• REFLETS DE VIE

    REFLETS DE VIE

    – Chaque matin, elles sont là, les perles de l’aurore, posées sur les rameaux, réfugiées dans le cœur des fleurs, suspendues aux feuilles, heureuses de leur transmettre les secrets de la nuit. Discrètement, l’alizé s’ébrouant des ténèbres qui le retenaient prisonnier par-delà la forêt les agite, comme pour laisser à penser qu’elles saluent le nouveau jour dans un élan de joie. C’est l’instant que je préfère, celui où l’aube se dessine. En mon esprit, elle représente la victoire de la lumière sur l’obscurité. Je crois distinguer, venant de son côté, quelques signes de bienvenue, ainsi que des mots rassurants :

    – Qui que tu sois, me semble-t-il comprendre, ouvre les yeux sur les beautés que la nature t’offre. Si tu es souffrant, laisse ton regard se poser sur les merveilles du monde. Certes, elles ne te guériront pas, mais le temps qu’il aura mis à parcourir le paysage, ton âme, heureuse, ne songe plus à titiller ton mal. Elle t’oblige même à chercher un détail, ou à définir une nuance difficile à déterminer, tant elles sont changeantes dans les éclaboussures de clarté de la nouvelle journée, qui gagne en assurance. Si ton corps te laisse en paix, savoure ce bonheur qui saute d’un végétal à l’autre, avant que l’un d’eux se désole de te priver du merveilleux spectacle à l’instant où un oiseau se faufile entre les feuilles pour prendre son bain matinal. Les perles vont rejoindre l’humus impatient pour les faire prisonnières en même temps qu’à l’intérieur de chacune, elle glisse la graine d’une fleur qui, à la saison prochaine, racontera les songes du ciel, enrichis des rêves des entrailles de la Terre.  

    C’est alors que je réalise que tout ce qui se déroule sous mes yeux n’est pas là par hasard. Je n’assiste pas une ultime répétition d’une pièce, dont la première se tiendra bientôt. Non, chez nous, les acteurs habitent dans le décor. Ils l’animent, le rendent vivant et n’attendent pas l’éblouissement des projecteurs pour briller. Ils savent utiliser les frémissements de l’univers dont ils se servent pour changer de costume. Chaque matin nous traduit une histoire inédite venue du fond des âges, et les trilles des oiseaux participent à l’écriture du nouveau conte, tandis que le premier rayon du soleil apposera son paraphe au bas de la page, alors qu’à l’opposé, les étoiles préparent la poudre scintillante qui illuminera les images de la prochaine version.

    La main délicate d’une fée a posé sur le piquet mis là à la disposition de temps un bijou translucide parfait. Je l’observe avec la plus grande attention. Pas de doute possible, me dis-je soudain ! Elle est le message que Dame nature m’envoie, pour me dire sa joie de paraître innocente sous mes yeux ébahis. Je crois l’entendre me crier :

    – Admire-moi, car je ne suis pas une simple perle de rosée. Penche-toi sur moi et tu verras apparaître le plus beau diamant qu’aucun homme n’a jamais trouvé ni travaillé. Je suis à la fois le condensé de l’existence, la boule de cristal qui autorise l’érudit à lire tout ce qu’il lui plaira d’imaginer. Je suis aussi la fille de la lumière, le miroir du monde, et en moi se réfléchit tout ce que la Terre engendre. Pour toi, je ne suis qu’une goutte, mais à travers elle, mon ami, c’est la vie qui se reflète. Dans un instant, les rayons du soleil me traverseront et me permettront de m’animer. Le vent me balancera légèrement afin que d’un instant à l’autre, je ne sois plus qu’un merveilleux arc-en-ciel. Il est vrai que durant de pareils moments, j’exagère un peu. Mais, dis-moi, toi qui m’observes, connais-tu beaucoup de joyaux qui ne soient pas éblouissants ? Moi aussi, j’ai droit à mon heure de gloire. La sachant éphémère, je me presse de traverser les heures auxquelles je vole toute la vie qui t’est offerte au long de la tienne. Alors, laisse-moi m’exprimer ; en mon sein, un cœur se réjouit, une âme y est heureuse, même si je suis obligée d’emprunter celles des autres éléments pour m’aider à vivre cet instant merveilleux. Mais il n’est pas que cela. Approche encore un peu. Que distingues-tu, maintenant que je te sens presque à te toucher que j’entende battre le tien ? Attention, mon ami, tu sais que j’excelle dans la façon de les escamoter ; je plaisante, car si je vole le tien, je serai la première punie, puisque tu ne pourrais plus faire mon éloge auprès de ceux que tu aimes. En fait, en te demandant de venir à mes côtés je tenais à te montrer l’ampleur de mes pouvoirs. Quand tu retourneras par le monde, je te charge de lui dire, que bien que je sois modeste, en moi ne reflète pas qu’un seul arbre ; mais toute la forêt. À elle, tu ajouteras que le ciel ne se contente pas de s’y mirer. Il me pénètre comme s’il désirait que je le multiplie. À ma source, viennent s’alimenter le soleil, la lumière, les fragrances de tout ce qui vit. Comme tous ces éléments sont incapables de s’exprimer personnellement, je suis leur porte-parole. Mon ami, soit heureux de découvrir en moi le reflet de la vie.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1


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