• QU’IMPORTE LE FLACON POURVU...

    QU’IMPORTE LE FLACON POURVU...

    – À l’heure où de nos jours, de tous côtés l’on nous parle plus que de CO2, de la couche d’ozone, et l’inévitable réchauffement climatique, j’ai le plaisir de vous présenter un moyen de transport on ne peut plus écologique. Savez-vous que ce mode de covoiturage fut pour certains d’entre nous le départ des plus grandes aventures ? Après avoir lancé le traditionnel « en voiture Simone » le voyage extraordinaire pouvait commencer. Adieu les cours de ferme, les étables à nettoyer, les distributions d’herbes dans les râteliers, les conduites des troupeaux aux pâturages, les rues boueuses des villages et leurs maisons sombres.

    Sans même nous être concertés, dans les yeux des garnements, comme nous désignaient les habitants, c’était les mêmes paysages qui défilaient, avec toujours un éclatant soleil qui occupait tout le firmament, sans oublier une part de ses chaleureux rayons pour chacun des cœurs des enfants turbulents. Nous n’avions aucune information concernant les tropiques. Le jour où l’instituteur en avait parlé, car il est impensable qu’il eût passer sous silence ces merveilleux endroits du monde, il est probable que nous étions destinés à des travaux plus importants nous avaient retenus sur l’exploitation agricole, où, paraît-il, les mains, quelles que sont leurs tailles sont indispensables. Nous n’avions pas non plus la moindre idée, quant à l’allure que pouvaient avoir les cocotiers qui devaient border des plages plus longues que les jours. Nous étions prêts à en inventer de toutes sortes, petits ou grands, touffus ou malingres, pourvu qu’ils puissent balancer leurs feuillages dans le vent tiède du Sud. Il se colportait de bouches à oreilles et toujours à voix basse que c’était ce zéphyr qui ordonne aux océans leurs mouvements de va-et-vient, comme s’il commandait aussi aux vagues de nettoyer la surface de la mer jusqu’à la rendre claire, afin qu’après leurs passages, le navigateur puisse se réjouir du spectacle des fonds poissonneux sur un lit de sable.

    Toutefois, au bourg, il était un autre jeu qui nous propulsait au-delà les portes du délire. Dans nos rares moments de liberté, nous confectionnions à l’aide de planches plus ou moins bien unies des moyens de transport que nous appelions pompeusement des voitures de course. Le fils du garagiste était notre fournisseur de roulements à billes qui faisaient office de roues. À la corde lieuse était confiée la direction. Sans perdre une minute, sitôt les préparatifs terminés, nous remontions la rue la plus pentue du village. Le sommet rejoint, déposant nos véhicules aux allures quelque peu lunaires, à tout le moins venus d’un endroit inconnu de l’espace, après avoir jeté un dernier regard sur la mécanique, c’était enfin l’instant tant attendu. À tour de rôle, le pousseur devenait conducteur. Le départ donné par les copains, nous dévalions le chemin dans un bruit d’enfer, au-dessus duquel nos cris de joie avaient toute la peine du monde à se faire entendre. Certes, il y eut des chavirages, des genoux écorchés, des blouses déchirées, de la peau oubliée sur quelques pierres de la route campagnarde, mais aucune blessure ni remontrance des adultes n’aurait su nous priver de notre enthousiasme. Nous venions d’inventer la planche moderne qui fait les beaux jours des petits et des grands.

    Contrairement à nous, perdus sur ce continent lointain, où étions toujours partant pour des expéditions dans des lieux impossibles, mais où la chaleur incitait au farniente, nous faisant bercer par des musiques nous invitant au déhanchement, les enfants de la photo eux, dans leurs jeux n’imaginent pas s’exiler vers le Nord, dont ils n’ont aucune idée de l’endroit où il se trouve. Ils goûtent néanmoins au même plaisir et rient de bon cœur. Cependant, pour être heureux, ils n’éprouvent pas le besoin comme nous de rêver à des pays dont ils ignorent s’ils existent vraiment. Jamais ils ne connaîtront des rues si sombres, que le soleil n’ose pas y laisser paraître le moindre rayon, pas plus qu’il lèche les façades bétonnées de demeures  grises dans lesquelles les songes sont éteints et sur lesquelles il n’y a guère que le temps qui pose sa marque sans même s’y arrêter. Ils habitent leurs désirs, simples, mais bien réels. Ils résident entre fleuve et forêt. Ils courent sous les couverts ou glissent sur les eaux dans des pirogues faites à leur taille. À toute heure du jour, le hamac les invite au repos et à la réflexion, et ils n’ont besoin d’imaginer aucune autre musique que celle que leurs aînés leur offrent, le soir, autour de grands feux. Ils n’attendent jamais demain avec impatience ou angoisse. Les ténèbres ne les effraient pas, car les étoiles sont leurs amies. Ils savent depuis toujours qu’il sera à nouveau consacré à  plus de sourires, de joie de vivre et si le temps s’y prête, ils inventeront de nouveaux jeux.

     

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