moissons en toutes saisons.

    Ô ! Qu’ils seraient beaux, nos enfants, qui pareils aux fruits sains, seraient aptes à transmettre les gènes de la vraie vie aux leurs, alors que sans racines il n’y a pas d’espérances et que sans fondations, notre demeure s’effondre.

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00061340-1

     

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 14 Novembre à 03:26

            Bonjour  mon  ami  lointain ..
    Oui  les  fondations d'une  existence  sont les  bases pour la nouvelle  generation .  Mais  qui  peut  dire  que  mes  bases sont les  meilleurs  ?????  J'ai  été  contente  d'entendre  dire , que  Jacques  et  Nicole  avaient  battit  de  bonnes  fondations  avec  leurs  trois  enfants   et  j'en  suis  très  fière  .Que  le  respect  de  chacun  soit  respecter  ,  c'est  ce  qui  est  important  ... Un  sujet  a  approfondir  ...
    Merci  René  ..  Bonne  semaine  ..
    A  bientot  ...
    Nicole ...

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :