• TRAGÉDIE AMAZONIENNE 1/2

     

    TRAGÉDIE AMAZONIENNE 1/2Pour vous remercier de votre fidélité, je vous offre un aperçu de mon dernier récit. Il s’agit de quatre compères qui décident de prendre leur liberté, laquelle, je dois le souligner, ne fut jamais en danger ni restreinte. Mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’amis à quatre pattes, quand ils sont trop heureux ? À cet endroit de l’histoire, depuis plusieurs jours, nos fugueurs sont en forêt…

     

     … Pearl, si tôt réveillée, prédit que le temps ne serait pas des plus beaux.

    — À quoi vois-tu cela pour en être aussi sûr, demanda Minet ?

    — Constate par toi-même ; ce matin, il n’y a pas de brouillard ! De plus, regarde le ciel, on dirait qu’il va entrer en collision avec la canopée tant il est bas !

    — Tu veux nous dire, en gros, que la journée ne sera pas particulièrement chaude, questionna Dolly ? Remarque, je ne m’en plaindrais pas, car mon poil n’est pas très joli quand il est rempli de sueur !

    — Ah ! Mon Dieu, pouffa Dick ! Nous sommes au cœur d’une aventure amazonienne et mademoiselle n’a qu’un souci : sa robe ! Penses-tu que nous allions à la rencontre de quelques galants ? Si c’est le cas, ils auront intérêt à se tenir au loin, fit-il d’un air menaçant !

    — Toi et ta sacro-sainte jalousie ! Franchement, mon Dick, tu peux me dire quels seraient les chiens assez fous pour parcourir les bois du continent. Parfois, je me demande si cette jalousie ne va pas finir par te tuer, ou tout au moins, te rendre malade !

    Malgré la pluie, les compères avaient repris leur voyage. Ils avaient quitté une colline et montaient à l’assaut d’une autre. À cause de l’averse qui frappait les ramures de la canopée, ils faillirent tomber dans un piège mortel ! Il est vrai que tous n’en auraient pas été victimes, mais après coup, ils comprirent qu’au moins deux auraient bien pu terminer leur exploration en ce lieu.

    Ils étaient à traverser un endroit du plateau qui semblait être une belle clairière. Les fougères s’y trouvaient en abondance et assez hautes pour masquer le paysage à environ une dizaine de mètres devant eux. À cause de la pluie et des feuilles qui s’égouttaient bruyamment, ils n’avaient pas entendu le signal particulier qui indique l’imminence d’un danger. Comme si de rien n’était, ils continuaient leur chemin, quand soudain, l’allure et la posture de Minet les alertèrent. On aurait cru qu’il venait de voir un revenant ou un zombi, comme on a l’habitude de dire par ici et il y avait longtemps que les compères ne l’avaient pas surpris à faire un dos aussi rond et surtout les poils tout hérissés !

    — Surtout, leur cria-t-il, ne bougez plus, pas même une oreille !

    — Vas-tu nous annoncer à la fin ce qu’il y a pour que tu nous fasses peur à ce point ?

    — Mon cher, répondit Minet, fait seulement mine d’avancer et dans un instant tu es mort ! Droit devant vous, à peu de distance, c’est-à-dire celle suffisante à une belle détente, il y a un superbe serpent ! C’est le maître de la brousse, l’un des rares cobras de par chez nous. Vous le distinguez mal, car il se confond avec le sol, mais fixez la terre et vous allez le découvrir. Pour l’instant, du fait que vous ne vous agitiez pas, il ne vous aperçoit pas. Comme tous les serpents, il est plus ou moins myope. Je n’ai jamais vérifié, mais on prétend aussi qu’il est sourd. Je crois que c’est vrai, puisque nous parlons alors qu’il ne bronche pas. Remarquez, cela nous arrange bien. Mais ne le provoquez pas. Vous voyez comme il monte son corps en le bougeant imperceptiblement ? Observez, maintenant comme il enfle sa tête ? On dirait que deux grandes oreilles viennent de lui pousser !

    — J’aperçois sa langue en forme de fourche, dit Pearl ! C’est avec elle qu’il mord ?

    — Certainement pas, répondit Minet. À la base de sa mâchoire supérieure, il a deux énormes crochets qu’il déplie à la demande. Quand il attaque, ils rentrent profondément dans la chair et je peux vous dire que c’est très douloureux !

    — Tu as déjà été victime, s’informa Dick ?

    — Moi, non. Mais j’ai vu un mouton se faire piquer. Ce n’est pas beau, j’aime mieux vous le dire ! On meurt très rapidement. Ne comptez pas en réchapper si d’aventure vous veniez à tester ses crochets !

    — Il est vraiment énorme, dit une fois encore Pearl !

    — Restez où vous êtes, vous êtes hors de portée, même s’il mesure dans les trois mètres, car il ne peut se détendre de plus la moitié de sa longueur.

    Maintenant que vous le situez bien, observez le bout de sa queue. On voit distinctement une partie brune. C’est son bruiteur. Il est composé d’écailles très dures. Quand il le remue, ça fait un son qui ressemble un peu aux crécelles. C’est avec cet engin qu’il prévient qu’il est là et que nous devons nous méfier. En principe, il n’est pas très agressif. Mais que l’on vienne à le déranger ou qu’il se croie menacé, c’est la catastrophe pour l’intrus qui l’ignore.

    — Si je te suis bien, commenta Dick, il n’est pas si méchant que cela ?

    — C’est exact, approuva Minet. Il a sans doute aussi peur que vous, mais hélas, nous ne sommes pas en mesure de lutter avec lui ; ni avec aucun autre, d’ailleurs !

    — J’entends parfaitement le bruit de ses écailles, maintenant, dit Dolly ! Eh bien ! Dis donc, il faut avoir une oreille fine pour le distinguer dans le murmure que fait la forêt ! Mais puisqu’il ne nous aperçoit pas, pourquoi reste-t-il dans cette posture ? Il devrait supposer que nous ne lui voulons aucun mal !

    — Il a besoin de comprendre ce qui l’a dérangé, expliqua Minet. Il est inquiet, car précisément il ne voit pas plus loin que le bout de nez et que surtout il ne ressent aucune vibration venant du sol. Puisqu’en fait, certaines autres de ses écailles qui se trouvent sous son corps lui servent d’oreilles. Certainement, vous avez marché sur du bois qui a légèrement craqué sous votre poids et ce fut suffisant pour le prévenir de notre approche. Et en ce moment, il oscille la tête à la recherche d’une ombre ou d’un mouvement, même infime ! Tu vois, Dick, continua Minet, comme tu étais le premier, tu aurais été sans doute la première victime. Toi, Dolly, la seconde, car il frappe aussi vite que l’éclair.

    — Merci, fit cette dernière. Tout ce que tu nous annonces est vraiment très rassurant ! Puis-je te poser une question ?

     

     

    — Je t’en prie, je suis à ta disposition dit le chat, très fier qu’on l’écoute et plus encore qu’on l’interroge !

    — À ton avis, combien d’heures allons-nous devoir rester là immobiles comme les sujets de la crèche chez les gens de la ferme, s’inquiéta Dick ?

    — Mon ami, le temps, lui, il ne sait pas ce que c’est. Il est le maître incontesté de la brousse, alors il doit s’imaginer que le temps lui appartient comme tout ce qui l’entoure ! (À suivre.)

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

     


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