• SONGES AU CLAIR DE LUNE

    – J'aime, ce moment du jour qui nous indique qu’il se prépare à nous laisser en compagnie des ténèbres. Oh ! Je vous rassure, en aucun endroit du monde il ne le fait de façon rageuse, alors qu’il serait en droit de manifester sa mauvaise humeur, puisque dans le firmament, sa meilleure ennemie s’annonce, telle une vedette qui sait que sa présence va éblouir les spectateurs. Le soir, dis-je, lentement range ses couleurs. Sa palette est très riche de nuances changeantes avec les heures qui transpirent sous la lumière ardente du soleil, laissant croire que la moindre goutte suspendue à un rameau est un diamant tombé de l’espace.

    Tandis que les teintes vont, en déclinant, dans le ciel, les nuages, chassés par un vent faiblissant, se bousculent vers la sortie. Ils attirent à eux les derniers rayons de leur astre qui part de l’autre côté de la forêt, sans même se retourner pour s’assurer que tous le suivent.

    Sur Terre, le blanc, malgré ses efforts, ne réussit plus à se démarquer du noir. Tout ce qui vit et resplendit dans la clarté, discrètement s’apprête à rejoindre le lieu où les songes s’impatientent. Les premiers oiseaux nocturnes chassent les retardataires, les poursuivants jusque sous les grands arbres. Les cieux doivent être libres pour accueillir la princesse de la nuit. L’horizon disparaît. Il se met au service de madame la lune, et lui facilite sa venue en ne faisant aucune marche qui pourrait la faire trébucher. Le monde retient son souffle. Les bruits se font murmures ; la respiration de la nature devient caresse, afin qu’aucune feuille ne tremble. Dans la forêt, c’est à peine si l’on distingue les animaux se déplacer, sauter ou ramper. Les hommes terminent les derniers travaux, vérifient les étables, les écuries et la fermeture des bâtiments. C’est que si rien ne doit sortir durant la nuit, à l’opposé, rien d’étranger ne doit être en mesure d’y rentrer. Les demeures sont closes, seules les fumées s’échappant des cheminées indiquent qu’à l’intérieur, des familles se préparent elles aussi au repos bien mérité. On entend monter des chambres d’enfants quelques pleurs et gémissements, car pour eux, l’heure du sommeil arrive toujours trop tôt. L’obscurité est maintenant sur le seuil de toutes les portes.

    Dehors est transformé en un lieu secret. Le jour a fini de défroisser sa belle tenue. Il a devant lui de longues heures pour inventer celle du lendemain. C’est l’instant que choisit la lune pour éclairer la campagne. Elle rejoint lentement sa place vers les étoiles auxquelles elle dérobe un peu de scintillement pour rehausser son fard. Passant au-dessus de l’étang, elle vérifie une dernière fois sa toilette. Satisfaite du résultat, elle continue son chemin, finissant de s’arrondir. Elle devient un véritable phare céleste, indiquant aux hommes que désormais, ils peuvent s’assoupir en paix. Maintenant, le monde lui appartient. Elle s’inquiète néanmoins que chacun ait regagné sa couche, car c’est l’heure où elle distribue les rêves. Dans chacun des esprits endormis, elle dépose les premières lettres qui vont écrire une nouvelle histoire sur une page vierge.

    Profitant de la lumière blafarde, les amours volages rôdent autour des villages à la recherche de cœurs impatients de ressentir la passion qui dévore les entrailles. Dans les chambres d’enfants, les chérubins sourient dans leur sommeil. Ils aperçoivent les seigneurs caracolant sur des destriers aux parures d’or. Ils vont à travers d’immenses prairies dans lesquelles se désolent les fleurs. À quoi nous sert tant de délicatesse et de beauté si le papillon ne peut nous rendre visite, se lamentent-elles ? Ayant entendu leurs cris de détresse, la lune, soudain, prenant une profonde inspiration augmente son volume. Sa clarté est telle, que, venues de nulle part, des dizaines de princesses accourent vers les cavaliers qui les invitent à monter en amazone.

    L’astre nocturne exulte. Grâce à lui, des corps se rapprochent, des désirs s’assouvissent, des caresses parcourent les formes abandonnées. Des mots exprimant la tendresse se prononcent sans qu’il soit besoin de chercher ce qu’ils veulent dire. Dans l’intimité de la nuit, la lune sème ses bienfaits dans chaque cœur. Certes, dans l’ombre des sous-bois, il y a bien aussi des drames qui se déroulent. Les animaux devenus chasseurs n’osent pas rentrer bredouilles, des oisillons endormis tombent du nid, des prédateurs trop sûrs d’eux sont pris au piège des plus forts. Mais comme tous les éléments qui se nourrissent de la naïveté des autres, ils savent que la vie ne serait pas, si la mort ne lui succédait pas. Mais c’est aussi au sein des ténèbres que se préparent les journées. Discrètement, chaque acteur répète son rôle. Le rideau de l’aube nouvelle sera à peine levé, que de la gorge des oiseaux monteront, tel un hymne à la joie, les premières notes de musique ; tandis que sous la plume du poète, les lettres traçant des mots de bienvenue à l’aurore noircissent une page toute neuve.

    Cependant, c’est bien dans l’intimité de la nuit que la vie puise ses plus beaux instants. Elle les distribuera ensuite de la même manière que le semeur féconde la terre.

    Oh ! Oui, j’aime ces nuits mystérieuses où tout ce qui est se ressource alors que sur le monde veillent les anges, et que les âmes réinvestissent les demeures, se faufilant auprès des vivants les effleurant d’un souffle qui se veut éternel. Hors du temps, marquant les esprits, la lune inscrit en nous des songes particuliers, à travers lesquels, parfois, on aperçoit le paradis.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Janvier à 04:43

       Bonjour  René  ....Comme  c'est  joli  ce  que  tu  écris  sur  le  mystère  de  la  nuit ..
    Me  voila  de  retour  sur  tes  belles  pages  qui  m’enchantent  a  chaque  fois , peut-être  parce que  comme  toi  , j'aime  rêver ..Dans  ce  monde  plein  de  drames  et  de  souffrance  , on  aime  ajouter  de  la   douceur  et  de  la  couleur  a  tous  ce  qui  est  naturel  et  simple .. Pourtant  j'ai  peur  de  la  nuit  mais  la  lune  me  fascine  tu as raison de dire  qu'elle  est  la  princesse  ou  même  la  reine  de  la  nuit ..Merci  René  pour  ce  billet  qui  chante ..  J'espere  que  la  nouvelle  année  t'apportera  ainsi  qu'a  tous  autour  de  toi  de  belles  surprises  et  une  très  bonne  santé  a  chacun  en  particulier ..  Nous  sommes  dans  la  neige  et  les  grands  froids  , avec  des  pannes  d'électricité  et  internet  dans  le  village ..  Aussi  pour  rester  au  chaud  , je  passe  quelques  jours  chez  ma  fille  Nathalie .. Voila  ...
    A  bientot  René  je  reprendrai  le  chemin  sur  ton  blog  des  que  possible ..
      Amitié  des  US  et  gros  bisous  a  tous  ..
    Nicole ..

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