• LA PRÉTENTION AU SERVICE DE L’ORGUEIL

    LA PRÉTENTION AU SERVICE DE L’ORGUEIL— On pourrait s’imaginer qu’il n’y a que dans la société des hommes que l’orgueil et la prétention ont droit de cité. Il n’en est rien, croyez-moi ! Tous les jours, pour qui sait regarder et interpréter les évènements dans notre environnement, on y retrouve certains des traits de nos caractères. Ne sommes-nous pas les plus proches parents de dame nature ? Il est donc raisonnable de penser que nous avons hérité de ses grandeurs et de ses folies, mais aussi de sa sagesse et de ses leçons.

    Le monde animal possède ses sujets calmes et équilibrés, mais dans le même temps il permet à d’autres bêtes sauvages d’être violentes et prétentieuses. Il en est ainsi dans le règne végétal qui n’a rien à envier au reste de l’humanité. Tous les défauts ont suivi la trace des qualités lorsque la planète fit des efforts pour loger chacun des habitants. Pour confirmer mes dires, au sortir d’un sentier forestier débouchant sur une vaste prairie, nous avons le privilège d’écouter la discussion animée entre deux arbres de familles opposées. Le plus petit semblant se hausser sur ses racines criait presque pour se faire entendre de celui qui avait la tête qui frôlait les nuages.

    — Je ne conteste pas ta taille, disait celui qui paraissait se mettre en boule. J’explique seulement que ton couvert est parfaitement inutile. Jamais tu ne fis l’effort de laisser se pencher vers la terre quelques-unes de tes branches, serait-ce pour l’honorer et la remercier de te nourrir malgré le mépris que tu éprouves à son égard. Car il faut bien le reconnaître, ta chevelure faite d’aiguilles acides fait du tort à la qualité de l’humus que je m’évertue à confectionner. D’autre part, je déplore que ton houppier dénudé n’inspire guère confiance aux oiseaux. Je n’en vois jamais qui sont tentés de faire leurs nids sur ta ramure instable. D’ailleurs, à quoi leur servirait-il d’être si haut perchés ? À découvrir avant tout le monde le jour qui se lève, et constater qu’il n’apporte rien de plus que nous ne sachions déjà ? Depuis longtemps, nous avons compris que les lendemains ne sont que la réplique d’aujourd’hui et le reflet des jours précédents. La chose la plus importante qu’il nous appartient d’imaginer est la manière dont nous allons aménager le nouveau jour afin qu’il ne ressemble à aucun autre.

    Si tu observes bien, tu vois qu’au contraire de toi je suis au plus près du sol avec lequel nous ne faisons que des échanges fructueux. Il m’apporte ce qu’il y a de meilleur en lui, et je lui transmets les nouvelles et les bienfaits du ciel. Déployant mon couvert vers lui, je ne perds rien de ce qu’il veut me faire comprendre. Ma charpente, je l’ai élaborée à la manière que l’on a, de construire une vie. Une branche après l’autre, de sorte que la terre qui me fait l’honneur de retenir mes racines demeure au frais les jours les plus chauds de l’été. À angles réguliers de mes bois, j’ai développé des fourches qui gèrent un réseau de rameaux au bout desquels se balancent mes feuilles. Vois comme elles sont légères et subtiles. Elles ne servent pas seulement d’ombrage. Elles permettent aux oiseaux d’y dissimuler leurs nids, mais aussi aux vents malicieux, de s’amuser avec elles, comme l’enfant le fait du jouet que les parents ont suspendu au-dessus de son berceau. Sur mon feuillage aux couleurs changeantes avec les heures du jour, un souffle dépose sur elles des notes venues d’un autre monde. Elles égaient les jours où le soleil boude derrière les nuages.

    Ne crois pas que ma forme n’est faite que pour résister bêtement aux tempêtes. Au contraire, je les autorise à pénétrer toute ma ramure. Ainsi, le temps qu’elles la traversent, elles s’apaisent un peu avant de reprendre leurs courses. On peut dire et je n’en suis pas peu fier, car j’utilise leurs propres forces pour les diviser.

    Mon ami, je suis désolé pour toi. Je crains que le prochain ouragan te brise en deux et alors ta grandeur sera répandue à mon pied.  

    Ne va pas pour autant imaginer que je m’en réjouirais, car on ne le fait pas de l’infortune des autres. Disons que la nature aura simplement réparé une erreur qu’elle a faite le jour où elle devait avoir l’esprit ailleurs en ce temps-là. Je connais de nombreux sujets pareils à toi ; ils ne peuvent résister que lorsqu’ils sont serrés, enchevêtrant leurs maigres membres, telles des têtes échevelées. Si un malheur devait t’arriver, bien que tu ne sois pas de la même famille que moi, sache que je m’empresserais de faire un linceul épais de mes feuilles afin que nul ne pense que c’est ton orgueil qui précipita ton destin.

     Amazone. Solitude Copyright 00061340-1

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 11 Juillet à 04:07

         Hello  René  ..Comme  j'aimerai  comme  toi , écouter  et  interpréter  le  dialogue  des  arbres ..Y-a-t'il  dans  ta  foret  un  mystère  qui  t’échappe ?  Je  constate  que  malgré  leur  différence , il n'y  a  pas  d’agressivité  et  un  certain  respect  existe  quand  même  entre  ces  deux  arbres .  Chose oubliée  quelques  fois  chez  les  humains ..Chez  nous  en  ce  moment  ce  sont  les  grenouilles  dans  les  arbres  qui  tous  les  soirs  nous  font  leurs  sérénades ,  ...Je  vais  essayée  d’interpréter  ce  qu'elles  disent  ...
       La  prétention  au  service  de  l'orgueil  chez  les  humains  ,  n'est  jamais  belle  a  entendre  ..  A  bientot  ami  lointain  ..
       Je  repasserai  un  autre  jour  .. Merci  pour  ces  doux  moments  ..
    A  bientot  René ..
    Amitié  des  US ..
         

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