• RÊVES À FLEUR D’EAU

     – Dans une région comme la nôtre, où l’eau est un élément essentiel à la vie, je vous avoue qu’il est difficile de maîtriser ses rêves lorsque nous sommes riverains, et que nous résidons sur les berges d’une rivière. Chez nous, les fleuves sont majestueux. Ils sont de véritables pénétrantes naturelles qui vous conduisent sous la haute forêt mystérieuse. De part et d’autre des rubans argentés se pressent les arbres de toutes variétés, heureux de se mirer dans l’onde frémissante, leur faisant croire qu’elle leur sourit. Quand la rivière n’est pas trop large, certains végétaux se penchent jusqu’à toucher ceux d’en face, et là, entremêlant leurs ramures, avec la complicité du vent, les charpentières se frottent les unes contre les autres, laissant penser à celui qui navigue sous ce couvert de verdure, à des gémissements de contentement.

    Si nous sommes sensibles à ce qui se passe autour de nous, on comprend vite que la nature est fière de nous offrir ce spectacle qu’elle ne produit nulle part ailleurs. Il est facile d’en deviner les raisons. En aucun endroit au monde, l’humus ne dégage autant d’effluves répandant la vie. Sous le couvert des grands bois court une rumeur perpétuelle. C’est alors que l’on réalise qu’elle est bien ce poumon dont on parle depuis toujours, puisqu’il respire et vous le fait savoir.

    Entre deux sauts ou cascades barrant le flux, les fleuves ont appris à dompter leurs élans. À perte de vue, les troncs s’alignent comme d’immenses crayons plantés là. Les cimes hautes accordent au sous-bois l’autorisation d’y développer une végétation plus modeste, telles les fougères qui vous caressent sur votre passage. Si vous avez la chance que la terrasse de votre carbet surplombe la rivière, alors n’hésitez plus ! Accrochez votre hamac ; sans tarder, laissez-vous bercer par le vent d’est, et surtout confiez à votre imagination le soin de faire le reste du voyage, s’il ne l’invente pas de lui-même dans l’instant. Vous êtes tentés de clore les yeux, afin de mieux reconnaître les bruits qui vous parviennent ainsi que ceux plus lointains. Je suis certain que comme moi, vous saurez distinguer les gémissements des murmures heureux, les appels discrets de certains oiseaux ainsi que les stridulations des milliers d’insectes que vous ne voyez pas, alors qu’ils sont tout proche de vous. La brise légère remontant entre les murs végétaux, entraîne à sa suite des fragrances prélevées sur les rives ou dans les villages en amont ou en aval. Toujours confortablement installés, nos songes vagabondent sur l’eau. Tantôt, elle semble musarder entre les racines des palétuviers, véritable nursery pour beaucoup de volatiles, de papillons et de libellules, tantôt, elle file comme si elle était poursuivie par le flux rageur provoqué par le dernier orage.

    Cependant, quand la marée a pénétré loin dans le fleuve, elle met les berges de niveau et surtout, dans le jusant, se pressent une grande quantité de poissons quittant l’océan jusqu’à l’heure du perdant. Aux bruits ambiants, s’ajoute celui du clapot sur votre pirogue amarrée, comme si les éléments scandaient le temps qui passe. C’est alors que je ne puis m’empêcher de penser à ces peuples premiers, seuls vrais locataires des lieux. L’eau en ce temps était l’unique voie par laquelle circulait la vie. L’homme vouait un profond respect pour cette force magique dont il ignorait la provenance. On lui avait dit qu’elle descendait par delà les collines et il avait hoché la tête tout simplement, comme si cela lui était indifférent. Erreur ! Rien de ce qui entoure les primohabitants ne leur est étranger. Ils forment un tout avec la nature. Ils lui murmurent parfois des contes et des chansons pour lui rappeler sa reconnaissance.

    Dans des canots creusés directement dans les troncs, l’homme faisait corps avec la rivière ; que les embarcations soient longues et lourdes ou fines comme les fileuses pour la chasse et la pêche, toutes sont comme les épouses des fleuves. La pagaie ne frappe pas l’eau, mais la fend pour la repousser avec respect. Dans sa barque, il essaye de lire à la surface défilant de part et d’autre, l’histoire des siens. Ils sont venus de si loin dans le temps que nul ne sait où est le commencement, et que personne n’avait songé à en créer des mots pour l’expliquer.

    Courez mes rêves, sur ce ruban brillant qui les conduit vers l’océan, afin d’être présents pour les lendemains qui se succéderont, mais aussi à la rencontre du passé ayant sa mémoire sur un continent différent, ne se lassant jamais d’exister.

    Enfin,  je ne vous aurais rien dit si je ne révèle pas le dicton qui se colporte sous la sylve, comme à la ville. Les fleuves et les rivières ne sont rien d’autre que « des chemins qui marchent », prétendent les anciens. N’est-ce pas une belle image ?

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Mercredi 1er Novembre à 22:08

       Hello  ami  lointain  ..  Voila  pour  quelques  minutes  je  viens  de  lire  tes  écrits , ils  me  rassurent   car  seule  la  vie  de  la  nature  est  vraie  , et  je  reste  a  penser  que  si  l'on  garde  cette  philosophie  on  avance  en  age  plus  rassuré .. Regarde  les  horreurs  qui  se  préparent  dans  ce  monde  de  fous ..Sans  être  négative   je  pense  que  ce  sera  pire  avant  d’être  meilleur  , mais  bon  .. Nous  verrons  ..
       Voila  j'ai  retrouvé  le  chemin  de  ta  maison ..
    Je  reviendrai  sous  ta  fenêtre  même  si  elle  reste  fermée ..
      Amitié  des  US ..  Bisous  René ..
     Nicole

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