• UN CONTE DE NOËL 2/3

    Moins expansif, découvrant le paysage il ne put se retenir de dire :

    — Je sais ton imagination fertile, ma chère, et je pensais que tu exagérais quelque peu. Mais je suis agréablement surpris de constater qu’il n’en est rien. Tu as parfaitement raison. Il y a beaucoup de ressemblance avec chez nous.

    S’adressant à son mari, elle lui confia qu’elle n’avait pas pu empêcher les larmes de couler devant un aussi beau spectacle.

    — Mais non, le rassura le cousin. Ce n’était que quelques perles de bonheur. Elles sont venues toutes seules, comprenant qu’il était important d’effacer les derniers souvenirs métropolitains afin de faire place nette pour accueillir de nouvelles images.

    Le premier petit déjeuner dans le pays de la famille eut un goût de miel, et aux couleurs emmêlées, traîna en longueur. Les exclamations succédaient aux émotions tandis que le soleil se pressait de rejoindre son observatoire au-dessus de la forêt.

    Robert se tourna vers le cousin et lui dit :

    — N’êtes-vous pas trop fatigués ?

    Accepterais-tu de faire la découverte du terrain ? Vous ne pouvez pas venir à la ferme du pois sucré sans vous rendre vers l’allée de Mahazoarivo !

    — Qu’est-ce que c’est que cette histoire, questionna-t-il avec étonnement ?

    Non pas qu’il n’eut jamais entendu prononcer ce mot ni cet endroit, mais il le savait à des lieues de là, et surtout, il appartenait depuis longtemps au passé.

     Mahazoarivo était un autre monde, et sur ce continent, il ressemblait plus à celui disparu de L’Atlantide qu’à une civilisation contemporaine. Se reprenant, il demanda encore :

    — Vous avez dans votre coin une allée qui porte le nom de la propriété de tes parents ?

    — C’est comme on te le dit, mon cher ; affirma la cousine, propriétaire des lieux du pois sucré.

    — Vois-tu, continua l’hôte, si personne ne prend soin de protéger les souvenirs, ils finissent par s’envoler !

    — Pour que rien ne vienne à tomber dans l’oubli, reprit son épouse, il n’a pas trouvé mieux que d’associer nos deux pays et plus encore les lieux afin que les anciens ne s’égarent pas dans l’espace. Là-bas ou ici, ils sont effectivement chez eux !

    Il ne te faudra pas être surpris par la variété d’arbres qui borde et ombrage l’allée. Eux aussi sont chez eux des deux côtés. Ce sont des jamblongs !

    Ainsi, comme tu peux le constater, en quelque endroit que ce soit autour du monde, nous sommes toujours chez nous ! À ce jour, il ne manque plus qu’une chose pour que les images se confondent : les bassins où maman aimait tant se rendre pour y pêcher nos délicieux poissons.

    Alors que la brume finissait d’étirer ses dentelles, Yves demanda :

    Dis-moi Jojo, quelles sont les limites de chez vous ?

    — Tu vois l’étage supérieur de la sylve, là-bas au fond, répondit-elle ?

    Tu t’enfonces encore un peu sous la forêt et c’est chez nous. Une crique fuyante nous sert de frontière naturelle.

    — Vous êtes équipés, s’informa Robert ? Alors en route pour la première aventure en terre guyanaise.

    Sous l’insistance des rayons sans pitié d’un soleil qui avait décidé de tout brûler en ce jour de retrouvailles, l’humidité remontait du sol, rendant l’air suffocant et emprisonnant les promeneurs d’une ambiance poisseuse, mettant les organismes à mal.

    — Attention où vous posez les pieds, annonça le chef de file. Il y a parfois de grands trous creusés par les tatous ou par d’autres bestioles !

    L’expédition prenait son rythme de croisière, entrecoupé de nombreuses haltes durant lesquelles on s’extasiait devant un arbre ou son voisin, les voyageurs étant désireux de connaître tout de leur histoire. Satisfaits des réponses apportées, l’équipe avançait de quelques pas et ainsi de suite jusqu’à l’entrée de l’allée.

    — À partir de ce pied de fruitier, mes chers amis, vous n’êtes plus en Guyane, claironna Robert, le cousin et la pièce rapportée de la famille, ainsi que l’hôte. Il n’est pas utile de nous presser. Nous allons remonter le temps. Je ne dirai plus rien, afin que votre imagination vous dicte vos remarques et fasse ressurgir des émotions éprouvées il y a  plus d’un demi-siècle.

    Je vous souhaite la bienvenue dans l’allée des anciens. Elle nous conduit vers vos souvenirs, et parmi eux, une vie qui vous parut douce et heureuse, puisqu’elle ne vous laissa pas indifférents ; celle que Jo et toi aviez connue.

    Bien que personne n’en parle, on devinait qu’une certaine oppression pesait de tout son poids sur les épaules des uns et des autres.

    À peine quelques questions furent elles posées et sans que personne ne l’ait vraiment imposé, le silence reprenait ses droits. (À suivre)

    Amazone. Solitude. Copyright N° 00061340-1

     

      

     

     

     

     


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