• Roura, mon village

    Bien qu’avançant dans les siècles, on ne peut renier

    Ceux d’antan qui furent le berceau de notre jeunesse

    Alors que ma commune fut le premier grenier

    Des épices exotiques, dites d’extrêmes finesses

     

    De Roura, je vous parle, vous l’aurez deviné

    Assis dans un écrin que vient lécher le fleuve

    Il a au fil du temps, les berges, redessinées

    Où il fait toujours bon, qu’il vente ou qu’il y pleuve

     

    Le clocher de l’église dans le fleuve s’y mire

    Les canots s’écartent pour, son reflet ne pas troubler

    Tandis qu’à quelques pas, l’arbre lui offre la myrrhe

    Fumant dans l’encensoir, les âmes elle fait rassembler

     

    Roura mon village, est adossé à la forêt

    Sans compter, elle offre la plus grande part de la vie

    La nature l’ayant de mille essences arborée

    À son grand festin, les villageois elle convie

     

    Sur la place, les manguiers nous offrent leurs ramures

    Dans lesquelles l’alizé aime à s’y amuser

    Le vent se transformant alors en doux murmures

    Une pareille musique, on ne sait refuser

     

    Devant chaque maison est suspendue une cage

    Les oiseaux du temps en assument l’arbitrage

    Infatigables, ils joignent leur musique à celle du vent

    Ils profitent du jour dès le soleil levant

     

    Le Roura de mon temps n’a qu’un seul commerce

    Les nouvelles du jour s’y mêlent sans façon

    C’est le meilleur endroit où la joie se déverse

    On aime quand le jour y joue au limaçon

     

    C’était le temps où le fleuve en était le chemin

    Le bac et les pirogues épousaient son destin

    Les tambours roulaient, des chants reprenant les refrains

    Quand le soir à Roura embaumait le jasmin

     

    Mon village Roura possède deux chemins

    L’un roule son long sillon d’argent vers l’océan

    L’autre au dégrad le rejoint et mêle son destin

    Le premier faisant du second son suppléant

     

    Roura a conjugué la vie à tous les temps

    Son passé, on vous le dira, ne fut pas simple

    Même si de la main, certains vont l’époussetant

    Vous disant qu’il est temps de changer de complainte

     

    N’en doutez pas, l’âme de mon village est guyanaise

    Même si un temps, on songea à changer les hommes

    De la terre, on admit qu’elle était Rouranaise

    Combien même des balatas on en tira la gomme

     

    Musardant sous les bois, surtout tendez l’oreille

    Vous serez sans doute surpris d’y entendre des voix

    Elles sont celles des esclaves qui jamais ne sommeillent

    Bien que sans méchanceté, au passé vous renvoie

     

    Gabriel vous dira qu’ils vécurent la souffrance

    Car pour manger, le maître prenait soin du bétail

    Alors que des hommes on ruinait leurs espérances

    Leur vie n’a jamais été autre chose qu’un détail

     

    À l’image de son fleuve qui ne s’arrête jamais

    Car refuser le temps, c’est piétiner le présent

    Entouré d’eau, Roura osa, roi, se proclamer

    Puis fit disparaître les privilèges, les annexant

     

    Connaissez-vous d’autres fleuves portant tant de noms

    Orapu, Oyak, Mahury, sont là tous ses titres

    Et ne croyez pas que ce sont là des surnoms

    Demandez aux anciens ; ils en connaissent un chapitre

     

    Ainsi vit Roura, entre fleuve et forêt

    Choyant ses anciens, un œil sur la modernité

    Car demain sera tout autre, ils l’ont subodoré

    Pareil au fleuve qui vers sa source n’est pas remonté.

     

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-4

     


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