• TOUT EST ALLÉ SI VITE !

     

    – Pour vous, je ne sais évidemment pas comment vous ressentez le temps qui, chaque matin, frappe à votre porte. En vérité, les sentiments éprouvés par chacun de nous ne sont que le reflet de l’existence que nous avons traversé. Mais une chose est sûre : me concernant, j’avoue que tout s’est déroulé beaucoup trop vite. Parfois, je me demande si je n’ai pas découvert chaque étape de la vie à l’allure d’un cheval au galop. Les événements se sont enchaînés sans qu’ils s’inquiètent de savoir si ceux commencés précédemment ont eu le temps de connaître leur terme.

    D’abord, ce fut mon arrivée parmi les hommes, au cœur même d’une forêt, comme pour me signifier que je ne devrais jamais perdre de vue les arbres, quelle que soit la partie du monde que je traverserai. L’enfance passa trop vite. C’est à peine si j’eus le loisir de comprendre où je me trouvais que déjà mon pas et mes bras s’étaient allongés, faisant dire à ceux de mon entourage que j’étais bon pour le travail. Rapidement, je fus mêlé à la vie des aînés, de sorte que je me laissais entraîner par le rythme des jours qui prit un malin plaisir à me déposer dans la spirale infernale des ans. Cependant, je ne vous cache pas que j’ai apprécié chaque aube nouvelle, les soirs qui cèdent la place aux ténèbres, les printemps comme les étés, et les automnes et les hivers qui les suivaient. J’ai vite compris à leur sujet, que l’une préparait celle qui lui succéderait et qu’il m’appartenait de découvrir en chacune d’elle les informations indispensables à leur entendement. C’est ainsi que je devins curieux. Certains, autour de la table, ont, dit-on, un appétit d’ogre. Me concernant, c’était des secrets de la nature dont j’étais friand, et surtout, jamais rassasié. Sans doute l’avait-elle deviné, car elle ne se lassa jamais de m’attirer dans son giron afin que j’y trouve de quoi nourrir mon esprit. La nature, voyez-vous, a ceci de particulier : on ne peut se satisfaire de lui dire qu’elle est belle. Nous devons expliquer pourquoi elle l’est, et cela nous conduit vers des domaines parfois inattendus.

    Cependant, avoir les pieds sur terre ne m’empêcha pas de rêver à d’autres situations. J’avais goutté aux sensations fortes, aux émotions qu’elles procuraient, et j’étais toujours à la recherche d’une inconnue. Une fois encore, la vie qui désirait sans doute se faire pardonner certaines impostures à mon égard demeura à mon écoute. Ainsi, à force de regarder vers le firmament pour y suivre le ballet des oiseaux, je cherchais à éprouver une nouvelle forme de liberté. À mes yeux, il ne pouvait pas y en avoir de plus belles, plus intenses ; alors vint le jour où de l’avion je sautais en compagnie d’autres camarades. Le plaisir fut à la hauteur des espérances, à ce point, que très vite, je voulus essayer l’ouverture commandée, en montant toujours plus à la rencontre du ciel. Ce que j’éprouvais de cette expérience n’était plus un simple bonheur, mais une ivresse totale. Certes, je n’étais pas un oiseau, mais durant quelques minutes, je les égalais presque. Plus que les sensations, le calme m’impressionnait. Juste le frottement de l’air sur mes équipements, jusqu’à l’instant, où je libérais le parachute ; alors, le silence devenait presque assourdissant, tandis que je m’accoudais à la beauté du monde. Pour ceux qui en douteraient encore, je suis en mesure de vous confirmer que la Terre est bien ronde.

    Je fus toujours quelqu’un de gourmand, vous dis-je tout à l’heure. Après le ciel, je voulus voir les fonds marins. Soyons modestes ; il ne s’agissait que de faire de la plongée afin de me rendre compte de ce que pouvaient ressentir les hôtes des mers. Ce fut divin. Étrangement, cette situation me captiva tout autant que l’altitude, mais avec à la portée des yeux davantage de découvertes. La faune, la flore étaient un monde nouveau, attirant, et éblouissant. J’avais goutté aux extrêmes et je ne voulus pas en rester là. Au hasard des rencontres, l’on m’avait dit les beautés du désert ainsi que ses incertitudes. Alors je suis allé écouter la musique que fait le sable entre les dunes. J’eus chaud et froid, et je fus heureux et malheureux, cependant, émerveillé par sa grandeur, j’en rêve toujours. On se sent si faibles, face aux éléments !

    Après les zones désolées, le contraire fut les forêts denses, tropicales et équatoriales. Si je fus sous le charme par les expériences précédentes, je fus bel et bien soumis à ma nouvelle conquête. Je compris, les découvrant, qu’elles seraient ma dernière étape dans la vie. Elles sont un monde étrange dans lequel l’existence se renouvelle chaque jour. Elles sont le berceau de l’humanité dans lequel elle grandit toujours. Sous leurs ramures, on ne se lasse jamais, car au pied de chaque arbre, gisent des lambeaux de civilisations différentes.

    Je vous disais que me concernant tout est allé trop vite. Pourtant, c’est sur le seuil de L’Amazonie que je suis resté le plus longtemps, alors que s’annonce déjà l’automne de ma vie. Je pense que pour apprécier à sa juste valeur ce que j’ai vécu, il m’aurait fallu, bien plus qu’une existence, afin que je puisse traduire, au sentiment près, les plaisirs qu’elle déposa à mes pieds.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Flo ..
    Mardi 9 Janvier à 21:12

    Merci de m'avoir fait partager un peu de votre vie , une belle aventure , je vous sens si serein , dans votre jolie verdure , le temps passe très vite , essayons de profiter de chaque instant de bonheur ...  Belle soirée ami des forêts.. Flo , diminutif de mon prénom Florence ...  

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