• QUAND LA NATURE SAIT

    – Certains me feront remarquer que la nature sait toujours, puisque par définition, c’est elle qui imagine ce dont de quoi demain sera fait. Cela, je ne le conteste pas. Cependant, depuis le temps qu’elle nous a acceptés comme colocataires, je puis vous dire que parfois, elle aussi, il lui arrive de faire quelques erreurs. Certes, elles passent inaperçues, et souvent les confondons-nous avec de simples caprices. Mais là n’est pas le sujet de mon billet, et nous pourrons en reparler lors d’une autre rencontre, si vous le désirez.

    Aujourd’hui, mon observation porte sur les oiseaux que nous nommons caciques culs-rouges ou jaune. Ce sont des volatiles au caractère particulier. D’abord, sachez qu’ils vivent en colonie. Quand ils ont élu domicile en un lieu, à la saison des reproductions, ils reviennent toujours construire leurs nids en forme de chaussette dans les mêmes arbres. Chez nous, une année, ils furent si nombreux dans un eucalyptus bordant l’allée, que par un jour de grand vent et de pluie, celui-ci s’est coupé en deux. Pas moins de soixante-dix habitations en occupaient les branches. Il n’en fallut pas davantage pour que ces longs ouvrages, trempés, faisant un poids trop important pour la frêle ramure finissent par faire rompre la tête et le tronc. Qu’à cela ne tienne. Ils jetèrent leur dévolu sur l’arbre suivant, qui était de la même famille que le précédent. Hélas ! Deux ans plus tard, il connut un sort identique.

    Vous penserez que ce fût une fois de trop, et que, découragés, ils s’en sont allés vers des sujets plus robustes. C’est mal juger ces oiseaux au caractère bien trempé. Après un survol de la propriété, ils se retournèrent vers un pin caraïbe proche de la maison. La première saison, ils furent moins nombreux ; tout juste une quarantaine ; enfin, comprenez que je parle de couples, et pour qui les a entendus, il est inutile que je vous dise qu’ils tiennent de bruyants discours à longueur de journée. Bref, depuis, jugeant que les branches du nouvel arbre sont aptes à supporter leurs constructions, les anciens et les jeunes sont tous revenus. Rouges et jaunes se partagent la ramure. Toutefois, on peut remarquer que les enfants prennent soin de laisser les parents et les aînés faire leurs nids au milieu, comme s’ils cherchaient à nous indiquer que chez eux, on protège la famille. Je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi des logements de cette forme et de cette taille. Pour aussi surprenante que soit ma réponse, j’en ai déduit, à force d’observation, que lorsque l’oisillon naît, il est au fond de la chaussette, naturellement. À mesure qu’il grandit, chaque jour il grimpe d’un niveau, accrochant une patte à droite, puis l’autre à gauche, il s’élève. Jusqu’au jour, où il arrive à l’entrée du nid, qui se trouve être pour lui, la porte de sortie. S’il n’a pas été trop pressé, il peut demeurer quelques jours sur la branche qui le supporte, s’essayant à faire quelques pas et autant de battements d’ailes. Par contre, s’il a mal calculé son coup, il lui arrive de chuter. Et là, mes chers amis, si la chance n’est pas avec lui, ses heures sont comptées. Sauf si, dans les parages, se trouve quelqu’un comme moi, qui aux cris de désespoir de la famille comprends qu’un malheur vient de se produire. Délicatement, je le pose sur un végétal où il sera en sécurité et où les parents continueront de le nourrir jusqu’au jour où il sera capable de se débrouiller seul.

    Ces oiseaux sont attachants, bien que très bavards ? Ils ont toujours quelque chose à se dire. Quand ils s’envolent pour récolter des insectes ou d’autres plats dont ils raffolent, ils partent tous ensemble, et dans la même direction, menant un tapage semblable à celui des enfants à la sortie de l’école. Notre proximité ne les dérange pas, nous donnant le sentiment que nous sommes de vieux amis, à tout le moins des connaissances de longue date.

    QUAND LA NATURE SAIT

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Cette année fut l’une des plus capricieuses. Nous avons eu beaucoup de pluie, de brume de sable venue du Sahara, ainsi que du vent plus fort que de coutume. Cela ne découragea pas nos vaillants caciques, mais pour la première fois depuis des années, ils s’empressèrent de faire de nouveaux nids accrochés aux feuilles d’un palmier royal, distant d’une dizaine de mètres du pin.

    Cela sent la catastrophe, dis-je à mon épouse. On croirait que le ciel va nous tomber sur la tête, à voir leur comportement ! Ils ont trouvé un parapluie naturel. De fait, ils menèrent à bien la dernière couvée, ce qui prouve qu’ils avaient parfaitement estimé la durée de vie des branches de cet arbre au port particulier. Mais surtout, vous l’aurez compris, quelques jours après que nos amis caciques eurent élu domicile dans le palmier, nous avons connu un épisode très pluvieux et venteux. Du pin voisin, de nombreux nids ont pris l’eau ou ont été emportés par les rafales. Ce qui me fait revenir à ma première réflexion, je veux dire, la nature sait et anticipe. C’est à nous de l’imiter en l’observant.

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