• POUR L’AMOUR DU LIVRE

    POUR L’AMOUR DU LIVRE

    – De nos jours, nous allons parfois un peu vite en besogne, et même à renier des épisodes qui ont construit notre vie. Ainsi, depuis quelques années, certains ont-ils déjà enterré les livres au profit de l’électronique. Mais c’était sans tenir compte de la hargne des séducteurs des belles lettres, ceux qui savent que derrière chaque mot se cache une histoire que seule une main agile peut décrire et imager sans pouvoir se tromper. Si je pouvais émettre un souhait, il serait celui-ci : espérons qu’il y est encore quelques vieux inconscients de par le monde pour continuer à écrire, car les émotions privilégient les pages pour expliquer leurs sentiments.

    Le cœur aussi recherche les livres pour leur confier leurs chagrins alors que des oreilles distraites oublient les paroles dès qu’elles sont prononcées. Et l’âme, me direz-vous, ne préfère-t-elle pas de courir d’une ligne à l’autre, d’un chapitre au suivant afin de raviver les souvenirs qui croyaient avoir perdu la raison ? Et l’amour, ce merveilleux élan sentimental, sans les pages auxquelles il livre ses hauts ou ses bas, que serait-il ? N’est-il pas extraordinaire de retrouver au fil des romans, les « je t’aime », les « tu me manques » ou « quand reviendras-tu » ?

    Sans les ouvrages qui sont la mémoire des jours, que deviendraient les ans heureux qui virent les amis se tenir par la main, allant par les chemins ombragés, les yeux fixés sur l’horizon, non pour y découvrir le lendemain, mais pour le repousser afin de garder près d’eux le jour présent ? Oui, le livre a encore de beaux jours devant lui. J’oserais même dire qu’il a toujours d’innombrables pages à noircir, dès lors qu’il y aura des plumes pour les remplir et des doigts pour les guider. Merci, ma chère sœur lointaine pour cette caricature si explicite qui ravive notre raison. Je te souhaite une merveilleuse journée, peut-être à l’ombre d’un roman qui raconte l’été, ses musiques, ses fragrances, ses douceurs et ses rêves. Ah ! Je ne voulais pas faire long, mais je suis obligé de dire que le livre est plus qu’un compagnon. Il est un confident de toute une vie ; il a une odeur, ses pages sourient lorsqu’on les tourne, et surtout il est la mémoire de tous les éléments qui le composent, qui attendent qu’on y dépose la nôtre. Pardon, pour ce billet un peu décousu. Mais le sujet n’est pas une chose ordinaire. Son histoire remonte aux premiers jours de la création, tandis que les hommes avaient déjà des sentiments à faire circuler. Certes, il ne leur fut pas toujours aisé de coucher leurs idées sur des feuilles, des parchemins, et parfois aussi sur des frontons de bâtiments élevés à la gloire de personnages narcissiques. Mais l’amour des mots les poussa à expliquer aux indifférents qu’un livre est comme la vie, qui court d’une ligne à une autre. Ils aident même à comprendre la signification des rêves, la construction de la prose qui enflamme l’être désiré ou adulé en le transportant dans un monde dont il pensait qu’il n’était qu’un mirage. L’ouvrage n’est que le refuge secret du cœur, l’exutoire de l’âme qui cherche sans cesse à alléger sa peine ou inscrire ses joies. Il fut aussi l’œuvre d’artisans qui sans relâche, tentèrent d’améliorer sa présentation. Les mains soigneuses passèrent maintes fois, caressèrent les cuirs qui emprisonnaient les images et les noms des auteurs. Certes, d’aucuns me diront que pour créer un livre il faut sacrifier des arbres. Mais à ceux-là, je répondrai que la forêt se cultive au même titre qu’un jardin potager et qu’une récolte ne prive pas la terre de retrouver à la saison suivante les mêmes saveurs des légumes ou des fruits que l’on a élevés à sa surface.

    On m’expliquera aussi qu’il existe des liseuses. C’est vrai, et je ne vous cacherai pas que sur la mienne, il y a des centaines d’auteurs qui sommeillent et se désolent des ténèbres jusqu’à l’heure où je la branche. Le réel avantage que j’y trouve, c’est que je peux en disposer toute la nuit sans déranger mon voisinage. Mais si l’histoire est plaisante à lire, elle manque de l’odeur du papier. On peut donc aimer la tradition et le modernisme, seul le plaisir de la chose est différent.

    Alors, vous le voyez, le livre en tant que tel a encore de beaux jours à vivre ; à tout le moins, tant que l’un d’eux s’ennuyant sur une étagère poussiéreuse vous fait un petit signe à l’instant où vous passez devant, ou qu’une superbe héroïne ou son ami fatigué se réfugie en pleurant dans vos bras.

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