• UN CONTE DE NOËL 3/3

     

    UN CONTE DE NOËL 3/3 – C’est alors que le temps décida que le moment était venu de changer d’orientation. On pensa même un instant qu’il s’était arrêté, suspendu dans les houppiers des jamblongs. À moins qu’il ait demandé à l’alizé de s’apaiser afin que les érudits puissent percevoir les paroles de gens rencontrés en un autre siècle, que personne n’aurait pu entendre et encore moins surprendre.

    Les regards se tournèrent vers les ramures, comme s’ils recherchaient les visages de ceux dont ils devinaient les voix. Elles comprirent que dans celles-ci ne se résidaient pas seulement le vent ou le temps.

    La fuite des trogons, cependant connus pour être familiers, en disait long sur les événements qui se déroulaient sur et autour de leurs perchoirs. Les tyrans kikiwi d’ordinaire curieux et bavards se tenaient à l’écart. Les pigeons s’abstinrent de roucouler et la buse préféra diriger son vol au-dessus de la sylve voisine. Ne comprenant rien à ce qui se passait sous l’allée, les toucans n’osèrent pas traverser l’espace déboisé pour rejoindre la lisière d’en face. Parmi les herbes hautes, quelques départs précipités attirèrent l’attention des visiteurs. À cet instant, ils admirent qu’ils ne seraient pas salués, n’étant pas les bienvenus. D’ailleurs, le concierge de la forêt fit entendre son appel retentissant afin que ses hôtes restent sur leurs gardes.

    C’est le moment que choisit Robert pour se concentrer, espérant ainsi recueillir quelques bribes des échanges qui avaient lieu sous l’ombrage des fruitiers. Il aurait pu traduire les paroles des uns et les pensées des autres.

    – Dis-moi, Yves, dit-il comme s’il répondait à une question qui ne fût toutefois pas posée ; pourquoi avoir attendu un demi-siècle pour venir à notre rencontre ? Depuis longtemps, nous souhaitions, mon cher, te voir mettre le pied sur cette partie de la Terre. Cependant, elle conduit le visiteur vers ses premières émotions ainsi que ses meilleurs désirs et parfois aussi vers ses principales désillusions. Depuis que tu arpentes ce lieu, ne sens-tu pas la sérénité retrouver le chemin de ton âme ?

    – Si, je le ressens, mon cher Robert. J’éprouve à présent une fraîcheur bienfaitrice ; elle prend possession de mon corps. Elle est bonne  comme un verre d’eau humidifiant le gosier asséché du marcheur. Ah ! Mon ami ; si le destin ne nous avait pas séparés, avec tes mains habiles et mes projets foisonnants, nous serions devenus de grands bâtisseurs ! Mais les générations sont ainsi faites. Elles aiment se rencontrer et partager, mais en veillant à ce que leurs chemins restent parallèles et ne viennent qu’à se croiser quelques fois au hasard de la vie.

    – J’imagine ma marraine, fidèle à ses habitudes, se tenant non loin de toi, mon cher cousin !

    – En effet, comme elle le fut  là-bas, elle est toujours présente.

    – Alors, dis-lui que je conserve encore le goût de son sakafo (repas) ainsi que le timbre discret de sa douce voix emprunte de sa grande sagesse.

    Francine marchait, mais elle était éprouvée par la chaleur humide. Elle ne dit rien, mais elle profita de ce que les hommes bavardent entre eux pour s’éloigner vers un bosquet important de bambous. S’apercevant de son absence ils partirent à sa recherche. L’ayant retrouvée, elle leur avoua :

    – Continuez sans moi, j’ai besoin de reprendre mes esprits.

    Toutefois, ils n’allèrent pas jusqu’à la grande crique.

    – Nous devrions la rejoindre, proposa Robert. Nous aurons bien d’autres occasions de revenir vers la forêt.

    Ils se dirigèrent vers la maison qu’ils ne voyaient plus depuis longtemps, mais sans rencontrer Francine. Du côté de Robert, l’inquiétude se faisait présente.

    – Sans doute est-elle rentrée, dit Yves. Je la connais bien, c’est ce qu’elle a dû faire ne se sentant pas au mieux de sa forme.

    Robert pensa que la traversée de l’allée avait été trop pénible et que les anciens ne s’étaient pas privés de lui faire quelques reproches. De retour à la maison, ils la trouvèrent allongée sur le canapé de la terrasse, buvant un verre d’eau bien glacée. Elle se remettait d’un épisode relativement court, mais particulièrement éprouvant, confia-t-elle aux arrivants. Elle expliqua alors qu’elle s’était dirigée vers les bambous, sachant que ceux-ci se développaient en terrain humide.

    – Je pensais que la fraîcheur me serait bénéfique. Au retour, j’ai repris l’allée des ancêtres et je leur ai demandé de m’accompagner jusqu’à la case de nos cousins. Ils l’ont fait, je le reconnais ; mais il était temps que j’arrive, car j’allais sans doute tomber aux pieds des escaliers sans le secours de Jojo. Tu avais raison, mon cousin, les anciens sont bien auprès de vous. C’est grâce à eux que je suis revenue ! Qu’ils en soient remerciés. L’instant fut intense, mes amis et riches d’émotions. Merci d’avoir pensé à eux en créant ce merveilleux chemin. Je peux vous dire qu’ils sont heureux d’être avec vous.

    Durant leur séjour, ils firent connaissance avec le pays, en compagnie de leurs enfants qu’ils rejoignirent l’après-midi même. Est-ce à cause du climat, de l’ambiance, des retrouvailles ou de l’allée de Mahazoarivo ? Toujours est-il que promesse fut faite : ils reviendront plus souvent, mais non pour ne passer qu’un seul petit mois. La décision est prise, ce sera plusieurs fois par an !

     

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