• SOLITUDE, NOTRE MEILLEURE ENNEMIE

    SOLITUDE, NOTRE MEILLEURE ENNEMIE    – Qui n’a pas sombré, un jour à un tournant particulier de son parcours, dans un gouffre si profond, que la chute lui parût interminable ? Soudain, cependant environnée par une foule déambulant en tous sens, la solitude nous guette et nous entraîne en dehors des sentiers battus. Elle nous étreint si fort que nous avons le sentiment qu’elle veut nous emporter, afin que nous nous confondions avec sa silhouette et son esprit. En fait, on la nomme ainsi, alors qu’elle n’est qu’une succession ou une procession de jours longs et tristes, dans lesquels se mélangent et se délient les couleurs de l’existence jusqu’à devenir sombres.

    Solitaires, trop souvent à une époque ou une autre de notre vie, nous le sommes, et nous errons dans l’indifférence de nos semblables. Isolés, nous nous découvrons, lorsqu’un beau matin l’on s’aperçoit que nous sommes les seuls à répondre aux questions que nous nous posons ou que nous tentons d’obtenir des réponses de personnes qui évoluent dans notre environnement. La solitude prend toute sa signification quand les vôtres vous délaissent ou vous oublient. C’est le jour où, du fond de votre proscription, une petite voix vous murmure de vous mettre en marche, pour accomplir votre traversée du désert, ce monde inconnu et hostile dans lequel on se sent dériver, emporté par la puissance des éléments. Nous devenons alors grain de sable parmi les millions qui montent et dévalent les dunes à longueur de temps. Seules des ombres s’agitent dans l’espace sans même vous frôler, et les silhouettes sont pareilles aux feuilles mortes que le vent entasse sous les bois, afin qu’elles ne conservent plus le souvenir des ramures sur lesquelles elles vécurent des saisons heureuses.

    Qu’attendre de la vie dès lors qu’auprès de vous personne ne s’assoit ? Que pouvons-nous espérer quand plus aucun mot d’amour ou de reconnaissance n’est prononcé ? Comment peut-on encore croire en l’amitié, ce mot imitant désormais l’allure et la posture des choses éphémères, tandis que plus jamais des bras n’entourent vos épaules ? Les « je t’aime » du temps passé se sont tus. Les sourires se sont effacés ; les visages prennent un aspect flou, aucune main ne cherche plus la vôtre et il ne se trouve plus de regard où plonger le sien afin d’y découvrir une âme sœur. D’aucuns prétendent que la solitude conduit parfois vers la prière. Certes, marcher seul dans le monde ne signifie pas pour autant que l’on se transforme en un personnage muet, en présentant l’avantage d’apporter les réponses que l’on désire entendre à nos questions. Mais encore faut-il croire, en une puissance céleste, quand de nous-mêmes nous nous sommes mis à douter.

    Notre état d’esprit se meut en un vaste océan devenu orphelin de rivage, sur lequel il pourrait déposer sa rancœur, et où les vagues se précipiteraient pour lui abandonner leurs songes, tandis qu’à sa surface, depuis longtemps plus aucun navire ne trace sa route. D’ailleurs, pourquoi laisserait-il un sillage en forme d’invitation, si personne ne se lance à sa poursuite ? L’individu isolé traverse l’espace en anonyme, presque invisible, égaré dans le labyrinthe de la société au sein de laquelle il est, ou, de lui-même s’est exclut, et où chacun avance tel un fantôme, et parfois semblable à un robot. C’est ce temps qui s’installe à nos côtés comme un cauchemar se présente à l’instant le plus doux de la nuit quand le rêve est le plus beau et s’apprête à vous prendre par la main pour vous emmener rejoindre un pays qui n’existe que pour ceux qui savent lire dans leurs songes.

    Si au hasard de vos migrations il vous arrive de croiser un égaré, facilement reconnaissable, puisqu’il marche sans but, dont la vie s’est détournée sur son passage, ne le laissez pas continuer sa route vers une destination dont il ignore si elle aboutit vraiment. Ensemble, faisons les efforts nécessaires pour ne pas lui permettre d’atteindre le continent des illusions perdues. La détresse n’est, et ne sera jamais une maladie dont on aurait à rougir. Souvent, le laissé pour compte ne vous demandera rien, car la solitude ne rime pas avec la politique de la main tendue. Il refuse catégoriquement qu’on lui fasse l’aumône ; saisissons l’opportunité qu’il a l’esprit tourné vers l’horizon qu’il devine à peine à travers son regard embué, pour lui lancer une bouée. Lorsqu’il se retournera, il la découvrira en même temps que ses illusions lui feront un clin d’œil prometteur. Il ne s’en détournera pas, car elles seront le signe que la vie ne l’a jamais abandonnée, et qu’enfin une autre âme que la sienne habite ce monde.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     


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