• RICHE MALGRÉ LUI 2/2

     

    – Mon cher ami, j’ignore combien tu as de ces pièces, mais je puis te dire que tu es un homme riche ! Attention, Marcélou, je ne prétends pas que tu es à la tête d’une grosse fortune, mais selon la quantité que tu gardes enfermée dans un sac, cela représente plusieurs années de ton salaire actuel ! Tiens, encore mieux. Tu vas pouvoir rendre une femme heureuse.

    – Alors là, il n’en est pas question, Pierre. Célibataire je suis, et je veux le demeurer.

    – Aurais-tu peur d’elles, que tu en restes à si bonne distance ?

    – Non, ce n’est pas cela. Mais ça ne me dit rien. Je trouve que je suis très bien comme ça, tout seul. Cependant, je ne le suis pas réellement, puisque je vis avec maman.

    – J’entends bien, mais une mère ne peut remplacer une épouse. Nous n’échangeons pas les mêmes discours, nous n’avons pas de semblables intérêts et tant d’autres choses qui sont à l’opposé de notre propre famille. Et puis, tu n’es pas si âgé pour ne pas avoir d’enfants. De plus, cela tomberait à pic, avec cet héritage que tu pourrais leur laisser.

    – Pierre, je ne suis pas aveugle. Je vois très bien ce qui se passe chez toi, et je suis content qu’il en soit ainsi. Vous êtes heureux comme je ne pourrai jamais l’être. Nous n’avons pas la même idée de concevoir la famille.

    – Peut-être n’y as-tu tout simplement pas songé ?

    – Oh ! Si, j’ai souvent imaginé cette situation. Mais je ne me suis jamais résolu à franchir le pas ; et le temps s’est écoulé, et a continué d’éloigner de moi certaines façons de comprendre les choses. Plus les ans se sont succédé et davantage je me confortais dans ma position.

    – Je peux l’admettre dans la mesure où tu as ta mère qui pourvoit à l’essentiel de tes besoins. Mais qu’en sera-t-il, si un jour elle ne peut plus assumer ton quotidien ?

    – De la manière que nous vivons, il n’est pas très difficile d’envisager l’avenir. Déjà, à la maison, j’assure le plus gros des tâches. Nous ne sommes que tous les deux, donc, rien n’est compliqué. Mais le véritable problème ne tient pas dans les travaux ménagers, Pierre. Il ne serait sans doute pas un souci de faire rentrer une dame chez nous. Toutefois, deux femmes sous le même toit, souvent cela génère des tracas. Elles ne s’entendent pas toujours. L’une est ancienne, puisqu’elle est ma parente, alors que l’autre est moderne. Les idées sont divergentes où elles sont évoquées. L’une aime le sel, le sucre est la gourmandise de sa voisine. Après quelques jours de promiscuité, de simples paroles se transforment en invectives.

    – Je pense mon ami, que sur ce sujet, tu t’entêtes. Peut-être que tu te persuades qu’il doit en être ainsi et qu’il te plaît de le croire. En réalité, ce n’est pas toujours le cas. Et, si d’aventure ça l’était, vous pourriez habiter dans une maison voisine et vous rencontrer quand vous en éprouveriez le besoin.

    – Tu veux que ma mère en tombe malade ? Non, ce n’est pas possible. D’abord, nous sommes chez nous ; donc ce serait une erreur d’aller je ne sais où. Et puis, je te l’ai dit. Je ne désire pas vivre avec quelqu’un. Si cela avait été réalisable, il y a longtemps que je l’aurai fait. À mon âge, c’est trop tard. J’ai mes habitudes et elle aurait les siennes. Comment les faire s’admettre ?

    – Si je comprends bien, ce n’est pas que ton financier ou mobilier que tu ne veux pas partager. C’est ta vie entière que tu ne désires pas remettre en cause. Dans le fond, tu es un peu égoïste, non ?

    – Appelle cela comme tu l’entends, Pierre. Pour moi, ce n’en est pas, puisque je ne prive personne de ma présence, de mon amitié, de mes biens. Je suis comme certains animaux de la forêt ; je vis en solitaire et ne vais à la rencontre des autres que par nécessité, et quand cela est indispensable. Mais au plus vite, je reprends ma liberté et ma vie d’errance. En conclusion, je ne rends personne malheureux.

    – Oui, sans doute as-tu raison, Marcélou. Mais en te projetant dans l’avenir, n’aimerais-tu pas avoir quelqu’un auprès de toi avec qui partager tes dernières années ?

    – Il est vrai que je n’ai pas beaucoup d’expérience en ce domaine. Cependant, je ne me vois pas devenir vieux en compagnie de quelqu’un. Les anciens ne cessent de ratiociner. Ce qu’ils se disent aujourd’hui, ils l’ont échangé hier. Ils pleurent sans cesse sur leur existence misérable, alors que ce sont eux qui l’ont construite. D’ailleurs, je me demande si l’on a encore des choses à se confier, quand il y a trop longtemps que nous sommes ensemble. On se regarde vieillir et dans les rides de l’autre, je crois que l’on s’y découvre comme dans un miroir.

    – C’est ton point de vue, mon ami, et je le respecte. Cependant, si nous n’avons plus rien à nous dire, ce qui est rare, alors, ce sont les mains qui se cherchent, car c’est dans le silence que l’amour se partage et se nourrit. Vois-tu, Marcélou, quand on a eu la chance de vivre une passion, jamais elle ne s’éteint. Les paroles deviennent inutiles, puisqu’elles sont remplacées par les sentiments.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     


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