• PAROLES D’AUTOMNE

     

    – Te souviens-tu, mon ami, des sentiments qui investissaient nos printemps d’antan ?

    – Il y en eut tant mon aimée, que je n’ai que l’embarras du choix. Cependant, en rouvrant le grand livre que la vie mit à notre disposition, j’éprouve toujours une semblable exaltation en découvrant les images que le temps dessinait sur chaque feuille, ainsi que les mots qu’une main invisible y écrivait, comme si elle voulait que les paroles des instants merveilleux du jour ressemblent à des chansons immortelles.

    – Elles l’étaient, mon bel ange. Je crois même qu’il les désirait éternelles, afin qu’elles chevauchent l’existence comme la barque le fait des vagues, sans se préoccuper du sens dans lequel elles vont et viennent. Elles savent qu’au bout du voyage une rive les accueillera, et qu’au sable gourmand d’émotions, elles confieront leurs secrets.

    – Je garde en ma mémoire le plaisir de nos promenades par la campagne. J’adorais quand tu me vantais ses couleurs et ses senteurs. Je me demandais aussi si je n’étais pas un peu jalouse de cette exubérance omniprésente. Tu m’en parlais comme si elle était tienne, à la façon qu’à un amant de décrire sa maîtresse à ses amis.

    – Sans doute que j’essayais de te convaincre maladroitement, j’en conviens, qu’elle serait toujours notre complice. N’avions-nous pas décidé de lui consacrer notre vie ?

    – Certes, il y avait un peu de cela, mais c’était plus fort que moi. Aujourd’hui, je peux l’avouer, car il y a de cela tant d’années, qu’en effet, bien que ne déviant pas de ta ligne de conduite, tu me fus d’une fidélité exemplaire. Toutefois, je me surpris parfois à te travestir en un beau papillon, allant de cœurs en fleurs, déposer dans le calice offert quelques mots d’amour.

    – Ma chérie, si tu me voyais en insecte butineur, c’est que ton imagination était fertile. J’aurais préféré que tu me dises que je n’étais qu’un modeste jardinier, que je fus ; tu sembles ne pas te souvenir de cette époque, durant laquelle dans notre existence, tout n’était que couleurs et fragrances.

    – Comment oublier ces merveilleuses années, mon amour, passées à embellir les parcs afin disais-tu alors, que les parterres illuminent les yeux des gens en toutes saisons. Je ne puis m’empêcher de revoir tes réalisations, tandis que dans ce parc, regarde autour de nous, aucune fleur ne nous rappelle combien la vie est douce et agréable.

    – C’est sans doute pour cette raison qu’il n’est pas très fréquenté, ma chère nostalgique. Les bancs sont vides et se désolent de ne plus écouter les confidences.

    – Tiens, ta réflexion me conduit directement à celle-ci. Il nous arrivait de nous demander ce que les grandes personnes, comme nous aimions à les nommer, avaient de si précieux à se dire, alors que chaque jour les trouvait sur leur même banc, comme s’il était leur propriété. Ils se serraient l’un contre l’autre, craignant qu’une force invisible lui prenne l’idée de les séparer. Puis, à voix basse, ils s’échangeaient les songes de la nuit. Par moment, nous éprouvions un immense plaisir à les voir se sourire en cherchant leurs mains, ces instants merveilleux qui installent une clarté particulière au fond des yeux. Parfois, la dame ouvrait son sac, ces boîtes à secrets, dans lesquelles sont enfouies les émotions et les sentiments de toute une vie. Elle en sortait un papier, sans doute une lettre écrite en un autre temps, alors qu’ils n’étaient que fiancés. Nous devinions que cette parenthèse traduisait quelque chose de fort, car ils se rapprochaient davantage, en reprochant aux vieux principes de les empêcher de s’étreindre publiquement.

    – Ma chérie, sais-tu que tu es à décrire notre situation actuelle ? Sans le vouloir, tu viens de répondre aux questions que nous nous posions lors de la traversée de nos joyeux printemps. Le privilège de l’âge nous permet de faire renaître nos saisons, et à travers elles les merveilleuses images que le temps tenait à notre disposition afin que nous les mettions en couleur. Nous aussi, chaque jour nous avons noirci une nouvelle page, et entre chacune d’elle, à la manière qu’ont ceux qui espèrent faire prisonnier un trèfle à quatre feuilles, nous insérions une pensée issue de nos tendres paroles. Nous devenons comme les gens d’antan. Nous préservons notre intimité, par crainte des moqueries des enfants, qui ne comprennent pas qu’avant d’être sur le seuil de notre automne, nous avons, comme eux, traversé l’époque de l’innocence. De ton sac, point n’est besoin de chercher de vieux écrits, car ils sont toujours imprimés dans notre mémoire, et quand il lui plaît, elle aime à en faire chanter les mots.

    – C’est vrai, mon ami, nous sommes devenus comme ces gens d’alors, comme si le temps désirait leur accorder une chance de revivre à travers nous. C’est un peu comme les feuilles qui jonchent le sol. Elles firent le bonheur de belles saisons, mais un matin, le vent les décrocha. Puis, à l’issue d’une longue respiration hivernale, de nouvelles les remplaceront ; ainsi la vie continuera inlassablement son voyage.

    – Tu ne pouvais imaginer de plus belles paroles d’automne, cher amour. Tant pis pour les convenances. Viens, serrons-nous, car en nous, le printemps est éternel.

    Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 23 Mars à 20:45

    C'est quoi : Amazone. Solitude. Copyright 00061340-1

     

    C'est Toi qui écrit ou tu copies ?

     

    Encore un joli texte

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