• QUE LEURS MÉMOIRES NOUS ÉCLAIRENT

    — Nous avons souvent le sentiment que les pauvres hommes tournent en rond, parce que leur comportement d’une époque influence une autre, alors qu’à leur insu, la prochaine se calque sur la précédente. Je sais, cela ne paraît pas être trop clair. Cependant, aussi loin remonte notre mémoire historique, nous voyons bien qu’aucune expérience n’a jamais servi aux générations qui suivirent. Il en est ainsi que certains individus ont pratiquement renié les leçons et les modèles de leurs pères afin de se démarquer pour mieux affirmer et imposer leurs propres idées.

    D’erreur en erreur nous voici propulsés dans un siècle qui va connaître de nombreux bouleversements tandis que nous sommes encore à rechercher notre véritable place parmi les éléments du monde auquel nous appartenons, alors que nous ne pouvons nous empêcher de commettre toujours les mêmes erreurs quand elles ne sont pas des folies.

    Pour ne pas reconnaître ce qui pourtant est du concret, nous poursuivons notre marche en avant, en excluant de nos préoccupations les questions essentielles qui éclairaient nos décisions. Nous imitons l’autruche qui se cache la tête, cependant, cela n’a jamais rien changé à la réalité.   Il n’y a pas si longtemps, le dernier « poilu » nous quittait, alors qu’il avait sans doute tant de choses à nous dire. Un de mes parents qui avait lui aussi vécu cette triste et honteuse période et qui me racontait ses secrets n’a pas réussi à évacuer les douleurs que la morale avait installées en son esprit blessé. Dans ces moments d’immense solitude, il fallait qu’il parle de ces maudites souffrances qui avaient pris place en sa forteresse.

    Il la connaissait bien cette époque qui fit tant de dégâts et qui obligea les hommes à se cacher tels des rats dans les tranchées, quand ils ne partageaient pas carrément leur existence. Dans ses récits, mon parent me disait qu’il n’avait plus confiance en ceux qui les menaient et encore moins en ceux qui dirigeaient le pays. N’avaient-ils pas crié très fort que ce serait la der des ders ?

    On sait la suite.  

    Depuis, nous avons changé de siècle et nous continuons de dériver. Autour de nous, personne ne veut prendre la ou les décisions qui soulageraient les consciences. Oh ! Je comprends bien qu’il est facile de laisser sur les épaules des autres les charges les plus lourdes. Mais ce n’est qu’une image, car en fait, ne sommes-nous pas là pour réclamer, conseiller et orienter les grands projets ?

    Je parlais de cet homme et de ses traumatismes, car il y avait un sentiment de responsabilité qu’il n’était jamais arrivé à dominer dans sa vie d’alors. C’était celui de mettre un terme aux souffrances d’un individu que la mort dévorait.  

    — À l’époque, me disait-il, nous utilisions beaucoup de chevaux pour tracter nos canons et batteries. Quand l’un d’eux était victime de mitrailles, nous l’achevions alors que pour seul remède, à notre compagnon nous ne savions que lui mentir. J’exhortais les miens à marcher sur l’ennemi, à tirer encore et toujours, mais j’étais incapable de choisir le commandement que le bon sens me murmurait.  

    Ne rien faire l’avait atteint plus violemment que ses propres blessures.   

    Il en est de même pour les cas extrêmes de nos jours, où nous laissons des familles prendre elles-mêmes la décision qui fait basculer leur existence dans le cauchemar, car à leurs côtés, personne ne put ou ne voulut assumer un quelconque engagement en vue d’alléger la peine de ceux qui sont impuissants.

    Un siècle plus tard, nous n’avons toujours pas répondu à la délicate question qui frappe sans cesse à la porte de nos esprits. Nous en sommes donc à nous demander :

    Qui peut endosser la responsabilité qui soulagerait les uns et les autres ?

    Les sociétés dans lesquelles nous évoluons nous apprennent avec beaucoup de difficulté à vivre et à transmettre la vie. La mort, elle, reste un tabou qu’il nous est impossible de surmonter. Alors, faudra-t-il attendre que la mémoire de ceux qui ont tant souffert nous éclaire afin que nos comportements futurs nous rendent plus courageux et clairvoyants ?

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